Affaire Kulik: "Le timbre, c'est l'ADN de la voix", plaide la partie civile

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Affaire Kulik: "Le timbre, c'est l'ADN de la voix", plaide la partie civile

Publié le 05/12/2019 à 19:36 - Mise à jour le 06/12/2019 à 05:00
© DENIS CHARLET / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Elia VAISSIERE - Amiens (AFP)

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"Le timbre, c'est l'ADN de la voix !", ont plaidé jeudi les avocats de la famille d'Elodie Kulik, violée et tuée en 2002, voyant dans l'enregistrement de l'appel aux secours de la jeune femme la "preuve formelle" de la culpabilité de Willy Bardon, qui a "lui-même reconnu sa voix".

Cet effroyable appel de 26 secondes, passé aux pompiers à 00H21 le 11 janvier 2002, "je l'ai entendu cent fois", lance d'un ton grave Didier Seban, avocat du père de la victime, devant la Cour d'assises de la Somme. "C'est une femme qui crie +on m'assassine+ (...) et deux hommes, étrangement calmes dans leurs dialogues".

L'un d'eux semble être Grégory Wiart, confondu par son ADN mais décédé en 2003. Et face à "l'absence d'ADN" de Willy Bardon sur la scène de crime, il y a "la puissance de la voix", juge Me Seban, estimant que "rarement, dans un tel dossier, on a eu une preuve aussi formelle".

Car "six" témoins, proches ou dans l'entourage de Willy Bardon, ont reconnu sa voix dans l'enregistrement depuis le "début" de l'enquête et jusque devant la Cour, rappelle-t-il. Six autres personnes interrogées pensent elles le contraire, mais "quelqu'un a reconnu cette voix une vingtaine de fois, c'est Willy Bardon !", s'emporte l'avocat.

Devant les enquêteurs ou juges d'instruction, "22 fois, il va dire +c'est ma voix+!": "+C'est pas possible, on dirait que c'est moi!+ ou +On dirait bien ma voix, mais je n'ai pas de souvenirs+", détaille Didier Seban, lisant fiévreusement plusieurs extraits d'audition. L'accusé, enfoncé dans sa chaise, reste impassible.

Certains témoins ne reconnaissent que "le timbre". Mais "le timbre, c'est l'ensemble des caractéristiques d'une voix (...) c'est l'ADN de la voix !", insiste-t-il.

- "Figée dans un viol" -

Sans pouvoir s'appuyer sur aucun autre élément matériel, l'avocat revient, méticuleusement, sur les comportements et traits de personnalité qui accablent l'accusé. Comme "la violence" de Bardon, qui "prend les femmes, les consomme", "terrorise les témoins" ; ses expressions outrancières, employées dans d'autres contextes mais troublantes: "celle là, je la viole", "brûler, ça ne laisse pas de traces"...

Sexuellement, "il a une quadruple vie (...) il trompe sa femme, trompe sa maîtresse", veut "tromper sa maîtresse avec la soeur de sa maîtresse", puis "tente avec les copines des copains", sans oublier "les gang bangs", plaide-t-il. Il rappelle enfin "l'angoisse" de Bardon durant l'enquête, sa fébrilité à chaque nouvelle audition de témoin et ses "mensonges" lorsqu'il minimisait devant les enquêteurs sa proximité avec Grégory Wiart.

Corinne Herrmann, autre avocate de la partie civile, a elle ému la cour en dénonçant "la barbarie, la sauvagerie inouïe" du crime.

"Elodie est morte figée dans un viol (...) Elle a été brûlée, elle n’avait plus de cheveux. Sa féminité a été bafouée. Elle a été ramenée au rang d'objet, un objet à proximité d'un tas de fumier", a-t-elle lâché, faisant éclater en sanglots silencieux le frère d'Elodie Kulik.

"Cette scène de crime, elle est signée. Par l’ADN de Grégory Wiart" et "par la voix de Willy Bardon, sa vision des femmes, sa recherche dans ses relations sexuelles de toutes les composantes de ce crime", a-t-elle dit.

S'approchant de l'accusé, mais sans parvenir à accrocher son regard, elle a lancé: "je ne peux pas vous laisser dire que vous aimez les femmes (...) vous êtes une injure aux femmes !"

Vibrant d'émotion, elle s'est enfin adressée aux jurés, leur suggérant de "répondre à l'appel au secours d'Elodie" et à lui "rendre sa dignité de femme" en condamnant Bardon. "Pensez à Jacky, à Fabien, à Rose-Marie", a-t-elle dit en évoquant les père, frère et mère de la victime.

Willy Bardon, qui assure depuis le début être innocent et n'avoir "jamais touché" Elodie Kulik, sera défendu vendredi par ses avocats puis prendra une dernière fois la parole, avant un verdict attendu tard dans la soirée.

Auteur(s): Par Elia VAISSIERE - Amiens (AFP)


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Jacky Kulik, le père d'Elodie Kulik violée et tuée en 2002, tient un portrait de sa fille, le 21 novembre 2019 au palais de justice d'Amiens

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