Covid-19: "On a déjà augmenté les impôts", affirme Thomas Piketty

  •  Vous appréciez FranceSoir, soutenez son indépendance !  

Covid-19: "On a déjà augmenté les impôts", affirme Thomas Piketty

Publié le 15/06/2020 à 12:34 - Mise à jour à 13:02
© Sander KONING / ANP/AFP/Archives
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par AFP - Paris
-A +A

L'économiste Thomas Piketty a estimé lundi que, contrairement à l'engagement du président Emmanuel Macron de ne pas alourdir la fiscalité, une hausse d'impôts avait déjà eu lieu avec la prolongation d'un prélèvement destiné à rembourser la dette sociale.

"Ce qui m'embête, c'est tous les non-dit. (Emmanuel Macron) nous dit, par exemple, +je ne vais pas augmenter les impôts+. Sauf qu'en fait, on les a déjà augmentés", a martelé M. Piketty sur France Inter.

L'économiste a pointé la récente prolongation sur presque dix ans de la perception du CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale, NDLR).

L'Assemblée nationale examine lundi un projet de loi qui tient en effet compte, suite à la crise du coronavirus, de l'ajout de 136 milliards d'euros de dettes au "trou de la Sécu", que les Français rembourseront ainsi jusqu'en 2033, soit neuf années de plus que prévu.

"Le CRDS est un bout de CSG (contribution sociale généralisée, NLDR) mais qui représente quand même 0,5% prélevés chaque mois sur tous les salaires, des plus bas jusqu'aux plus hauts. Normalement, ça devait s'arrêter (en 2024), c’est-à-dire que tout le monde aurait eu une augmentation de salaires ou de pensions de retraite de 0,5%", a expliqué Thomas Piketty.

Or, "a été adopté le principe de le prolonger pendant dix ans (...). L'absence de contradiction est problématique", a-t-il déploré.

Alors que "500 milliards d'euros" ont été dépensés pour faire face à la crise, Emmanuel Macron a exclu dimanche d'augmenter les impôts pour les financer.

"Nous n'allons pas augmenter les impôts", car l'augmentation de la fiscalité "décourage l'activité économique" et "tue la confiance des ménages", a même renchéri lundi le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin sur BFM TV/RMC.

Pour Thomas Piketty, cet engagement signifie d'abord que le gouvernement ne veut pas rétablir l'impôt sur la fortune (ISF).

"Mais quand il s'agit d'augmenter l'impôt sur tous les Français et pesant sur tous les salaires...", grince l'auteur du best-seller "Le Capital au XXIe siècle", appelant à "un ISF rénové" avec des feuilles d'imposition "préremplies" sur les patrimoines pour éviter les sous-déclarations.

"Le principal impôt sur le patrimoine en France, c'est la taxe foncière (...). C'est un impôt très lourd, extrêmement injuste, qui augmente d'année en année (...). L'ISF corrigeait un peu ça, ça a été supprimé", alors qu'"un impôt sur la fortune des 1% les plus riches devrait rapporter au moins 10 milliards d'euros" par an, a commenté M. Piketty.

L'économiste, spécialiste des inégalités de patrimoine et de fiscalité, a par ailleurs appelé à investir massivement dans l'éducation.

"On a besoin d'un plan d'investissement dans les lycées, et surtout dans l'université et les formations technologiques (...). C'est très important: la prospérité économique vient de cette avance éducative, et certainement pas de ce gâchis de ressources qu'on a devant nous", a-t-il souligné.

Enfin, Thomas Piketty a pointé la faiblesse relative du plan de relance élaboré par Bruxelles.

"Un plan européen de 500 milliards d'euros (sous forme de subventions, NDLR), ça fait à peine 3% du PIB de l'Union européenne, et comme ça va être dépensé sur 5 ou 6 ans, à la fin ça fait 0,5% du PIB par an", a-t-il relativisé, tout en critiquant la "très grande opacité dans le mode de prise de la décision" des investissements choisis.

Auteur(s): Par AFP - Paris

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Thomas Piketty à Amsterdam le 27 février 2020

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-