"Gilets jaunes": 11 morts, des récupérations et beaucoup d'incompréhension

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"Gilets jaunes": 11 morts, des récupérations et beaucoup d'incompréhension

Publié le 16/05/2019 à 08:00 - Mise à jour à 08:42
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Auteur(s): Par Juliette DESMONCEAUX, Juliette VILROBE - Paris (AFP)

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C'est sans précédent pour un mouvement social: en six mois, 11 personnes ont trouvé la mort en marge de mobilisations des "gilets jaunes", donnant lieu à des tentatives de récupération venant des manifestants comme du gouvernement.

Nadia Bègue en a fait l'expérience. Mi-janvier, lors de l'acte 10 dédié aux "gilets jaunes" disparus, elle voit des manifestants brandir un cercueil en carton avec la date et le lieu du décès de son fils Thibaut, dont la voiture a percuté un camion bloqué par un barrage à Arles le 2 décembre.

"Comment osez-vous l'associer à ce cortège?", s'indigne-t-elle sur Facebook, accusant les "gilets jaunes" d'avoir "provoqué" la mort de son fils de 27 ans avec leurs "barrages meurtriers".

Sandrine Ditta n'a elle, non plus, pas "compris" l'hommage rendu à son frère Frédéric, un automobiliste tué dans une collision avec un camion à l'arrêt aux abords d'une manifestation de "gilets jaunes" à Perpignan (Pyrénées-Orientales)

Quelques jours après la mort du jeune homme en décembre, des "gilets jaunes" avaient défilé dans son village en sa mémoire.

"Frédéric n'était pas du tout sympathisant des +gilets jaunes+, dit-elle à l'AFP. Il était plutôt du genre à râler parce que tout était bloqué."

De leur côté, les autorités n'ont pas manqué de mettre en avant ce lourd bilan humain pour tenter de discréditer le mouvement et éteindre la contestation.

"Connaissez-vous un autre contentieux social sur ces trente dernières années qui a tué autant de personnes?", déclarait mi-décembre le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, alors que le bilan était de 8 morts. "Je le dis clairement: +Ça suffit!"

L'appel n'a guère été entendu par Carole Dieux. Après le choc du décès de son ami "gilet jaune", renversé le 20 décembre par un poids lourd en marge d'un rassemblement près d'Agen (Lot-et-Garonne), elle a au contraire intensifié son engagement. "On a encore plus envie de se battre pour qu'il ne soit pas mort pour rien", déclare-t-elle à l'AFP.

L'exécutif est par ailleurs parfois accusé d'avoir gonflé le bilan humain du mouvement en y intégrant deux "gilets jaunes" morts de malaise cardiaque. Cédric Ragot, ami de l'un d'entre eux, considère que "son décès n'est pas lié aux +gilets jaunes+. "Cela aurait pu arriver n'importe où" affirme-t-il à l'AFP.

- Enquêtes -

Au-delà de ces controverses, une même interrogation traverse les proches des victimes: qui est responsable de ces décès, éclipsés au fil des manifestations par le débat sur les violences policières?

Des enquêtes restent ouvertes pour déterminer les causes de 9 des 11 décès et trois conducteurs ont été mis en examen pour homicide involontaire.

Mais sans attendre la fin des investigations, certains proches se sont empressés de désigner des responsables, au sommet de l'Etat ou chez les "gilets jaunes".

Alexandrine, dont la mère Chantal Mazet a été renversée par une automobiliste en Savoie lors de l'acte 1 du mouvement, avait aussitôt accusé le gouvernement de porter une responsabilité "indirecte" dans ce décès.

Si la situation du pays était différente, "il n'y aurait pas les +gilets jaunes+ dehors et ma mère ne serait pas morte", déclarait-elle le jour du drame au Dauphiné Libéré.

De son côté, Dominique Cayre, père d'Aurore, automobiliste décédée le 10 décembre en Corrèze, pointe du doigt la responsabilité les manifestants.

S'il dénonce le manque de réactivité des forces de l'ordre pour empêcher une "manifestation non autorisée", il fait toutefois du barrage des "gilets jaunes" la "cause première" du décès de sa fille. "S'il n'y avait pas eu de barrage, il n'y aurait pas eu d'accident", dit-il à l'AFP.

L'enquête sans doute la plus épineuse concerne toutefois Zineb Redouane, seul décès du mouvement où les proches de la victime mettent en cause la responsabilité des forces de l'ordre.

Cette Algérienne de 80 ans est morte à l'hôpital le 2 décembre après avoir été atteinte par une grenade lacrymogène alors qu'elle était dans son appartement à Marseille, où de violents affrontements opposaient manifestants et forces de l'ordre.

Peu après les faits, le procureur de la République avait attribué le décès à un "arrêt cardiaque sur la table d'opération" mais la famille a contesté cette version et porté plainte le 15 avril pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner."

Auteur(s): Par Juliette DESMONCEAUX, Juliette VILROBE - Paris (AFP)


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