"Carnets de profs": en collège, dialogue de sourds autour des réseaux

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"Carnets de profs": en collège, dialogue de sourds autour des réseaux

Publié le 25/11/2020 à 09:04 - Mise à jour à 10:32
© Thomas SAMSON / AFP/Archives
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Auteur(s): Par AFP - Nanterre

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Depuis des années, de nombreux profs le disent: ils sont "en première ligne". En première ligne et parfois démunis, dans leur salle de classe, pour assurer leur mission. Quatre enseignants de collège public ont accepté de confier, chaque semaine, leur expérience de terrain à l'AFP.

Pour les troisièmes "carnets de profs", ils confient mal connaître, voire sciemment ignorer, les réseaux sociaux, qui sont pourtant souvent l'alpha et l'omega de leurs élèves.

- "Ma large méconnaissance" -

Philippe, 54 ans, enseigne l'histoire-géographie dans un village du Puy-de-Dôme:

"Aucun élève n'a, pour l'instant, contesté ou mis en doute un sujet abordé (en classe) car il aurait lu toute autre chose sur un réseau social. Il est vrai que je ne leur demande jamais s'ils utilisent un réseau social pour s'informer !

Par exemple, pour l'éducation aux médias, je n'ai jamais fait appel aux réseaux sociaux, sans doute en raison de ma large méconnaissance. J'ai utilisé les journaux télévisés, j'utilise désormais la presse écrite.

Là, je me rends compte que c'est la principale différence entre mes élèves et moi.

Je n'ai jamais suivi une formation sur le thème des réseaux sociaux. La première raison est que je ne me souviens pas en avoir vu une proposée et la seconde raison est que jusqu'à présent, le thème ne m'a guère intéressé."

- "Décalée par rapport à mes élèves" -

Camille, 39 ans, enseigne depuis dix ans l'histoire-géographie dans un collège classé REP+ d'une petite ville des Yvelines:

"Les réseaux sociaux m'ennuient, je les trouve très envahissants. Du coup, je me sens un peu décalée par rapport à mes élèves.

Ils sont très friands de ces réseaux. A un âge où il est important de faire partie d'un groupe, ils les utilisent jusque très tard la nuit. L'autre difficulté réside dans le fait qu'il y a sans arrêt de nouveaux réseaux.

Ceux qui peuvent interférer avec mon enseignement sont ceux qui proposent des vidéos du type YouTube. Pour mes élèves, la preuve de ce qu'ils avancent est fournie pour la vidéo qu'ils ont regardée et ils n'ont pas conscience que des images coupées ou montées peuvent traduire une réalité différente.

J'ai le sentiment que si c'est dit ou écrit quelque part, ils le croient."

- "Pas de contrôle parental sur ces réseaux" -

Marie, 44 ans, professeure de français dont le prénom a été modifié, exerce depuis une dizaine d'années dans une grande ville d'Ille-et-Vilaine:

"La plupart pensent que finalement, on peut tout dire sur un réseau social et qu'il n'y a pas de trace. En fait, ils n'ont pas compris qu'on peut tout à fait retrouver l'ensemble des messages. Et qu'au contraire ça pouvait même être très grave puisque, une fois que c'est écrit, pénalement, c'est une preuve.

Ce n'est pas leur préoccupation de savoir ce qu'ils encourent, ils ne sont pas dans la responsabilité de leurs actes. Et ce qui m'inquiète le plus, c'est que les parents n'ont pas l'air d'être très au fait non plus. La plupart de mes élèves n'ont pas de contrôle parental sur ces réseaux.

Moi, les réseaux sociaux, ça m'intéresse assez peu. J'utilise WhatsApp, voilà. Je ne suis pas spécialement informée, je ne cherche pas à l'être non plus. Ce n'est pas pour moi un outil de travail."

- "Des cours d'éducation aux réseaux sociaux seraient importants" -

Céline, 45 ans, professeure dans un collège REP+ d'une ville moyenne du Haut-Rhin:

"Ils ont souvent une relation particulière avec les réseaux sociaux: ils sont persuadés qu'ils connaissent certaines informations grâce aux réseaux sociaux, alors +qu'on n'en parle pas dans les médias+.

Par exemple avec les Ouighours: +aucun média n'en parle+. Alors qu'en fait si, si on lit les journaux de presse écrite, qu'on écoute certaines radios, ce n'est pas une information qui est totalement écartée.

Des cours d'éducation aux réseaux sociaux seraient importants, pour les potentielles victimes de cyberharcèlement, mais pour les potentiels agresseurs aussi, qui souvent sont agresseurs sans même s'en rendre compte, alors que si la parole était directe, ils se rendraient plus compte du mal qu'ils font."

clw-cca-aag-bdx-tib/pa/rhl

Auteur(s): Par AFP - Nanterre


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