Théâtre

Victor Hugo adapté sur les planches : Une vraie bouffée d’air

Marie-Eve Wilson-Jamin, le mardi 17 novembre 2009 à 04:00

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Trois œuvres du célèbre écrivain sont actuellement jouées en Ile-de-France. Son livre le plus connu, Les Misérables, est revisité avec originalité. A l’inverse, L’Intervention a pour singularité d’avoir été mise en scène un siècle après son écriture. Enfin, dans le cadre des « Rendez-nous Hu ! Go ! », à Vincennes, L’Homme qui rit est mis à l’honneur.
Comment s’attaquer aux Misérables, la fresque épique, historique, sociale et philosophique de Victor Hugo ? C’est la question à laquelle ont répondu Philippe Honoré et Philippe Person, l’adaptateur et le metteur en scène de ce monument littéraire. Les deux compères ont choisi un humour décalé pour présenter leur pièce Misérables au théâtre du Lucernaire, à Paris. Les duettistes portent à la scène non pas l’intégralité du roman, mais une sélection de personnages. Evidemment, les caractères principaux n’ont pas été oubliés : Cosette, Javert, les Thénardier et Jean Valjean sont au rendez-vous. En outre, les hommes de théâtre se sont focalisés sur certains morceaux de bravoure dans lesquels Hugo expose des convictions politiques qui ont une résonance contemporaine. Après avoir interprété des extraits sur l’éducation des masses et la redistribution des richesses, les acteurs viennent tout simplement dans la salle donner, de la main à la main, des tracts sur lesquels le texte est imprimé.

Acteurs grimés en blanc

Au-delà des intentions de l’adaptation, le spectateur assiste à un spectacle surprenant. Le rideau s’ouvre. Plongé dans le noir, l’assistance entend hurler une voix : « Un homme à la mer ! » Côté cour, une simple lampe de poche éclaire l’actrice qui apparaît côté jardin. L’entrée en matière est saisissante. Les acteurs, grimés de blanc, interviennent sur de petits podiums à portiques lumineux pour narrer les épisodes les plus significatifs de l’histoire, parfois accompagnés de musiques rock anachroniques. Ils prennent le spectateur à partie : « Qu’est-ce qu’il y a comme monologues chez Hugo ! » Sur les planches, Anne Priol, qui incarne avec sensibilité Fantine, Cosette et Eponine, est entourée d’Emmanuel Barrouyer, aussi séduisant en jeune Marius amoureux qu’inquiétant en Javert, et de Philippe Person, sobre Jean Valjean, cocasse Gillenormand et brillant conteur de Victor Hugo. Tous trois assurent la réussite de ce spectacle enlevé qui convertira les spectateurs à la lecture de l’œuvre originale.

Misérables, adaptation de Philippe Honoré, mise en scène de Philippe Person, au théâtre du Lucernaire, jusqu’au 10 janvier 2010, du mardi au samedi à 20 heures. Tarif : 30 euros. Réservations :  01.45.44.57.34.



L'Intervention : Une comédie poétique

Au milieu du XIXe siècle, un couple d’ouvriers vit et travaille dans une mansarde au cœur de Paris. Edmond peint des éventails, Marcinelle est dentellière. Miné par la pauvreté et les querelles au quotidien, leur amour pourtant sincère est mis à rude épreuve. La rupture est proche quand font irruption dans leur grenier Mlle Eurydice, chanteuse-danseuse au Théâtre Orphée, et Gerpivrac, un baronnet. Leurs signes extérieurs de richesse et leur prétention vont ébranler le petit quotidien tranquille Marcinelle et Edmond.

Un texte de 1866 publié en 1951

Victor Hugo, le 14 mai 1866, c’est-à-dire moins d’un mois après avoir achevé Mille Francs de récompense, note dans son agenda : « Je viens de finir la petite comédie en un acte, L’Intervention, commencée le 7 mai. » Il ne la fera pas jouer ni même publier. En l’occurrence, la censure n’aurait sans doute pas permis une représentation à Paris à cette époque. Le hasard a fait que L’Intervention est la dernière pièce d’Hugo à avoir été publiée, grâce à Henri Guillemin. Celui-ci a eu le mérite d’exhumer le texte et de l’éditer en 1951. Quant à Patrice Chéreau, il est le premier à le mettre en scène, en 1964.

L’Intervention, mise en scène de Marion Carroz, au Vingtième Théâtre, jusqu’au 15 janvier 2010. Tarif : 16 euros. Réservations : 01.43.38.74.62. A l’Aktéon Théâtre les jeudis 19 et 26 novembre, 3, 10, et 17 décembre à 14 h 30, le mardi 22 décembre à 20 heures. Tarif : 10 euros. Rés. : 01.43.66.01.13.



L’Homme qui rit : Le public qui pleure

L’Homme qui rit est actuellement présenté à Vincennes. Son metteur en scène, Laurent Schuh, explique ses choix et présente les « Rendez-nous Hu ! Go ! », des « cirqu’conférences » organisées autour de l’écrivain.

C’est sans doute l’œuvre la plus surréaliste de Victor Hugo, L’Homme qui rit est actuellement joué au Théâtre Daniel Sorano, à Vincennes. Ce conte baroque questionne les mystères de l’esprit de manière mordante.

FRANCE-SOIR. Parlez-nous de la mise en scène de L’Homme qui rit…
LAURENT SCHUH.
Nous avons décidé de présenter cette pièce sur une piste de cirque, dans un théâtre de fortune. Le décor renvoie à un univers forain et maritime. L’esthétique se rapproche de celle du peintre Bacon. On utilise un jeu de miroirs déformants.

Le thème est plutôt triste, en contradiction avec le titre de la pièce…
Ce n’est pas une comédie au sens habituel, même si Victor Hugo ne manque pas d’humour. Comme l’auteur affectionne les contradictions, le texte est mordant. Le rire est l’allégorie d’une tragédie. L’histoire est celle d’un enfant défiguré, comme on le faisait à l’époque, pour le vendre sur les foires. Ce n’est pas un Hugo mièvre, il est incisif et d’une poésie absolue, c’est ce qui fait le génie de cette œuvre.

Vous organisez actuellement au théâtre de Vincennes les « Rendez-nous Hu ! Go ! ». Pouvez-vous nous en donner le détail ?
Je voulais créer une caisse de résonance. J’ai constaté que les politiques de tous bords font souvent référence à Victor Hugo. Je souhaitais parler de ses engagements pour la santé, l’éducation et contre la peine de mort au cours de conférences, de débats en présence de Laure Adler, Jean-François Kahn, Jacques Lang, Philippe Val et de nombreux artistes.

L’Homme qui rit, au Théâtre Daniel Sorano, à Vincennes, à partir de demain et jusqu’au 20 décembre, du mercredi au samedi à 20   45 et le dimanche à 16 heures. Tarif : 18 euros. Réservations : 01.43.74.73.74.
Les Rendez-nous Hu ! Go ! les dimanches 29 novembre, 6 et 13 décembre de 18 à 21 heures, entrée libre, au Théâtre Daniel Sorano de Vincennes.

 

Edition France Soir du mardi 17 novembre 2009 page 23

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