Au procès Charlie, l'embarras de Farid Benyettou, ex-mentor des Kouachi

  •  SOUTENEZ L'INDEPENDANCE DE FRANCESOIR, FAITES UN DON !  

Au procès Charlie, l'embarras de Farid Benyettou, ex-mentor des Kouachi

Publié le 03/10/2020 à 19:58 - Mise à jour à 20:00
© Christophe ARCHAMBAULT / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par Valentin BONTEMPS - Paris (AFP)

-A +A

Repenti sincère ou bien de circonstance? Entendu samedi comme témoin au procès Charlie Hebdo, l'ex-mentor des frères Kouachi Farid Benyettou a demandé "pardon" aux familles des victimes et reconnu une "responsabilité morale", sans toutefois convaincre les parties civiles.

"Mes premiers mots, je voudrais qu'ils soient pour les victimes et pour leurs proches: j'ai une part de responsabilité dans le parcours des frères Kouachi", a assuré Farid Benyettou, 39 ans, devant la cour d'assises spéciale de Paris.

"J'aimerais revenir en arrière, réparer les choses, mais ce n'est pas possible... Sachez que je suis vraiment désolé", a poursuivi l'ancien prédicateur, silhouette fine, lunettes et cheveux clairsemés.

Figure de l'islam radical au début des années 2000, Farid Benyettou a joué un rôle-clé dans la filière dite "des Buttes-Chaumont", démantelée en 2005, qui visait à envoyer des jihadistes dans les rangs d'Al-Qaïda en Irak.

"Emir" autoproclamé de ce groupe de jeunes radicalisés, il a eu comme adeptes les frères Kouachi et Peter Cherif, présenté comme un possible commanditaire de la tuerie de Charlie Hebdo.

Un passé que Benyettou, qui se présente comme "repenti", dit assumer. A l'époque, "je faisais office d'idéologue", explique le trentenaire, les mains jointes sur le pupitre.

"J'ai encouragé Chérif Kouachi dans son parcours de jihadiste, j'ai cautionné son départ pour l'Irak en 2004... Je suis forcément lié à son parcours, même si je n'ai pas participé à ce qu'il a fait par la suite", ajoute-t-il.

- "Colérique" -

Pour ce rôle, Farid Benyettou a été condamné en 2008 à six ans de prison. Chérif Kouachi, arrêté juste avant son départ pour l'Irak, a écopé lui de trois ans. Les deux hommes ont continué de se voir jusqu'en 2014.

A partir de 2010, "il y a quelque chose qui a commencé à changer dans le groupe", relate le jeune homme, qui dit avoir pris ses distances à cette époque avec l'islam radical et ses anciens adeptes - qu'il tentait d'éviter.

Mais Chérif Kouachi "venait frapper à ma porte, et je n'ai jamais eu le courage de couper complètement", précise l'ex-prédicateur, qui justifie ainsi le lien maintenu avec le futur tueur de Charlie.

A l'époque, "Chérif était devenu beaucoup plus dur sur ses positions", explique M. Benyettou, qui le décrit comme "colérique". "Pour lui, la seule manière de résoudre quelque chose, c'était par la violence".

Dans la salle, où ont pris place plusieurs survivants de Charlie Hebdo, les parties civiles laissent poindre leur agacement: n'aurait-il pas pu agir? User de son influence pour le détourner de ces idées radicales?

"Je n'ai pas cessé d'avoir des discussions avec lui. J'ai même eu le courage de lui dire que j'étais contre ce que Mohamed Merah avait fait", se défend maladroitement Benyettou, qui décrit un Chérif Kouachi fermé à la discussion.

"Il écoutait ceux qui disaient ce qu'il voulait entendre. Le jour où j'ai tenu un discours contraire" à ses attentes, "il n'a plus voulu m'écouter", poursuit le trentenaire.

- "Taqiya" -

Au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, Benyettou s'était présenté de lui-même aux services de renseignement, se disant prêt à aider l'enquête. A l'issue de son audition, il avait été remis en liberté.

Depuis 2015, il a travaillé avec l'anthropologue Dounia Bouzar pour la prévention de la radicalisation et publié en janvier 2017 un livre sur son parcours, "Mon djihad: itinéraire d'un repenti".

Sur les bancs des avocats, certains expriment toutefois des doutes sur sa sincérité. "Vous pourriez être un faux repenti qui utilise la taqiya" (dissimulation), pointe Me Catherine Szwarc.

Pendant la promotion de son livre, Farid Benyettou - qui travaille aujourd'hui comme chauffeur poids lourd - avait choqué les proches de victimes des attentats, en arborant un badge: "Je suis Charlie".

Un épisode relevé à l'audience. "Quel était le sens de ce geste? Est-ce que vous considériez comme légitime de caricaturer le prophète?", l'interroge l'avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka.

"Pour moi, c'est une forme d'expression", répond Benyettou, qui se veut sans équivoque sur ce point. "J'ai grandi avec les Guignols de l'info. La caricature est un droit, il faut le défendre".

Auteur(s): Par Valentin BONTEMPS - Paris (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Farid Benyettou arrive au tribunal à Paris le 3 octobre 2020

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-