Dans l'affaire Karachi, "rien ne m'aura été épargné", dit Balladur à son procès

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Dans l'affaire Karachi, "rien ne m'aura été épargné", dit Balladur à son procès

Publié le 20/01/2021 à 17:50 - Mise à jour à 19:10
© Alain JOCARD / AFP
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Auteur(s): Par Marie DHUMIERES - Paris (AFP)

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"Rien ne m'aura été épargné". Jugé à Paris pour des soupçons de financement occulte de sa campagne présidentielle de 1995, Edouard Balladur a longuement dénoncé mercredi un dossier bâti sur des "rumeurs" et des accusations "mensongères".

La veille, à la fin du long résumé de la tentaculaire "affaire Karachi" par la Cour de justice de la République, l'ancien Premier ministre avait prévenu : "J'aurai beaucoup de choses à dire".

A la reprise de l'audience mercredi après-midi, il prend la parole pour nier toute responsabilité dans un système de rétrocommissions illégales liées à d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan.

Dans cette affaire, mise au jour en marge de l'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002, "il n'est jamais question que de rumeurs", affirme calmement M. Balladur, costume sombre et cravate pourpre.

L'ancien locataire de Matignon, 91 ans, s'était lentement avancé vers le centre de la salle d'audience, où il comparaît au côté de son ancien ministre de la Défense François Léotard, 78 ans.

Selon l'accusation, M. Balladur a été, avec la complicité de ce dernier, "le grand architecte" de ce système de financement occulte qui aurait servi à alimenter en partie ses comptes de campagne et a abouti en juin à des condamnations de leurs proches dans le volet non-ministériel du dossier.

Plutôt que sur "des preuves", balaie-t-il, "ce dossier est fondé sur des approximations, des rapprochements, des coïncidences, des suppositions". "Avec de tels procédés, on pourrait condamner n'importe qui", déclare M. Balladur, son masque posé à côté de ses notes sur le pupitre.

Entendu après lui, M. Léotard suit, dans un autre style, la même ligne. "Aucun rapport" entre le financement de la campagne et les contrats d'armement, balaie l'ancien ministre, jean noir et pull marine. Au président Dominique Pauthe qui se lance dans une explication du système des commissions, il lance : "C'est de l'épicerie que vous décrivez, et je suis pas épicier".

"Pendant ce temps là il y avait le Rwanda (...), la Bosnie", dit-il. Les commissions, "je ne me suis pas occupé de ça". En tant que ministre, "je ne m'occupe que des affaires lourdes".

- "Intérêt national" -

M. Balladur, lui, décrit longuement cette affaire "hors du commun" par sa durée - "voilà plus de vingt-cinq ans que mon procès est ouvert dans l'opinion publique"--, et sa "violence" : "Rien ne m'aura été épargné".

Il rappelle que ses comptes de campagne ont été validés (in extremis) par le Conseil constitutionnel, malgré un versement litigieux de 10,25 millions de francs (environ 1,5 million d'euros) en liquide, trois jours après sa défaite au premier tour de la présidentielle.

"Des dons issus de collectes réalisées lors de meetings de campagne", soutient-il encore devant la cour. Pour les enquêteurs, cette somme correspond à celle récupérée quelques jours plus tôt à Genève par l'intermédiaire Ziad Takkiedine, condamné en juin dans le volet non-ministériel.

Dans les contrats d'armement, insiste M. Balladur, "mon seul rôle était de décider si leur signature était compatible avec l'intérêt national", en lien le président de la République François Mitterrand.

Dans un dossier mené par des juges d'instruction à "l'incompétence avérée", "on dit que je ne pouvais pas ne pas savoir (...). Aurais-je l'obligation de tout savoir et d'intervenir partout ?"

Il revient ensuite sur l'attentat de Karachi: c'est au cours de l'enquête sur cette attaque, dans laquelle 11 Français travaillant à la construction de sous-marins sont morts, qu'avaient émergé les soupçons de rétrocomissions.

L'enquête avait au départ privilégié la piste d'Al-Qaïda avant d'explorer les possibles liens - non étayés à ce jour - entre l'attaque et l'arrêt du versement des commissions après l'élection de Jacques Chirac. L'enquête, toujours en cours, étudierait à nouveau la piste islamiste, selon une note des renseignements de fin 2019.

"Plus personne ne doute de ma responsabilité", "c'est devenu une vérité historique", regrette M. Balladur. "Vingt ans après cet attentat, la justice n'en sait toujours pas davantage sur ses causes et ses auteurs. C'est dramatique".

"Le financement de ma campagne n'a aucun lien avec l'attentat de Karachi", a-t-il insisté.

Auteur(s): Par Marie DHUMIERES - Paris (AFP)


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L'ancien Premier ministre Edouard Balladur, arrive devant la Cour de justice de la République, à Paris le 19 janvier 2021

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