Aux assises, la violence inouïe du lynchage d'un détenu aux Baumettes

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Aux assises, la violence inouïe du lynchage d'un détenu aux Baumettes

Publié le 02/09/2020 à 19:11 - Mise à jour à 20:40
© Christophe SIMON / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Luc LEROUX - Marseille (AFP)

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Quatre-vingts secondes d’une violence inouïe: les écrans de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône ont diffusé mercredi les images du lynchage dans une cour des Baumettes d'un détenu, pour lequel cinq hommes comparaissent depuis lundi.

Ces cinq jeunes détenus de la prison marseillaise sont accusés du meurtre de Ramses Aly el Sayed, 20 ans, frappé à mort le 16 décembre 2017 au quartier Hommes numéro 1. La victime était décédée à l'hôpital le 7 février sans être jamais sortie du coma.

L'avocat général, Christophe Raffin, a requis mercredi soir contre eux des peines de 20 à 30 ans de réclusion criminelle, demandant aux jurés d'ajouter, à la qualification de meurtre, la circonstance aggravante de guet-apens pour ce qu'il estime être "une curée".

"Quatre-vingts coups portés à la tête d’une personne au sol. Vous dites que vous ne vouliez pas le tuer mais vous vouliez en faire quoi?", avait demandé plus tôt la présidente de la cour d’assises, Annick Corona, aux accusés qui reconnaissent les faits mais nient toute intention homicide.

"Je ne suis pas un tueur", avance Ameur Benkrama, âgé de 19 ans au moment des faits. "J’arrive pas à expliquer mon geste, j'arrive pas à me reconnaître", dit-il, au bord des larmes. Selon l'accusation, il a porté 20 coups de pied dans la tête de la victime.

Il est aussi celui qu’on voit sur les images prendre appui sur les épaules de deux codétenus pour sauter à pieds joints sur le visage de la victime. En garde à vue, il avait avoué face aux images : "On dirait des animaux".

"C’est venu d’un coup, on voulait même pas le correctionner (sic). Je ne voulais pas le tuer", ajoute Fethi Belhadj, qui n’arrive pas à expliquer pourquoi il s’est acharné en donnant dix coups de béquille.

- "J'ai pas été tant violent que ça" -

A l’exception d’insultes que la victime lançait en l’air et du tapage qu’elle faisait la nuit en raison de troubles psychologiques, il n'avait aucun grief contre lui. "Si vous étiez aux Baumettes, vous sauriez qu’il n’y a pas besoin de raison pour frapper", avait lâché Fethi Belhadj durant l’enquête.

Hasni Medjmedj, lui, voulait juste "lui faire quelques bleus". Il a donné 25 coups de pied dans la tête et lui a piétiné le visage. Akim Ali Cherif souhaitait "lui faire comprendre qu’il n’a pas à insulter".

Seul Djedid Ali conteste les coups de pied dans la tête que lui impute l’avocat général Christophe Raffin. "J’ai pas été tant violent que ça", oppose le jeune homme qui avait assuré aux enquêteurs: "J’ai vrillé, ce n’est pas mon éducation".

Dans ses réquisitions, l'avocat général a ensuite réfuté "tout prix de gros", réclamant 20 ans contre Djedid Ali et Akim Ali Cherif, 25 ans contre Fethi Belhadj et 30 années contre Hasni Medjmedj et Ameur Benkrama.

"Moins de dix coups ou plus de vingt, il peut y avoir une différence, tout comme entre des coups donnés à la tête et sauter à pieds joints sur le visage de la victime en s’appuyant sur ses collègues", a-t-il justifié.

Anticipant la défense qui évoquera sans doute les lenteurs des surveillants à intervenir, Christophe Raffin a invité aussi les jurés à "ne pas aller sur la piste d’une responsabilité de l’administration pénitentiaire".

A la barre, un gradé des Baumettes avec 30 ans d'expérience, n’avait pu masquer son émotion et ses remords : "Sortir un type qui allait mourir d’une cour de promenade, ce n’est pas mon métier. Ça passe en boucle dans ma tête".

Ce surveillant expérimenté a expliqué que les détenus semblaient vouloir tendre un guet-apens aux surveillants en lançant: "Allez le chercher! N’ayez pas peur". "L'hostilité des détenus, c’est ce qui a tout changé", rapporte ce témoin. "Sans cette hostilité, mon temps d'intervention dans la cour aurait été beaucoup plus rapide".

Le verdit est attendu jeudi soir.

Auteur(s): Par Luc LEROUX - Marseille (AFP)


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La prison des baumettes à Marseille, le 27 octobre 2018

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