A Calais, le Brexit dans les têtes, mais encore abstrait

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A Calais, le Brexit dans les têtes, mais encore abstrait

Publié le 31/01/2020 à 17:38 - Mise à jour à 17:40
© BEN STANSALL / AFP
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Auteur(s): Par Antoine POLLEZ - Calais (AFP)

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"Ca fait trois ans qu'on en parle, et on ne sait toujours pas ce qui va se passer": à Calais, face aux côtes anglaises, le Brexit est dans tous les esprits, mais les habitants peinent à en cerner les conséquences concrètes.

"On a toujours été très amis avec les Britanniques, et on le restera", avance Christophe, commercial dans une entreprise de produits cosmétiques, l'un des rares promeneurs à s'aventurer sur la plage sous un temps humide et venteux.

"Je vais en Écosse tous les ans avec mon chien, et j'ai peur qu'on me cause des soucis avec lui. C'est ma seule véritable préoccupation."

Son sentiment résume l'impression générale dans une ville qui, depuis le XIIe siècle, s'est développée au rythme des échanges avec le voisin britannique. Si tout le monde a intégré le Brexit, chacun se demande comment évoluera la relation avec le Royaume-Uni.

Sur le quai de la gare, Kevin Uren, salarié d'une entreprise spécialisée dans les câbles marins, attend son train pour Londres. Travaillant régulièrement sur le continent, ce Britannique ne sait à quoi s'attendre pour ses prochains déplacements.

"J'ai toujours connu le Royaume-Uni membre de l'Union européenne, je ne sais pas ce que c'est la vie en dehors". Agé de 47 ans, il est né l'année où son pays intégrait l'UE. "Je ne dirais pas que je suis inquiet, ni spécialement content. Je suis simplement réservé sur les possibilités futures de voyager".

A l'accueil des voyageurs, les contrôles se passent normalement. L'agent confirme qu'aucune nouvelle procédure n'a été mise en place. Au même moment, sur le site d'Eurotunnel, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner promet un Brexit "ordonné", "qui n'a pas vocation à compliquer la vie de nos concitoyens".

- "Petit espoir" -

Pour les associations d'aide aux migrants, Brexit ou pas, les tentatives de traversée vont se poursuivre. "Les mesures de protection de la frontières peuvent difficilement être plus rudes, on pense que ça ne va pas changer grand-chose", affirme François Guennoc, vice-président de L'Auberge des migrants.

"Chez certains, il y a un petit espoir que des contrôles douaniers créent des bouchons sur l'autoroute", favorisant la montée à bord de poids-lourds en route vers l'Angleterre. "Mais, on nous dit qu'il n'y aura pas de contrôle réel avant fin 2020, donc c'est un espoir un peu vain".

A une distribution de repas organisé par l'association Salam, George, jeune Erythréen de 19 ans, confie ne pas avoir entendu parler du Brexit. A l'abri du vent derrière une camionnette, il explique avoir fait "une dizaine de tentatives" depuis son arrivée voici six mois, et compte bien recommencer.

- "Brexshit" -

Ceux que le Brexit hérisse le plus sont sans aucun doute les Britanniques installés de ce côté-ci de la Manche.

Violoniste, Christina Howells habite à Calais depuis 2006. Arrivée pour suivre son ancien compagnon, elle n'est jamais repartie. "C'est un jour triste", avance-t-elle d'emblée. Elle regrette de ne pas pouvoir voter aux prochaines élections municipales françaises, en mars, "à cause du +Brexshit+".

"En plus, dès l'an prochain, je n'aurai plus le droit de voter au Royaume-Uni, puisque j'aurai quitté le territoire depuis 15 ans. Je ne serai plus citoyenne nulle part", glisse-t-elle en français.

Gérant de l'Hovercraft, un restaurant du centre-ville réputé pour son welsh au cheddar écossais, Dan Sowden, lui, a d'autres préoccupations.

"Quand je suis arrivé, en 1999, tout était facile. Là, d'un seul coup, on se rend compte qu'on n'est pas chez nous, on pensait avoir des acquis et tout est remis en cause", déplore ce quadragénaire, père de quatre enfants, boucle d'oreille et chemise bleu ciel impeccable.

"Pour la sécurité sociale, la retraite, l'éducation, l'accès à plein de services, on ne sait pas comment ça va se passer."

Il a prévu d'effectuer les démarches pour demander la nationalité française pour lui et sa famille, "par sécurité". "On n'est pas à l'abri qu'un Trump arrive à l'Elysée", se justifie-t-il.

Auteur(s): Par Antoine POLLEZ - Calais (AFP)


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