Des tomates de plein champ cultivées près de chez soi ou des ersatz hollandais engraissés sous serre chauffée ?
L'engouement pour les "paniers locaux" le montre: les Français attentifs à leur assiette et aux vertus écologiques des "circuits courts" d'approvisionnement, font la fête aux produits sains, bons et bien de chez nous.
Bien sûr, la préoccupation du prix reste majeure. Mais, pour la première fois, l'origine des produits est le second critère d'importance, d'après les derniers chiffres livrés par l'observatoire de la qualité des aliments Ipsos-Agri Confiance : 90% des Français réclament des denrées de saison produites localement. Le tout au prix juste, pour les consommateurs et les producteurs.
Confiance
La grande distribution a flairé le vent. Sur le goût, la qualité, la traçabilité, les hypers entendent retrouver la confiance des consommateurs prêts à se tourner vers les Amap (Associa- tion pour le maintien d’une agricul- ture paysanne) qui, les premières, ont proposé de pleins paniers de bonnes choses. « Le consommateur est interpellé sur le fait que son agricul- ture va mal et il a peur pour son assiette, juge Jean-Michel Delannoy, président d’Agri Confiance. Pen- dant la récente crise du lait, il a pris conscience que l’agriculteur du coin, boycotté pendant quarante ans parce que la grande distribution a dit que c’était moins cher chez eux, risque de disparaître. » Résultat, les nouveaux circuits de vente de produits dits « paysans » ou « saveurs du coin » font florès. Depuis trois ans, la vente de paniers via Internet ou par correspondance explose. Après le greenwashing, le farmwashing , il s’agit d’ouvrir l’œil sur ce nouveau business qui monte.
Car le consommateur n’a parfois que l’illusion d’acheter au petit pro- ducteur du coin. Dynamis France, grossiste en fruits et légumes bio, s’est lancé en pionnier en 1998 en créant le Campanier. « A l’époque, c’était pour aider les producteurs bio français à écouler leurs produits sur le marché local », raconte Thierry Jezequel, directeur du Campanier. L’entreprise, implantée à Rungis, distribue aujourd’hui 10.000 paniers bio chaque semaine dans la région parisienne ou à Lyon, un chiffre qui a doublé en trois ans. « Les produits viennent à 65 % du territoire français. Mais le reste est importé pour répondre à la demande de variété. » Et la traçabilité reste obscure : « Nous développons des relations durables avec nos producteurs et nous nous alignons sur leurs prix de vente », annonce le Campanier. Mais impossible de connaître le producteur car seule la zone géographique est indiquée sur les produits.
Petit producteur
« A part le système des Amap ou des Jardins de Cocagne qui garantissent la traçabilité des produits, c’est très difficile de se repérer aujourd’hui dans l’offre de paniers », constate Nicolas Klein. Cet informaticien a lancé Mon-panier-bio.com, un portail proposant de référencer les paniers bio ou locaux. Le site regroupe déjà plus de 200 distributeurs en France. « Face au client qui veut de la variété dans son panier, certains acteurs ne respectent pas le principe du petit producteur français et complètent leur approvisionnement ailleurs » déplore Nicolas Klein.
Certains distributeurs, comme Paysans.fr, fondé dès 2003, joue la transparence. L’entreprise, en Lot- et-Garonne, travaille avec 120 producteurs locaux. « Nous voulons que les paysans vivent bien et que le consommateur final s’y retrouve, explique Patricia Juthiaud. En ce moment, nous payons nos salades 30 centimes d’euro quand les grandes surfaces proposent 10 centimes. »
Les supermarchés s’y mettent
Indéniablement, ça bouge dans les grandes surfaces. En septembre dernier, Système U a créé Système U d’Alsace, un signe de reconnaissance pour identifier plus facilement les produits régionaux. L’enseigne veut étendre l’initiative dans toute la France pour proposer 15 % de produits régionaux. « Nos magasins sont la propriété de commerçants locaux qui connaissent bien les PME de leur territoire, explique Thierry Desouches, directeur des relations extérieures de Système U. C’est aussi une stratégie pour nous démarquer des gros distributeurs. » D’autres expériences pourraient faire école. Voilà quatre ans, des producteurs du Sud-Est se sont rassemblés derrière une marque, Le Petit Producteur. Aujourd’hui, le logo est visible dans les grandes surfaces, et le réseau de producteurs s’est aussi développé en Bretagne et en région parisienne. Chaque barquette de fruits ou légumes est conditionnée par le producteur qui s’engage en affichant sa photo, son nom et sa commune. On trouve même, c’est tout nouveau, des paniers de fruits et légumes chez Monoprix à 5,95 euros les 2,5 kg. « Nous avons recréé le lien direct avec le producteur, explique Nicolas Chabanne, président de Petit Producteur. C’est cette caution du producteur qui fait le succès. Les grandes surfaces jouent le jeu en acceptant de bien rémunérer les producteurs et de limiter les marges. »