La Chine mise sur l'Espagne et le Portugal comme alliés dans une Europe méfiante

La Chine mise sur l'Espagne et le Portugal comme alliés dans une Europe méfiante

Publié le 28/11/2018 à 09:39 - Mise à jour à 17:30
© JAVIER SORIANO / AFP
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Auteur(s): Par Clara WRIGHT - Madrid (AFP)

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En pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, la Chine cherche à resserrer ses liens avec l'Espagne et le Portugal, deux partenaires compréhensifs alors que d'autres pays membres de l'Union européenne tentent de limiter les investissements chinois.

Le président chinois Xi Jinping a entamé une visite officielle à Madrid mardi avant de se rendre au Portugal les 4 et 5 décembre.

"C'est une manoeuvre géopolitique pour maintenir des relations dans un moment compliqué pour la Chine", a expliqué à l'AFP Angel Saz Carranza, directeur du centre espagnol de géopolitique et d'entreprises ESADEGeo.

Les Etats-Unis frappent déjà 250 milliards de dollars de produits chinois de taxes douanières et menacent également d'imposer les 267 milliards de dollars d'importations restantes si aucun accord n'est trouvé avec Pékin.

Et en décembre, les Etats membres de l'UE se prononceront sur un dispositif de contrôle des investissements étrangers, surtout chinois, pour protéger des secteurs clefs comme l'énergie.

"C'est le moment de déclarations publiques pour essayer d'amadouer l'opinion européenne", a ajouté Angel Saz Carranza.

Comme une main tendue, Xi a d'ailleurs assuré mercredi à Madrid que la Chine allait "faciliter l'accès au marché chinois" et "renforcer la protection de la propriété intellectuelle".

"Même si l'Union européenne approuve cette procédure de sélection (des investissements), à la fin c'est chaque pays qui tranchera", précise de son côté Rajiv Biswas, économiste en charge de l'Asie chez IHS Markit, entreprise américaine d'information économique.

- "Ventres mous" -

En visant l'Espagne et le Portugal, la Chine cherche ainsi à "trouver des ventres mous pour l'investissement chinois en Europe et consolider les acquis réalisés" dans ces pays, malgré les réticences d'autres membres de l'UE, a expliqué à l'AFP Jean-François Di Meglio, président du think tank Asia Centre, basé à Paris.

La France, l'Allemagne et l'Italie réclament de longue date une législation européenne permettant de filtrer certaines opérations d'investissement. Elles s'inquiètent de voir des groupes étrangers, surtout chinois, s'offrir à moindre coût et de manière qu'elles jugent déloyale une expertise et des technologies clés en rachetant leurs entreprises.

L'Espagne et le Portugal sont plus accueillants. "Les investissements chinois sont en chiffres absolus plus importants en Angleterre et en Allemagne, mais en pourcentage par rapport au PIB, ils sont plus importants en Espagne et au Portugal", a précisé M. Di Meglio.

De son côté, a-t-il poursuivi, Pékin traverse depuis 2016 "une phase de grand doute" vis-à-vis de l'UE qui s'est jointe aux Etats-Unis pour lui refuser le statut d'économie de marché, doute aggravé par la sortie du Royaume-Uni, et veut privilégier les relations bilatérales.

La Chine a par exemple renforcé sa présence dans les ports et terminaux ferroviaires en Espagne en achetant en 2017 via COSCO Shipping 51% de la holding qui opère des ports de conteneurs à Valence et Bilbao.

Au Portugal, les investissements chinois sont bienvenus depuis la crise économique de 2008 qui a contraint Lisbonne à privatiser.

Ils ont représenté 3,6% du PIB portugais entre 2010 et 2016, soit le taux le plus élevé dans l'UE derrière la Finlande, selon les derniers chiffres de l'ESADE.

L'Etat chinois possède actuellement 28% de la première entreprise du pays, Energias de Portugal.

- Pas d'accord sur "les routes de la soie" -

D'après IHS Markit, les exportations de l'Espagne vers la Chine ont bondi de 28% sur un an en 2017, s'élevant à 5,74 milliards d'euros.

Madrid veut profiter de la venue de Xi pour favoriser l'exportation de raisins de table et de viandes, comme le fameux jambon ibérique, a détaillé mardi un haut fonctionnaire espagnol.

Mais il a précisé que l'Espagne ne signera pas lors de la visite de Xi Jinping de mémorandum d'entente sur le projet chinois de "routes de la soie", ambitieux programme lancé en 2013 de constructions de ports, d'autoroutes et de liaisons ferroviaires entre l'Asie et l'Europe à coups de milliards de dollars de prêts accordés par Pékin.

En Europe, la Grèce et des pays d'Europe de l'est comme la Pologne s'y sont associés. Mais l'UE a lancé depuis un projet concurrent et le gouvernement espagnol se veut un européen exemplaire.

Outre l'économie, la Chine espère également asseoir son influence sur la scène internationale en "augmentant le dialogue avec l'Espagne lors des sommets internationaux de l'ONU, de l'OMC, du G20", a reconnu Xi Jinping alors qu'il assistera vendredi en Argentine à la treizième édition du G20, dont l'Espagne est membre permanent.

Auteur(s): Par Clara WRIGHT - Madrid (AFP)

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Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le président chinois Xi Jinping le 28 novembre 2018 à Madrid

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