Au procès Sarkozy, une première semaine électrique

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Au procès Sarkozy, une première semaine électrique

Publié le 04/12/2020 à 14:10 - Mise à jour à 14:32
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Anne-Sophie LASSERRE, Anne LEC'HVIEN - Paris (AFP)

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Des escarmouches entre la défense et le parquet, une partie civile tournée en ridicule et un ancien président pressé d'en découdre: la première semaine du procès inédit de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des "écoutes" s'est déroulée sous haute tension.

A gauche du tribunal, trois prévenus - un ancien chef de l'Etat, un avocat chevronné et un haut magistrat à la retraite - assis devant une armada de poids lourds du barreau. A droite, deux procureurs du parquet national financier. Et au centre, une partie civile arrivée comme un chien dans un jeu de quilles.

Le procès devait être historique: jamais un ancien président de la Ve République n'a été jugé pour corruption et trafic d'influence. Jamais un ex-chef de l'Etat n'a même comparu en personne devant ses juges.

Mais dans la salle d'audience de la 32e chambre correctionnelle, les échanges tournent vite à l'aigre: les débats sont arides et les rancunes tenaces.

Une semaine après un faux départ, le procès commence lundi par un assaut de la défense contre un "dossier horrible" et une enquête parallèle "poubelle". Sa cible? Le parquet national financier (PNF) et son enquête préliminaire de près de six ans qui l'a conduit à faire éplucher les relevés téléphoniques détaillés - "fadettes" - de plusieurs avocats.

Parmi eux, il y a Me Jacqueline Laffont, qui conseille Nicolas Sarkozy, Mes Paul-Albert Iweins et Hervé Temime, défenseurs de Thierry Herzog. Tous des amis de longue date du prévenu, autour duquel ils forment un bataillon soutenu dans la salle par d'autres renforts de robes noires.

- "Esprit de complotisme" -

Le PNF tentait alors de débusquer la "taupe" qui avait pu informer Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog que leur ligne officieuse "Paul Bismuth", au coeur des poursuites, était "branchée" par la justice. Sans succès.

Pendant près de six heures, les conseils des prévenus pilonnent un "scandale procédural": cette enquête "dissimulée" à la défense, transmise seulement en janvier 2020, aurait pu bouleverser le cours de l'instruction, voire empêcher tout procès, martèlent-ils.

"Aucun texte n'imposait" de la "communiquer", riposte l'un des représentants du parquet, ironisant sur "l'esprit de complotisme" de la défense.

Le ton est donné, les saillies aiguisées.

Les tensions, prégnantes lors de la présentation des faits par la présidente Christine Mée et d'une plongée fastidieuse dans le monde feutré de la Cour de cassation, tournent au quasi-pugilat mercredi soir.

Des questions appuyées de l'accusation sur l'ex-défenseur de Nicolas Sarkozy, très malade, font sortir la défense de ses gonds et venir les larmes aux yeux de sa conjointe Me Laffont. L'audience est brutalement interrompue pour ramener la "sérénité", la salle évacuée.

La reprise de l'interrogatoire de Gilbert Azibert donne lieu le lendemain à une nouvelle passe d'armes, sous le regard impassible de la présidente. Dans une déclaration préparée, le prévenu tacle la "légèreté" et l'"incompétence" du PNF. Qui rétorque qu'il découvrira bientôt qu'il n'est pas "si bon juriste" qu'il le prétend.

- "Maître d'école" -

Si la querelle entre magistrats et avocats était attendue, celle entre avocats eux-mêmes l'était moins.

L'invitation surprise au procès d'une partie civile, l'avocat Frédérik-Karel Canoy, a accentué l'atmosphère délétère.

Me Canoy représente d'abord Paul Bismuth, l'homme dont l'identité a été utilisée par Thierry Herzog pour acheter un téléphone dédié à communiquer avec Nicolas Sarkozy. M. Bismuth s'étant désisté, l'avocat annonce ensuite se constituer "à titre personnel" et pour un mystérieux client.

Sous les ricanements de ses confrères, Frédérik-Karel Canoy demande à ce qu'on le "laisse tranquille" et à Me Temime "qu'il arrête de faire le maître d'école". En face, les railleries redoublent: "On voit bien que Me Canoy cherche désespérément une partie civile à représenter".

Alors que l'audience prend des airs de cour de récréation, Me Canoy se rend mardi soir au commissariat pour porter plainte contre Thierry Herzog, l'accusant d'avoir, pendant les débats, "mimé lentement un geste d'égorgement".

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy trépigne sur sa chaise. Il profite mercredi d'une nouvelle indignation de la défense, qui étrille des écoutes "illégales", pour se lever. "Moi, je veux la vérité, donc je m'expliquerai sur toutes les conversations", lance-t-il. "J'ai fait un choix: c'est de répondre à toutes les questions".

Il le fera lundi, lors de son interrogatoire.

Auteur(s): Par Anne-Sophie LASSERRE, Anne LEC'HVIEN - Paris (AFP)


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