Avant la réforme du rail, le malaise social grandit à la SNCF

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Avant la réforme du rail, le malaise social grandit à la SNCF

Publié le 23/05/2019 à 09:55 - Mise à jour à 09:56
© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Elisabeth ROLLAND - Paris (AFP)
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Concurrence, fin des embauches au statut de cheminot, basculement du groupe en société anonyme: la réforme ferroviaire entrera en vigueur à la fin de l'année, mais les réorganisations déjà en cours et un cortège d'incertitudes font grandir le malaise social à la SNCF.

"Est-ce que vos salariés vont bien?" "Ça dépend" car "il y a d'énormes transformations" et "c'est pas facile à vivre", reconnaissait le patron du groupe public, Guillaume Pepy, la semaine dernière dans "Quotidien" sur TMC. "Il y a beaucoup d'interrogations" et, "franchement, de l'inquiétude".

Jusqu'à entraîner de "la souffrance au travail" et des suicides - "près d'une vingtaine depuis le début de l'année" -, accuse le syndicat SUD-Rail, qui tiendra une conférence de presse vendredi sur ces sujets.

"Tous les signaux sont au rouge", affirme à l'AFP Erik Meyer, secrétaire fédéral de SUD-Rail.

"Aujourd'hui, les salariés de la SNCF sont dans un mal-être un peu comparable à celui chez France Télécom, à l'époque" de la vague de suicides de salariés de l'opérateur il y a dix ans, estime M. Meyer. "On est dans un mécanisme de restructurations permanentes", où les cheminots sont "déprimés", "perdus", rapporte Jean-René Delépine, administrateur salarié de SNCF Réseau et militant SUD-Rail.

Une "situation sociale alarmante", juge aussi la CFDT-Cheminots. A cause de ces "réorganisations incessantes", source "d'incertitude très anxiogène".

A cause également des "réductions d'effectifs" (environ 2.100 suppressions de postes prévues cette année, ndlr) avec des "salariés en souffrance", "en surcharge de travail", "épuisés", "confrontés à des situations dramatiques". Dans un courrier adressé à M. Pepy, le syndicat signale des "risques psycho-sociaux extrêmement importants".

Fermeture de guichets ou d'agences commerciales, remise à plat d'accords locaux sur les missions ou la rémunération, nouvelle restructuration du fret ferroviaire qui deviendra une filiale, tout comme l'activité Gares & Connexions, etc. L'entreprise traverse "une période difficile de changements très importants" et "l'inquiétude ne se limite pas à la base. Toute la ligne managériale est impactée", souligne Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire.

- "En cours d'implosion" -

Pour la CGT-Cheminots, la SNCF est même "en cours d'implosion". "La direction est empêtrée dans les luttes entre les activités", critique Laurent Brun, secrétaire général du premier syndicat du groupe. L'addition "des filiales et l'autonomie grandissante des activités conduisent à la multiplication des conflits d'intérêts".

Deux dates couperets sont fixées par la réforme: 1er décembre 2019 pour les débuts de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire national de voyageurs ; 1er janvier 2020 pour l'arrêt des recrutements au statut et la transformation de la SNCF en plusieurs sociétés anonymes.

Des textes manquent encore pour compléter la loi votée mi-2018, comme l'ordonnance gouvernementale sur la future structure du groupe, attendue début juin. Pour remplacer le statut, un nouveau contrat de travail sera négocié dans l'entreprise à partir de l'été. En attente aussi, la convention collective nationale de la branche ferroviaire, dont les négociations "n'avancent pas" ou "à peine", déplorent les syndicats.

L'encadrement est "parfaitement lucide" quant aux "inquiétudes des salariés", assure Benjamin Raigneau, directeur des ressources humaines (DRH) de la SNCF.

En juin sera installé "un Observatoire de la transformation", qui devra "en permanence vérifier qu'on a mis la question des salariés, de leur accompagnement individuel et collectif au coeur" des évolutions, explique-t-il.

Les manageurs devront "écouter les salariés", notamment "les plus fragiles", en particulier "là où il y a eu plusieurs réorganisations successives".

Les suicides? L'entreprise "ne fait pas de décompte global. Notre responsabilité, c'est de regarder les suicides qui peuvent avoir un lien avec l'activité professionnelle", répond le DRH.

"En 2016, on avait deux suicides reconnus en accident du travail, deux en 2017, il n'y en a pas eu en 2018", précise-t-il.

Après les 36 jours de grève unitaire contre la réforme au printemps 2018, puis les rivalités électorales lors des scrutins professionnels de l'automne, CGT, Unsa, SUD et CFDT ont renoué avec l'unité syndicale. Ils appellent les cheminots à exprimer "ensemble" leur "ras-le-bol", lors d'une manifestation nationale le 4 juin, à Paris.

Auteur(s): Par Elisabeth ROLLAND - Paris (AFP)

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Un employé sur un quai de la gare de l'Est à Paris, le 4 avril 2018

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