Cannabis: en pleine pandémie, les fumeurs tentés par l'autoculture

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Cannabis: en pleine pandémie, les fumeurs tentés par l'autoculture

Publié le 04/12/2020 à 08:00 - Mise à jour à 09:20
© Mladen ANTONOV / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Romain FONSEGRIVES - Paris (AFP)

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Difficultés d'approvisionnement, flambée des prix, longues journées à occuper, la pandémie de Covid et les confinements ont incité certains fumeurs de cannabis à se lancer dans la culture à domicile, une tendance qui a accéléré l'émergence d'une herbe "made in France" déjà encouragée par les trafiquants.

En banlieue parisienne, Alexandre* s'apprête à voir sa patience récompensée. Dans quelques jours, il pourra faire sa toute première récolte. Des deux pieds de cannabis secrètement plantés chez lui dans une armoire, le trentenaire espère "environ 100 g de weed" pour lui et sa compagne.

Pouvoir fumer une herbe "de qualité" et supprimer tout risque de "devoir dépendre d'un four" (point de deal dans une cité, ndlr), il y songeait depuis "presque deux ans".

Alors quand au printemps, l'Etat l'a forcé à rester chez lui, il est "passé à l'action". En avril, il commande sur internet ses premières lampes à LED, nécessaires à la croissance des plantes. Et quelques clics plus tard, terre, engrais et graines lui sont livrés par un site espagnol.

Au total, Alexandre a dépensé "350 euros" pour s'équiper. Un investissement dont il se félicite en ces temps de reconfinement et d'instauration de l'amende forfaitaire de 200 euros pour les usagers de drogue.

"J'évitais déjà de fréquenter les +fours+. Mais là avec l'amende, c'est hors de question", souffle cet amateur de joints purs sans tabac. "2020, c'est vraiment l'année qui t'incite à devenir indépendant: on ne sait pas comment va évoluer la crise, si on va être confiné tous les trois mois..."

Une logique qui semble faire des émules. Cultivatrice de cannabis depuis plusieurs années pour soulager les douleurs liées à sa trithérapie, Brigitte* a vu l'intérêt pour son expertise grimper pendant l'épidémie de Covid-19.

- "Confinement déclencheur" -

"En mars-avril, une dizaine de personnes m'ont contacté sur les réseaux sociaux", raconte cette quinquagénaire malade du VIH. "Certains voulaient savoir où poser leur +homebox+ (armoire de culture, ndlr), d'autres comment ne pas avoir d'odeur dans leur logement."

"Le confinement a provoqué une prise de conscience", théorise-t-elle depuis sa campagne angevine. "Les gens se sont rendus compte qu'ils pouvaient produire eux-mêmes au lieu d'aller chez un dealer. D'autant qu'aujourd'hui, on trouve tout le matériel et les infos sur le web, et le +do it yourself+, c'est tendance."

"On a beaucoup de remontées d'informations suggérant que les consommateurs réguliers se sont mis à l'autoculture", abonde Victor Martin, de l'association Bus 31/32 qui gère des centres pour usagers de drogue à Marseille et coordonne une étude pour mesurer l'influence des deux confinements sur l'usage de cannabis.

"Le premier confinement a servi de déclencheur, beaucoup ont franchi le pas parce qu'ils ont eu du mal à s'approvisionner ou ont vu les prix grimper."

L'autoculture n'a pas attendu le coronavirus pour s'imposer. Elle répond aux besoins croissants des Français, premiers consommateurs européens de cannabis avec 5 millions d'usagers dans l'année et 900.000 fumeurs quotidiens.

Ils délaissent de plus en plus le "shit" (la résine), au profit d'une herbe qui a acquis l'image d'un produit "aux propriétés +naturelles+ (...), voire +bio+", selon une récente note de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

- "Production urbaine" -

En 2017, 7% des consommateurs réguliers de cannabis de 18 à 64 ans confiaient déjà utiliser leur propre production, selon le baromètre de Santé Publique France. Soit "entre 150 à 200.000 personnes", précise l'OFDT.

Pour répondre à la demande, le nombre de "growshops", ces magasins spécialisés dans la vente de matériel destiné à cultiver des plantes en intérieur, a quintuplé en dix ans, selon l'OFDT, pour atteindre 300 enseignes en 2016.

L'expansion de ces boutiques commence d'ailleurs à attirer l'attention des autorités. Fin juin, quelque 950 pieds de cannabis ont été saisis chez plus d'une centaine de particuliers dans la Marne et l'Aube: les enquêteurs les avaient repérés en surveillant trois "growshops" où ils se fournissaient.

"Il peut y avoir un dérapage assez rapide de ces cultivateurs, car le consommateur se rend vite compte qu'il peut monétiser sa production", note le chef adjoint de l'Office anti-stupéfiants (OFAST), Samuel Vuelta-Simon.

Produire local dépasse désormais le cercle des usagers revendeurs, selon le magistrat, "des groupes criminels se sont emparés de cette dynamique."

"Aujourd'hui, on a vraiment une production urbaine de cannabis en France", détaille-t-il. Preuve que l'herbe "made in France" a le vent en poupe, le nombre de plants de cannabis saisis a bondi de 30% entre 2018 et 2019.

Loin des trafics, Alexandre assure ne vouloir satisfaire que "conso personnelle". Mais l'apprenti jardinier a pris ses précautions et adopté une technique qui lui permet de maximiser le rendement de seulement deux pieds. "Comme ça si je me fais serrer, j'imagine que je risque un peu moins."

*Les prénoms des usagers ont été modifiés

Auteur(s): Par Romain FONSEGRIVES - Paris (AFP)


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