La justice rouvre le dossier du meurtre d'une prostituée bulgare à Paris en 1999

La justice rouvre le dossier du meurtre d'une prostituée bulgare à Paris en 1999

Publié le 01/07/2021 à 13:47 - Mise à jour le 02/07/2021 à 08:40
© Thomas SAMSON / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Guillaume DAUDIN - Paris (AFP)

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Plus de 20 ans après le meurtre d'une prostituée bulgare à Paris, la justice a accepté le 25 juin d'ordonner de nouveaux actes d'enquête qui pourraient permettre à l'homme condamné pour ces faits, Sony C., d'engager une procédure en révision.

Ginka Trifonova, Bulgare de 19 ans qui se prostituait à Paris, avait été retrouvée le corps lardé de 23 coups de couteaux le 22 novembre 1999.

Une vieille dame venue nourrir des chats avait découvert son cadavre à demi-dévêtu sur un terrain vague connu pour être un lieu de prostitution entre voies ferrées et périphérique à la frontière entre Paris et Pantin.

Une manifestation silencieuse, roses rouges et grandes photos de Ginka, avait été organisée à Paris contre "l'esclavage par la prostitution" sur fond de misère et de trafic des femmes.

Son corps avait été rapatrié en Bulgarie en mars 2001.

Dans "A la recherche de Ginka" (ed. Stock, 2018), le journaliste Philippe Broussard avait retracé le parcours haché de cette Bulgare, mère d'une jeune enfant placée, née en septembre 1980 dans une région rurale proche de la Roumanie, et qui avait été mise sur les trottoirs de Paris après les "vitrines" de Bruxelles.

Dans un journal intime retrouvé dans sa chambre d'hôtel, Ginka notait scrupuleusement les revenus tirés de ses passes sur le terrain vague, les coups et viols perpétrés par les hommes venus s'offrir son corps et sa passion délétère pour "Armando", son proxénète albanais.

- "Coupable idéal" ? -

L'enquête judiciaire, après quelques semaines sans avancées, s'était rapidement centrée sur Sony C.

"Petit délinquant, jeune majeur de 19 ans, consommateur d'alcool et de stupéfiants, plutôt fragile psychologiquement", son avocat Me David Curiel le présente aujourd'hui comme le "coupable idéal".

Interpellé mi-décembre 1999 alors qu'il se trouvait dans une voiture située non loin des lieux du crime, il "passe aux aveux, d'une manière plus que contestable", devant la Brigade criminelle.

Devant le juge d'instruction, puis devant la cour d'assises, Sony C. reviendra pourtant d'abord partiellement sur ses déclarations, expliquant avoir seulement frappé la jeune bulgare pour la dépouiller, puis totalement, assurant finalement ne l'avoir jamais rencontrée.

Les assises de Seine-Saint-Denis le condamnent en appel en 2004 à 18 ans de réclusion criminelle.

"Personne n'a cru à ce revirement", écrit Philippe Broussard, selon qui Sony C. était lors de son procès "empêtré dans ses contradictions, tentant avec maladresse de plaider l'innocence".

Après 14 années de détention, il veut désormais "mettre en œuvre une procédure de révision", selon un courrier de février de son avocat, consulté par l'AFP, et adressé au parquet de Paris.

"Il a été condamné sur la base de ses seuls aveux dont la fragilité était flagrante", insiste son conseil.

Me Curiel a utilisé une disposition du code de procédure pénale et demandé au parquet de Paris des actes d'enquêtes qui lui permettront, s'ils révèlent des faits nouveaux, d'engager une requête devant la Cour de révision, seule à même de revenir sur des condamnations pénales définitives.

Du terrain vague entre Paris et Pantin, un enquêteur de la "Crim" écrira sur procès-verbal, selon le journaliste Philippe Broussard, que "s'il existe un endroit où le terme +faire l'amour+ semble incongru, nous l'avons sous les yeux. S'il existe un mot pour qualifier un tel lieu, il doit ressembler au terme +sordide+".

Sur un préservatif abandonné sur la jeune femme, les policiers trouvent un ADN jamais identifié, alors que celui de Sony C. ne figure pas sur place, selon son avocat.

La Brigade criminelle doit donc désormais comparer cette trace ADN aux profils génétiques se trouvant dans les fichiers français (Fnaeg) et européens d'empreintes génétiques, dans l'espoir de confondre un homme déjà fiché.

L'un des derniers correspondants téléphoniques de la victime doit être aussi entendu.

Le parquet a, en revanche, refusé des analyses génétiques sur d'autres scellés et des auditions, parmi lesquelles celle du fameux "Armando".

Sony C., désormais en liberté, souhaite selon son avocat "laver son honneur".

Auteur(s): Par Guillaume DAUDIN - Paris (AFP)

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Plus de 20 ans après le meurtre d'une prostituée bulgare à Paris, la justice a accepté le 25 juin d'ordonner de nouveaux actes d'enquête qui pourraient permettre à l'homme condamné

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