Chez les commerçants, la colère... et la grande peur de l'avenir

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Chez les commerçants, la colère... et la grande peur de l'avenir

Publié le 13/11/2020 à 16:28 - Mise à jour à 18:02
© Sebastien SALOM-GOMIS / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par les bureaux de l'AFP en régions, avec Corentin DAUTREPPE à Paris - Paris (AFP)

-A +A

"On a envie d'être là dans cinq ans, dans dix ans": au-delà de la colère immédiate et des inquiétudes sur les ventes pour la fin d'année, certains commerçants, durement éprouvés par le reconfinement, vont jusqu'à poser la question de leur avenir à plus ou moins long terme.

Il y a de la "colère", mais aussi beaucoup d'inquiétude. Pour Lola Mourier, qui tient depuis 15 ans une petite boutique de prêt-à-porter dans le cœur historique d'Arles (Bouches-du-Rhône), "la colère ne sert à rien. On n'est pas les seuls à être dans ce cas-là, on le voit au niveau européen et mondial".

"S'il faut en passer par là pour pouvoir avancer et après revivre plus normalement plus tard, il faut le faire", confie-t-elle à l'AFP vendredi. "Il ne faut pas oublier aussi qu'il y a des gens à l'hôpital, qu'il y a des personnels soignants qui se battent au quotidien", qui "ont plus de raisons d'être en colère que nous, je pense."

- "Ci-gît le commerce" -

Malgré tout, se pose la question de l'avenir du commerce: "On a envie d'être là dans cinq ans, dans dix ans et on a envie que les autres s'en sortent aussi parce qu'il faut que les autres tiennent pour l'attractivité du centre-ville", explique-t-elle encore.

"On sent des commerçants inquiets pour leur avenir", estime aussi Stéphane Paglia, président de la Chambre de commerce et d'industrie du pays d'Arles. "Pour les hôteliers-restaurateurs dans une ville touristique comme Arles, il y a une grande anxiété car on ne voit pas de perspective claire. Lors du premier confinement, il y avait de l'allant pour repartir mais maintenant c'est plus dur."

Jean Castex a indiqué jeudi que, "si les données sanitaires le permettent", "des premières mesures d'allègement pourrait intervenir à compter du 1er décembre", "strictement limités aux commerces". Mais peu de commerçants trouvent leur compte dans ces annonces, et surtout pas le secteur de l'hôtellerie-restauration, pour lequel n'existe "aucune espérance de réouverture rapide", dixit l'Union des métiers des industries de l'hôtellerie.

A Nantes, entre 120 personnes selon la police et 300 personnes selon l'association "Plein centre" se sont réunies vendredi sur la place du Commerce pour déposer une gerbe de fleurs: "Ci-gît le commerce nantais". Tout autour de la place, des commerçants avaient placardé cette affiche sur leurs devantures fermées.

"Je suis en décoration, ameublement, cadeau, autant vous dire que le mois de novembre, ça pèse deux mois et demi de chiffre d'affaires", a expliqué à l'AFP Sandrine Wroblewski. "C'est irrécupérable, d'être fermé comme ça en deux jours avec rien pour se retourner, c'est insupportable. On a le sentiment d'une profonde injustice, parce qu'on est considérés comme nonessentiel, il y a une espèce de dédain qui est très difficile à vivre."

- "L'ambiance se tend" -

"On espérait tous un petit peu, on est déçus", réagit Sophie Gondreau, gérante d'un magasin de chaussures pour enfants à Grenoble. "Le gouvernement a beau nous proposer des aides, c'est mieux que rien, mais on voudrait bosser."

"Castex a été catégorique sur le fait que les mariages resteraient limités à six personnes, il n'a même pas laissé entrevoir un espoir", déplore aussi Brigitte Poupon, propriétaire depuis 32 ans d'une boutique de robes de mariées et de cocktails à Dijon. Et "quand bien même on rouvrirait le 1er décembre, le maintien de l'attestation empêchera certains de mes clients qui viennent de loin de se déplacer."

"Les plus en souffrance sont ceux qui ont créé ou repris un commerce il n'y a pas très longtemps", alerte aussi Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde. "Là, on est en train de créer de la paupérisation. L'ambiance se tend. Certains parlent de manifestations".

"La colère gronde de plus en plus", estime aussi Thierry Radice, de l'association de commerçants "Les vitrines d'Annecy". "Les gens ont l'impression qu'il y a deux poids deux mesures entre les petits commerces et les grandes surfaces avec des règles sanitaires qui ne sont pas similaires". Mais "fermer les grandes surfaces, qui ont bénéficié du premier confinement de manière considérable", comme il le demande, serait-il suffisant pour apaiser les colères et les craintes?

burs-cda/tq/eb

Auteur(s): Par les bureaux de l'AFP en régions, avec Corentin DAUTREPPE à Paris - Paris (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Manifestation à Nantes contre la fermeture des commerces, le 13 novembre 2020

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-