Brexit: Paris reste à la traîne face à Francfort pour récupérer les entreprises financières quittant Londres

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Brexit: Paris reste à la traîne face à Francfort pour récupérer les entreprises financières quittant Londres

Publié le :

Lundi 27 Novembre 2017 - 16:55

Mise à jour :

Lundi 27 Novembre 2017 - 16:58
Lundi 20, Paris a remporté une belle victoire face à Francfort (et Dublin) en récupérant l’Agence bancaire européenne qui quitte Londres pour cause de Brexit. Mais peu de banques ont pour l’instant emboîté le pas de l’ABE. Les établissements financiers préfèrent ouvertement Francfort en Allemagne, l’autre (et bientôt la seule) capitale financière européenne.
© DANIEL ROLAND / AFP/Archives
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Auteur(s) : Michel Borsky

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La capitale française n’était pourtant pas favorite. Malgré tout, elle a réussi un joli tour de force en récupérant, lundi 20, à l’issue d’un vote (puis d'un tirage au sort), le droit d’accueillir l’Autorité bancaire européenne (ABE). L’institution de régulation était jusque-là basée à Londres. Mais, Brexit oblige, il fallait prévoir une relocalisation de la structure et de ses 170 employés.

Et Paris peut se satisfaire d’avoir coiffé au poteau Francfort, la ville qui abrite déjà la Banque centrale européenne et qui peut s’enorgueillir, sans même être la capitale de l’Allemagne, d’être déjà la grande place financière de l’Union européenne lorsque Londres sortira définitivement de l’UE en 2019. Et si Paris a remporté une belle victoire, la capitale hexagonale a encore beaucoup de chemin à faire pour rattraper la cité allemande.

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Car si la Ville Lumière a remporté une bataille, Francfort peut se vanter d’abriter d’autres institutions incontournables, et sans doute plus importante que l’ABE du fait du poids considérable de l’Allemagne dans l’économie européenne. Ainsi la Bundesbank, la Deutsche Bank et l’Autorité fédérale de supervision financière sont toutes situées dans la ville de Francfort. Cette dernière institution met d’ailleurs la pression sur les établissements bancaires allemands pour que ceux-ci quittent progressivement Londres. La Deutsche Bank a ainsi prévu de faire migrer tous ses actifs basés de Londres dans les prochains 18 mois. La banque aux 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires va donc installer à Francfort ses actifs (et ses 4.000 employés) qui étaient jusque-là dans l’une des deux capitales mondiales de la finance internationale.

Mais le signe du succès de Francfort ne se mesure pas à l’aune des choix des établissements d’outre-Rhin, mais bien de ceux des autres pays qui annoncent tous leur départ de Londres. Standard Chartered (pourtant britannique), Nomura Holdings, Sumimoto Mitsui Group ou Daiwa Securities ont tous annoncé qu’ils quitteront les rives de la Tamise pour rejoindre l’Allemagne plutôt que Paris qui n’est pourtant qu’à deux heures et demi de train en Eurostar.

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D'autres structures de leur côté ont soit leur décision en attente sur la question de la relocalisation, soit pris une décision ambiguë, montrant que Paris peine à convaincre complètement les géants de la finance. En juillet, c'est Citigroup qui a opté pour Francfort au détriment de Paris. Quant à Goldman Sachs, son patron a confirmé en novembre que la banque d'affaires américaine aurait, après le Brexit, deux centres européens, l'un à Francfort et l'autre à Paris. "Nous n'aurons plus un seul centre, mais deux, à Francfort et Paris, parce que ce sont les deux plus grandes économies européennes", a expliqué M. Blankfein, sans préciser la répartition des transferts et des emplois, un choix stratégique très attendu et qui pourrait, peut-être, bénéficier à Paris avec la victoire de l’ABE.

Paris avait pourtant bien commencé la "chasse" aux futurs déménagement issus du Brexit. La capitale française avait frappé un grand coup lorsque HSBC a annoncé que Paris serait son point de chute quand la banque quitterait le territoire britannique. C'était en janvier 2017. Depuis, la métropole française n'avait pas engrangé de victoire majeure et avait même vu HSBC tempérer un peu l'enthousiasme général en annonçant que le nombre d'emplois installés à Paris ne dépasserait pas les 1.000. Pourquoi la France, pourtant très connectée sur le plan des infrastructures au reste de l'Europe peine à s'imposer devant Francfort? La réponse est hélas simple: la capitale hexagonale souffre d'un retard initial sur la question de la finance par rapport à son homologue allemande. Et il faut croire que dans le domaine des relocalisations d'activités bancaires, "on ne prête qu'aux riches", comme dit l'adage.

"Nombre de banques internationales disposent déjà d'une filiale ou d'une succursale à Francfort. Il est plus facile d'utiliser ces entités comme socle que de construire une entité ex-nihilo dans une juridiction moins connue", expliquait à l'AFP une source bancaire française sous couvert d’anonymat. Qui confirmait ainsi que le passif parisien en la matière était son principal fardeau.

Conséquence: tandis que Paris, qui se réjouissait d’accueillir les 1.000 emplois de HSBC (qui selon les estimations pourraient aussi créer 3.000 emplois indirects), une étude commandée par l'organisme de promotion Frankfurt Main Finance montre que la ville allemande, elle, devrait voir arriver 10.000 emplois supplémentaires d'ici 2021 dans le secteur financier. Selon un scénario "prudent", 21.300 emplois non financiers s'y ajouteraient dans la seule ville de Francfort, mais le scénario plus "optimiste" va jusqu'à 88.000 postes non financiers dans toute la région. Et malgré le coup dur de la défaite sur l’Autorité bancaire européenne, l’optimisme ne retombe pas. Le choix d’attribution de cette institution était en effet motivé par des considérations politiques -ce sont les ministres de l’économie des 27 pays qui resteront dans l’UE qui votaient- tandis que les entreprises, elles, se reposent sur des considérations plus pragmatiques. Considérations pour lesquelles Paris n’est qu’un "outsider".

Auteur(s) : Michel Borsky

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