G20: utiliser "tous les outils" possibles pour soutenir l'économie

Semblant de consensus

G20: utiliser "tous les outils" possibles pour soutenir l'économie

Publié le :

Samedi 27 Février 2016 - 17:38

Mise à jour :

Samedi 27 Février 2016 - 17:46
Réunis ce samedi à Shanghai à l'occasion du G20, les ministres des Finances des pays les plus riches ont appelé dans un communiqué final à utiliser "tous les outils possibles" pour soutenir l'économie face à une reprise économique mondiale "inégale" dans un contexte risqué.
©Rolex Dela Pena/POOL/POOL/AFP
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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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Les grands argentiers du G20 ont appelé ce samedi 27 février à Shanghai à utiliser "tous les outils" possibles pour soutenir l'économie, y compris via des dépenses publiques accrues, face à une reprise mondiale "inégale" et exposée à une recrudescence de menaces. "Les risques et vulnérabilités ont augmenté", alors que la reprise économique, en panne, "reste bien en-deçà de nos ambitions d'une croissance forte, durable et équilibrée", ont déclaré d'emblée les ministres des Finances des pays les plus riches, à l'issue d'une rencontre de deux jours.

Les signaux d'alarme se multiplient, ont-ils constaté dans le communiqué final, pointant "la volatilité des mouvements de capitaux" et "la chute des cours des matières premières" --même s'ils reconnaissent volontiers que les violentes turbulences des marchés financiers "ne reflètent pas les fondamentaux de l'économie mondiale". A quoi s'ajoutent "des tensions géopolitiques accrues, l'afflux de migrants dans certaines régions", ainsi que "le choc d'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE)". Face à cet assombrissement de la conjoncture, les membres du G20 se sont engagés "à recourir à tous les outils --monétaire, budgétaire, structurel--, à la fois individuellement et collectivement" pour "renforcer la reprise".

Le communiqué insiste notamment sur la nécessité pour les grandes banques centrales de poursuivre leurs politiques très accommodantes, déjà largement déployées. De fait, la BCE semble prête à agir plus vigoureusement, la Réserve fédérale américaine entend maintenir ses taux à un très bas niveau, et la Banque du Japon s'est même résolue à instaurer des taux négatifs. Parallèlement, la relance budgétaire, qui consiste pour les Etats à gonfler leurs dépenses publiques en vue de conforter l'activité, devra être mise en oeuvre "de façon flexible", souligne le communiqué, avant de réaffirmer l'importance cruciale "des politiques macro-économiques structurelles".

Le Fonds monétaire international (FMI) a aussitôt salué l'engagement des membres du G20: "Sans action collective et volontaire (...), il y a un risque que la reprise économique déraille", a averti sa directrice générale Christine Lagarde. "Nous devons redoubler d'efforts pour doper la demande mondiale, plutôt que de se reposer uniquement sur les Etats-Unis", a rappelé pour sa part le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew. Cette unité de façade masque cependant de profondes divergences.

La réunion s'était ainsi ouverte sur une violente charge du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble: les relances budgétaires "ont perdu de leur efficacité" et les politiques monétaires ultra-accommodantes "pourraient devenir contreproductives" au vu de leurs effets pervers, avait-il affirmé. Les grandes puissances devraient plutôt se concentrer sur "leurs véritables tâches", les réformes structurelles, avait-il lancé, avant de railler "un modèle de croissance fondé sur l'endettement" nourrissant des entreprises "zombies". Or, Washington fait au contraire ouvertement pression pour que les Etats qui disposent d'excédents les utilisent pour soutenir la demande mondiale: allusion à peine voilée à l'Allemagne.

Il peut y avoir "des réticences historiques et culturelles" de certains pays à laisser filer les dépenses publiques, a confié à l'AFP le ministre français Michel Sapin, dans une évocation transparente de l'orthodoxie budgétaire de Berlin. Mais les pays qui en ont les moyens doivent agir, car "nous sommes dans une situation qui rend nécessaire l'utilisation de toutes les marges de manœuvre quand elles existent", a-t-il insisté.

"L'opinion divergente exprimée par l'Allemagne montre que le consensus reste fragile", a jugé Lu Zhengwei, économiste de Citic Bank International, peu convaincu par la déclaration finale. Les ministres ont pris conscience de la gravité de la situation, mais "le problème réside dans l'exécution" des solutions, a-t-il commenté. "Chaque pays tente (seulement) de stimuler sa propre économie, tout en tâchant de ne pas sacrifier les autres et d'éviter une guerre des devises", abonde Zhang Jun, de l'université shanghaïenne Fudan.

A ce sujet, le G20 a mis en garde contre "une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change", appelant à "se concerter plus étroitement" -- mais sans toutefois cibler explicitement les interventions controversées de la Chine sur sa monnaie. Le yuan a fait l'objet d'une violente dépréciation l'été dernier puis à nouveau début 2016, largement orchestrée par Pékin, ce qui avait relancé la crainte de dévaluations compétitives en cascade à travers le globe. Sous pression, Pékin a profité de la réunion de Shanghai pour rassurer tous azimuts. "Nous avons entendu, haut et fort, de la bouche du Premier ministre chinois (Li Keqiang) qu'il n'y avait aucune intention, aucune volonté, aucune décision quelle qu'elle soit, de dévaluer" le yuan, s'est ainsi félicitée Christine Lagarde.

 

Il peut y avoir "des réticences historiques et culturelles" de certains pays à laisser filer les dépenses publiques, a confié Michel Sapin en référence à l'Allemagne.

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