La France insuffisamment préparée aux accidents industriels

  •  Soutenez l'indépendance de FranceSoir, faites un don !  

La France insuffisamment préparée aux accidents industriels

Publié le 25/11/2019 à 12:48 - Mise à jour à 13:32
© Eric CABANIS / AFP/Archives
PARTAGER :

Auteur(s): Par Chloé COUPEAU - Caen (AFP)

-A +A

Près de 20 ans après la catastrophe AZF, la France semble toujours insuffisamment préparée au risque d'accident industriel, au vu des auditions menées par le Parlement sur l'incendie "hors norme" de l'usine chimique Lubrizol à Rouen il y a deux mois.

"On a su passer du tocsin à la sirène au début du XIXe siècle. Je pense qu'au XXIe siècle (...) il faut que nous passions au cell broadcast", c'est-à-dire à l'alerte de la population par téléphone portable, a relevé jeudi le préfet de Normandie Pierre-André Durand devant la commission d'enquête du Sénat sur l'incendie de l'usine Seveso seuil haut.

Car "quand sonne une sirène, il faut rester chez soi (...) mais qui le sait ?", a poursuivi le haut fonctionnaire, expliquant pourquoi il n'a déclenché les sirènes qu'à 8h45 pour un incendie qui avait débuté vers 2h30.

Ce système Cell Broadcast, pratiqué notamment aux États-Unis et au Japon, et dont Bruxelles demande la mise en place pour juin 2022, permettrait de prévenir tout en donnant une consigne. Et d'éviter que des maires ne soient alertés officiellement par la préfecture que douze heures après le début du sinistre comme cela fut le cas le 26 septembre.

Mais pour l'association des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs Amaris, les défaillances vont bien au delà de sirènes "inaudibles". Selon un livre blanc qu'elle a publié début novembre et cité par les parlementaires, "la mise en protection des activités riveraines (...) reste une étape à franchir" en France.

Face au "problème très français d'une culture du risque assez distanciée" selon le préfet, pour qu'une population ait "les bons réflexes", "il n'y a que les exercices".

"Les Japonais nous ont appris ça par rapport au risque tectonique", a de son côté estimé le vice-président EELV de la métropole de Rouen Cyrille Moreau au Sénat mercredi, plaidant pour des exercices à l'échelle des agglomérations, payés par les industriels.

"A ma connaissance à l'échelle des grandes agglomérations, il n'y a aucun exercice", a de son côté constaté le président PS de la métropole Yvon Robert, "extrêmement réservé" quant à de tels exercices. Selon lui, près de 2,5 millions de personnes vivent à proximité des 1.312 sites Seveso français.

- "Plan de prévention riquiqui" -

Dans la foulée de la catastrophe AZF qui avait fait 31 morts en 2001, des mesures avaient été prises comme la création de plans de prévention des risques (PPRT).

"Le PPRT de Lubrizol fait que l'incendie ne s'est déroulé que sur moins de 10% du site", a souligné Yvon Robert. Et le sinistre n'a pas fait de victime.

Mais cela n'a pas empêché les pompiers de manquer d'eau face à trois hectares de feu d'hydrocarbures. L'incendie a "nécessité quatre fois plus d'eau" que la quantité prévue par l'arrêté préfectoral fixant des minima pour ce site, a précisé le commandant Jean-Yves Lagalle, le directeur des pompiers de Seine-maritime, "On a la chance d'avoir eu la Seine".

"On s'est aperçu que les pompiers ne sont pas forcément équipés pour aller sur des sites tels que les nôtres", a de son côté affirmé Corinne Adam, déléguée CFTC de l'usine Lubrizol.

"Le PPRT de Lubrizol est riquiqui", avec "14 maisons concernées" a dénoncé le 12 novembre l'avocate et ancienne ministre Corinne Lepage au Sénat. Selon Yvon Robert, entre 150.000 et 250.000 personnes se sont retrouvées sous le panache de fumée noire de 22 km de long.

Et Lubrizol n'a pas bénéficié des services d'un des rares camions de pompiers français capable de mesurer la pollution, selon Mme Lepage.

Ministre de l'environnement lorsque qu'une fuite de gaz de cette même usine Lubrizol avait provoqué un nuage nauséabond perçu jusqu'en Angleterre, Delphine Batho a dénoncé, comme Mme Lepage, une baisse des budgets de la prévention des risques technologiques, un affaiblissement des règles concernant les installations classées et des sanctions "dérisoires" appliquées aux entreprises.

Le nombre de visite d'inspections sur sites classés a ainsi baissé de 40% en douze ans, selon David Romieux du syndicat CGT.

Auteur(s): Par Chloé COUPEAU - Caen (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Explosion de l'usine AZF, le 21 septembre 2001 à Toulouse

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-