A Bordeaux, des restaurants liquident les stocks, à prix coûtant ou à donner

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A Bordeaux, des restaurants liquident les stocks, à prix coûtant ou à donner

Publié le 16/03/2020 à 17:29 - Mise à jour à 17:32
© MEHDI FEDOUACH / AFP
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Auteur(s): Par Laurent ABADIE - Bordeaux (AFP)

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A Bordeaux, sur un quai longeant la Garonne, le restaurant italien est en passe de fermer pour cause de coronavirus: des clients disciplinés, sacs à la main, passent commande du stock de charcuterie ou de fromages, "à prix coutant", dit son directeur. D'autres restaurateurs ont préféré "donner plutôt que jeter".

Devant le restaurant Papa Lello trône une simple table haute. Une file se crée pour prendre les commandes. "Nous avons des consignes de la mairie, prenez un mètre de distance entre vous, s'il vous plaît", lance Louis De Courson.

Gants en latex aux mains, torchon noué autour de la bouche, le directeur espère écouler dans l'après-midi, de ses frigos, les 50 à 70 kg de charcuterie, fromage ou burrata di bufala.

"Ce sont des produits à date limite de consommation, courte. On aurait été obligé de jeter", dit-il alors qu'il a déjà dû mettre à la benne "300 kg de pâte à pizza".

Dans les rues historiques du centre, ce sont quelque 500 plats préparés, quiches ou sandwiches qui ont été emportés des étagères du commerce de restauration rapide Paus'K, le tout gratuitement.

"Je n'avais pas prévu de fermer dès ce soir", explique Pierre Skawinski, propriétaire de six enseignes dans la capitale girondine, "je ne sais pas si j'aurai accès à mes fournisseurs et dans mon modèle économique, je traite beaucoup de volume. J'ai besoin de savoir où je vais et j'ai préféré prendre les devants", dit-il.

De plus, "je n'ai pas envie que mon personnel soit confronté à des risques" ou ne se présente pas à l'embauche, ajoute-t-il, alors "autant donner que jeter".

En début d'après-midi, tout le stock de ses magasins rassemblé en un même endroit avait trouvé preneur.

- "On a un peu aidé" -

Le restaurateur s'est débrouillé tout seul, d'autres postent leurs annonces sur une page Facebook, "Resto&nous", créé dimanche à Bordeaux pour mettre en relation clients et commerçants.

"Fleurs gratuites devant le magasin", dit un message, "je vends le reste de mon stock" à telle adresse, dit un autre tandis qu'un troisième vante son poisson qui "vient de la criée de St-Jean-de-Luz".

Dimanche matin, "c'est un copain restaurateur qui m'a dit qu'il était dans la panade", raconte Léa Mathieu, 29 ans, qui administre la page.

"On était un groupe de dix copains, on est allé acheter ses produits, il avait par exemple 250 oeufs, on en a distribué aux passants", ajoute cette jeune employée marketing au réseau de transports en commun de Bordeaux. "Il était super content de récupérer l'argent et de ne pas jeter. Et on s'est dit, pourquoi ne pas partager ?", ajoute-t-elle.

De fil en aiguille, depuis dimanche, de plus en plus de restaurateurs proposent leurs offres sur la page, "mon téléphone sonne toutes les secondes", dit-elle en assurant que l'initiative est "une petite action, histoire de se dire qu'on a un peu aidé".

Devant le Papa Lello, Grégoire est venu car il connaît "la qualité des produits et aussi pour les aider". "J'espère qu'ils réussiront à passer le cap et à rouvrir", dit-il avant d'aller s'approvisionner dans un autre restaurant : "C'est pour les jours à venir, j'ai déjà des trucs dans le congélateur".

Guillaume, 33 ans, a découvert "par hasard" l'annonce de déstockage sur Facebook. Pour 14 euros, il remplit son sac de mozzarella et de desserts : "Ce soir, on va bien manger".

Auteur(s): Par Laurent ABADIE - Bordeaux (AFP)


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