Cris de singe lors de Dijon-Amiens: Les actes racistes gagnent les stades d'Europe

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Cris de singe lors de Dijon-Amiens: Les actes racistes gagnent les stades d'Europe

Publié le 13/04/2019 à 12:19 - Mise à jour à 12:34
© JEFF PACHOUD / AFP
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par Adrien DE CALAN - Paris (AFP)
-A +A

L'interruption du match Dijon-Amiens (0-0) vendredi soir à la suite de cris de singe adressés au capitaine amiénois Prince Gouano s'inscrit dans une succession récente d'actes racistes dans les stades d'Europe, notamment en Italie et en Angleterre.

"Le racisme existe dans les stades en France, mais on ne peut pas mettre la situation sur le même plan que dans des pays de l'Est ou en Italie", considère le sociologue du supportérisme Nicolas Hourcade, professeur à l'école Centrale de Lyon, interrogé par l'AFP.

"A Dijon, on a vu que c'était le fait d'un supporter isolé qui a pu être identifié et arrêté. Dans d'autres pays, il y a des manifestations collectives où toute une tribune ou une bonne partie peut pousser des cris de singe et lancer des slogans racistes", explique-t-il.

Vendredi soir, après 77 minutes de jeu, le défenseur et capitaine d'Amiens Prince Gouano, visé par les cris racistes, a commencé à quitter le terrain en lançant vers son banc de touche: "C'est fini on ne joue plus, je ramène mes coéquipiers, on rentre dans le vestiaire".

Solidaires, les joueurs se sont arrêtés et certains, dont Gouano sont allés échanger avec les supporters. L'arbitre Karim Abed a également demandé au speaker du stade de faire "bien passer le message, que si ça se reproduit, on arrête".

- 'Cris répugnants' -

La Ligue de football (LFP) a annoncé des suites judiciaires et Dijon son intention de porter plainte.

"Ces cris répugnants sont contraires aux valeurs transmises par le sport. Ils insultent notre République. Je salue la réaction rapide de la LFP: la racisme n'aura jamais sa place en France", a réagi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

L'interruption des matches est régulièrement réclamée par des figures de la lutte contre les discriminations comme l'ancien international français Lilian Thuram.

Il l'avait dit à l'AFP en janvier 2018 après des insultes racistes proférées à l'encontre de Blaise Matuidi lors de la rencontre de championnat italien Cagliari-Juventus.

"On n'aborde pas le sujet du racisme comme on devrait le faire. Pourquoi l'arbitre n'a pas arrêté le match, pourquoi les joueurs de couleur blanche ne sortent pas du terrain quand Matuidi se fait insulter ?", avait souligné l'ancien défenseur de France-98.

"S'il n'y a pas de questionnement sur le sujet, ce sera la même chose dans 20 ans", prévenait-il.

L'Italie justement et Cagliari où Blaise Matuidi, à nouveau, et son coéquipier de la Juventus Turin Moise Kean ont été la cible de cris de singe le 2 avril dernier.

- L'Italie, un cas à part ? -

Au lieu de dénoncer les agissements de leurs supporters, des dirigeants de Cagliari ont préféré stigmatiser la célébration de but de Moise Kean, immobile, silencieux et les bras écartés devant la tribune hostile.

Même Leonardo Bonucci, propre coéquipier de Kean à la Juventus, a estimé que "la faute" était "partagée à 50-50", avant de concéder qu'il avait parlé trop vite et de condamner "toute forme de racisme".

Pour le sociologue Nicolas Hourcade, "l'Italie est un cas à part pour deux raisons: son histoire politique avec la prégnance de l'extrême droite et l'organisation de certains groupes de supporters ouvertement fascistes qui peuvent être présents en tribunes".

Mais en Angleterre aussi, de nombreux incidents ont eu lieu ces derniers jours aussi bien dans les grands clubs que dans les divisions inférieures.

La veille de Dijon-Amiens, les équipes anglaises de Liverpool et Chelsea ont condamné le chant de plusieurs supporters qui qualifient la superstar égyptienne des Reds, Mohamed Salah, de "poseur de bombes".

Arsenal a pour sa part ouvert une enquête afin d'identifier le supporter qui, dans une vidéo, tient des propos racistes envers le défenseur franco-sénégalais de Naples Kalidou Koulibaly pendant leur quart de finale aller de Ligue Europa.

En décembre, l'attaquant de Manchester City Raheem Sterling avait été la cible d'insultes à Chelsea tandis qu'un supporter de Tottenham avait jeté une peau de banane en direction du Gabonais d'Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang.

L'un des grands enjeux dans les stades, c'est "d'identifier les auteurs de ces actes pour pouvoir les sanctionner, c'est parfois très difficile. Cela demande la vigilance des stadiers" et de tous les acteurs du foot, insiste encore le spécialiste Nicolas Hourcade.

Auteur(s): Par Adrien DE CALAN - Paris (AFP)

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




L'interruption du match Dijon-Amiens (0-0) vendredi soir à la suite de cris de singe adressés au capitaine amiénois Prince Gouano s'inscrit dans une succession récente d'actes racistes dans les stades d'Europe, notamment en Italie et en Angleterre.

Newsletter


Fil d'actualités Société




Commentaires

-