Réforme de la police judiciaire: Christophe Olivieri sonne la charge et interpelle le ministre de l'Intérieur

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Laurence Beneux, pour FranceSoir
Publié le 19 septembre 2022 - 19:45
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Christophe Olivieri
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Christophe Olivieri est délégué syndical du syndicat CHT intérieur police et brigadier du service de police judicaire Toulon.
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« Oui, c’est une fronde, Monsieur le ministre ! » Dans ce Debriefing, Christophe Olivieri, délégué syndical du syndicat CGT intérieur police et brigadier du service de police judicaire Toulon, se fait le porte-parole du mécontentement de ses collègues de la police judiciaire et interpelle directement le ministre de l’Intérieur.

Gérald Darmanin réussit une prouesse rare : mettre d’accord les différents acteurs de l’institution judiciaire ! Policiers de différents syndicats, magistrats, avocats sont unanimes : son projet de réforme de la police judiciaire est dangereuse et va dans le mauvais sens. François Molins, le procureur général auprès de la Cour de la cassation lui-même, a exprimé son inquiétude concernant une réforme qui « risquerait de détruire quelque chose qui fonctionne » et augmenterait le risque « d’interférence politique » dans le déroulement des enquêtes.

Actuellement, les enquêteurs de police judiciaire, qui luttent contre la « grande » criminalité, filières d’importation de la drogue, grande délinquance financière impliquant des élus, de hauts cadres administratifs ou des escroqueries en bande organisée, ou encore des groupes responsables de règlements de comptes faisant de nombreux morts, sont sous l’autorité de la Direction centrale de la police judiciaire. Ces fonctionnaires peuvent s’enorgueillir d’excellents résultats, avec de hauts taux d’élucidation. Ils le doivent certes à leur talent, mais aussi au fait qu’ils ont du temps, des moyens, et qu’ils peuvent mener leurs enquêtes en toute indépendance. 

Or, Gérald Darmanin voudrait qu’à partir de 2023, ces policiers de grande expérience rendent des comptes à un directeur départemental, placé sous l’autorité du préfet, qui gérerait aussi les services chargés de la sécurité publique et luttant contre la petite délinquance, les services de renseignement et la Police des airs et des frontières. Cette décentralisation de leur hiérarchie, et les pouvoirs accrus des préfets, nommés par l’exécutif, sur les enquêtes, est vue par les investigateurs de la PJ comme une mise en péril de la séparation des pouvoirs, qui donnerait à l’exécutif des possibilités nouvelles d’entraver des enquêtes « gênantes » ou de faire de petits arrangements entre amis.

Ils craignent aussi la propension gouvernementale à déshabiller Paul pour habiller Jacques, plutôt que de mettre les moyens nécessaires au bon fonctionnement de tous les services, et à privilégier la communication au détriment de l’efficacité. Autrement dit, ils craignent qu’on affecte à d’autres services, certains des moyens dont ils disposent actuellement et qui sont nécessaires pour mener des enquêtes complexes. Et ils redoutent que, pour « faire du chiffre », leurs nouvelles hiérarchies les appellent pour des missions de sécurité publique, comme la lutte contre la petite délinquance, plutôt que de continuer à mettre à profit leur expérience en les laissant mener sereinement les enquêtes sur la grande criminalité.

Le moratoire d’un mois annoncé par le gouvernement ne rassure pas ces policiers, qui l’interprètent comme une manœuvre pour gagner du temps. Rien ne leur permet actuellement de penser que le gouvernement est prêt à revenir sur cette réforme, dont l’élaboration a coûté quelque 100 millions d’euros en cabinet de conseil au contribuable. Ils ont donc lancé un appel à rassemblement mercredi prochain, le 21 septembre, devant la préfecture du Var.

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