Le seul suspect de l'attentat de la rue Copernic en 1980 définitivement renvoyé aux assises

Le seul suspect de l'attentat de la rue Copernic en 1980 définitivement renvoyé aux assises

Publié le 19/05/2021 à 17:10 - Mise à jour à 17:12
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Auteur(s): Par Benjamin LEGENDRE - Paris (AFP)

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Le procès de l'attentat de 1980 contre la synagogue de la rue Copernic à Paris aura bien lieu : le seul suspect, Hassan Diab, a vu son ultime recours rejeté mercredi par la Cour de cassation, mais le box risque d'être vide, car il est reparti au Canada en 2018,

Le 3 octobre 1980, l'explosion d'une bombe sur une moto à proximité d'une synagogue du XVIe arrondissement avait fait quatre morts et 46 blessés. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, des personnes étaient tuées en France dans un attentat visant la communauté juive.

Non revendiqué, il a été attribué par l'enquête au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS).

Depuis, un seul suspect a été retrouvé : Hassan Diab, un universitaire libano-canadien, identifié en 1999 par les enquêteurs français sur la base de son passeport, retrouvé en 1981 à Rome sur un membre du FPLP-OS.

Extradé du Canada fin 2014, après un long bras de fer judiciaire, et incarcéré en France, il est retourné dans son pays dès le non-lieu prononcé par les juges d'instruction antiterroristes le 12 janvier 2018, faute de preuves suffisantes, mais contre l'avis du parquet.

Dans un revirement considérable, ce non-lieu a été invalidé trois ans plus tard par la cour d'appel de Paris, le 27 janvier, au grand soulagement des victimes.

Hassan Diab, 67 ans, a immédiatement formé un pourvoi contre cette décision, entachée d'irrégularités selon sa défense mais aussi selon l'avocate générale de la chambre criminelle.

L'avocate générale avait estimé à l'audience du 12 mai que la cour s'était "contredite" dans son argumentation et n'avait pas sérieusement répondu à l'alibi avancé par l'ancien étudiant de Beyrouth.

Mais la Cour de cassation, sans se prononcer sur la valeur des charges retenues contre lui -- passeport, expertises graphologiques, portraits-robots et renseignements des services -- n'a pas suivi cet avis. Elle a donc confirmé mercredi la tenue de son procès devant une cour d'assises spécialement composée pour "assassinats, tentatives d’assassinats et destructions aggravées, en relation avec une entreprise terroriste".

- "Hostilité" du Canada ? -

Dans ce dossier, où des indices contradictoires sont âprement débattus depuis le mandat d'arrêt lancé contre M. Diab en 2008, la décision de la cour d'appel était en grande partie fondé sur son passeport, retrouvé porteur de visas espagnols, un d'entrée le 20 septembre 1980 et un autre de sortie le 7 octobre 1980.

Pour la défense de M. Diab, les visas sont faux et contredits par plusieurs témoignages attestant de sa présence à Beyrouth pour des examens à la faculté.

"Cette décision ne dit rien du fond du dossier, et nous sommes confiants sur le fait que l'innocence d'Hassan Diab sera reconnue", ont réagi ses avocats Mes William Bourdon, Apolline Cagnat et Amélie Lefebvre.

"On est en droit de s’interroger sur une certaine frilosité de la Cour de cassation dans les affaires de terrorisme, a fortiori les plus graves", ont-ils ajouté.

"Je me dois d'être satisfait tout en ayant conscience que le dossier n'est pas terminé", a réagi pour sa part Me Bernard Cahen, avocat de la synagogue et de deux familles de victimes.

"La question de l'extradition va de nouveau se poser, d'autant que le gouvernement canadien actuel y est tout à fait hostile, cela va donc être encore plus compliqué" que pour la première demande d'extradition, qui a couru de 2008 à 2014, a-t-il ajouté.

"Même si c'est un échec, cette procédure d'extradition ne va pas faciliter un audiencement rapide", a souligné l'avocat. "J'avais pris l'engagement il y a une quarantaine d'années de porter ce dossier jusqu'au bout, ça devient difficile", a conclu l'octogénaire, qui en est chargé depuis les premiers jours.

"La parodie de justice se poursuit, malgré les preuves évidentes de l'innocence d'Hassan", a réagi depuis Ottawa l'avocat canadien de M. Diab, en dénonçant une "pression politique" dans ce dossier. "Nous demandons au Premier ministre Justin Trudeau de mettre un terme à cette erreur judiciaire", a ajouté Me Don Bayne, dans un communiqué du comité de soutien de M. Diab.

Auteur(s): Par Benjamin LEGENDRE - Paris (AFP)

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