Avec 10.000 détenus en moins, le coronavirus fait chuter la surpopulation carcérale

  •  Vous appréciez FranceSoir, soutenez son indépendance !  

Avec 10.000 détenus en moins, le coronavirus fait chuter la surpopulation carcérale

Publié le 15/04/2020 à 16:43 - Mise à jour à 16:52
©DR
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par Caroline TAIX et Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)
-A +A

Environ 10.000 détenus en moins en un mois: le coronavirus a provoqué une baisse inédite de la population carcérale, après plusieurs mesures prises pour éviter une crise sanitaire et sécuritaire en prison, où jusqu'ici l'épidémie a plutôt été contenue.

Le 16 mars, la veille du début du confinement en France, le nombre de détenus était au plus haut dans les 188 prisons françaises: 72.575 pour environ 61.000 places.

Le 13 avril, ils étaient 62.650, soit 9.923 prisonniers en moins, selon le directeur de l'administration pénitentiaire (DAP) Stéphane Bredin. Une baisse inimaginable il y a quelques semaines: la croissance de la population carcérale est quasi constante depuis des années.

Cette surpopulation chronique a d'ailleurs valu à la France une condamnation de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) en janvier.

La densité carcérale "avoisine désormais les 103%", a déclaré mercredi M. Bredin, auditionné par la commission des lois de l'Assemblée nationale. Le 1er mars, ce taux était de 119%. Il descendra "sans doute" à 100% dans le courant de la semaine prochaine, a ajouté M. Bredin.

Dans les maisons d'arrêt, où sont incarcérés les prévenus et les condamnés à de courtes peines, et où des détenus sont parfois entassés à trois ou quatre dans des cellules de 9m2, la densité est tombée à 116% contre près de 140% avant la crise.

La baisse du nombre de détenus est en partie la conséquence d'un ralentissement de l'activité judiciaire. Une circulaire, mi-mars, demandait notamment de réserver la détention provisoire aux faits les plus graves.

De plus une ordonnance prise dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire facilite les libérations anticipées des détenus qui sont à deux mois de leur fin de peine.

- Suspension des parloirs -

Alors que la France s'enfonçait début mars dans la crise du coronavirus, l'inquiétude était forte pour les prisons: il y avait la crainte d'une propagation rapide du virus dans le huis-clos carcéral, ainsi que celle de mutineries, comme en Italie, après la suspension des parloirs mi-mars.

Les incidents sont "restés très limités", selon Stéphane Bredin. Les faits les plus violents ont eu lieu à Uzerche (Corrèze) et en Guyane, au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.

Le virus semble plutôt contenu: au total, 204 agents pénitentiaires (sur 42.000) et 76 détenus ont été testés positifs. Un surveillant et deux détenus sont morts des suites du covid-19.

Le premier prisonnier décédé se trouvait à Fresnes (Val-de-Marne), où deux infirmières ont également été testées positives. Grâce à des mesures de précaution "très rapides", l'épidémie y a été "plutôt maîtrisée", a souligné le directeur de l'établissement Jimmy Delliste.

Cette prison, l'une des plus vétustes de France, a dénombré au total "7 cas positifs" chez les détenus et "dix" chez les personnels pénitentiaires.

S'agissant de la densité carcérale, qui était de 163,6% au 1er janvier dans cette prison, la situation "s'améliore", selon son directeur. Il "espère pouvoir arriver à un encellulement individuel, un challenge ambitieux".

- Dépistage systématique -

Les surveillants étaient très inquiets en mars du manque de matériel de protection. Selon Stéphane Bredin, ces équipements "ne manquent pas". "Nous avons les moyens de fournir en masques tous les jours, dans tous les établissements pénitentiaires, tous les personnels qui sont au contact des détenus", a-t-il assuré.

Chaque personnel ou détenu présentant des symptômes est désormais systématiquement dépisté.

Mais pour Emmanuel Baudin, secrétaire général du syndicat majoritaire, FO-Pénitentiaire, il y a, sur les masques, des disparités selon les établissements: dans certains, notamment à Fresnes, "ils sont en nombre insuffisant", dans d'autres, en Corse ou dans les Hauts-de-France, ils sont de "mauvaise qualité", "ils se déchirent", a-t-il assuré à l'AFP.

FO, qui n'était "pas favorable" aux libérations anticipées de détenus, estime "que les prisons vont se re-remplir très vite".

La Contrôleure générale des prisons Adeline Hazan a elle appelé à "aller plus loin" dans la diminution du nombre de détenus afin de parvenir à l'encellulement individuel. Elle reconnaît que 10.000 détenus en moins est "un chiffre conséquent".

"J'espère que ça restera une pratique. J'espère qu'une fois cette crise terminée, on ne repartira pas à la course à l'inflation carcérale", a-t-elle dit aux députés.

Auteur(s): Par Caroline TAIX et Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




France-Soir

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-