"Libérer au moins 7.000 détenus supplémentaires", dit la contrôleure des prisons

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"Libérer au moins 7.000 détenus supplémentaires", dit la contrôleure des prisons

Publié le 06/04/2020 à 17:27 - Mise à jour à 19:50
© Mohamed el-Shahed / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)
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Les mesures gouvernementales pour désengorger les prisons afin d'y limiter le risque d'une propagation de l'épidémie de covid-19 ne sont "pas à la hauteur" de la crise, déplore lundi auprès de l'AFP la contrôleure des prisons Adeline Hazan.

Depuis leur mise sous cloche il y a trois semaines, les prisons françaises ont 6.266 prisonniers en moins. Jugeant ce nombre "insuffisant", la contrôleure générale des lieux de privation et de liberté (CGLPL) réclame les libérations anticipées d'"au moins 7.000 détenus supplémentaires" pour éviter un désastre sanitaire.

QUESTION: Vous avez alerté le 17 mars la ministre de la Justice Nicole Belloubet de "l'urgence" d'une libération "massive" de détenus. Estimez-vous avoir été entendue?

REPONSE: Il y avait 72.575 détenus le 16 mars pour quelque 61.000 places opérationnelles, mais en réalité ce sont plutôt 55.000 places qui sont utilisables. Ce niveau de surpopulation n'a jamais été atteint.

Dans les maisons d'arrêt, on dénombrait au 1er janvier 13.705 détenus en surnombre, qui partagent souvent à trois des cellules de 9 m2.

Ce sont donc au moins 13.000 détenus qu'il faut libérer, voire 15 ou 16.000. C'est ainsi qu'on pourra atteindre l'objectif d'encellulement individuel qui, je le rappelle, est imposé par la loi depuis 1875 et qu'on reporte de moratoire en moratoire, le dernier allant jusqu'à 2022.

C'est la seule façon de limiter la propagation de l'épidémie.

Même si elles vont dans le bon sens, les mesures prises par la garde des Sceaux sont insuffisantes, en plus d'être tardives, car elles ne facilitent que les libérations anticipées des détenus qui sont à deux mois de leur fin de peine.

Q: Quelles sont les mesures nécessaires selon vous ?

R: Depuis le début, il fallait prévoir de libérer les détenus qui sont à six mois ou moins de leur fin de peine.

Ce n'est pas un chiffre au hasard: la loi de réforme de la justice, et ses mesures concernant les peines entrées justement en vigueur le 24 mars, en pleine crise du coronavirus, prévoit des alternatives à l'incarcération pour les peines inférieures ou égales à six mois, sauf impossibilité.

Que ce même gouvernement n'ait pas choisi ce seuil de six mois est incohérent. Une fois de plus sur ces sujets tournant autour de la sécurité, le gouvernement a peur de réactions de l'opinion publique ou de l'opposition et prend donc une mesure qui s'arrête au milieu du gué.

La situation est exceptionnelle, il faut avoir le courage de prendre des mesures exceptionnelles. C'est pourquoi j'ai proposé des grâces individuelles à multiplier, voire une loi d'amnistie. Rien qu'en libérant ceux qui sont à moins de six mois de leur fin de peine, on frôlerait les 10.000 détenus en moins.

Q: Comment les détenus vivent cette situation sanitaire ?

R: On reçoit beaucoup d'appels ou de lettres de détenus qui s'inquiètent énormément, ont peur de la maladie. La population pénale est déjà extrêmement fragile, 70% souffre d'au moins un trouble psychologique ou psychiatrique. Et ils se sentent une fois de plus les oubliés de la société.

En prison, les gestes barrière sont impossibles à mettre en oeuvre. Évidemment, aucun détenu n'a de masque, pour les surveillants ça commence à arriver mais pas suffisamment.

Les détenus n'ayant plus de visites aux parloirs depuis trois semaines, je demande par ailleurs à ce qu'ils puissent bénéficier de la gratuité du téléphone, comme pour la télévision, voire même que soient organisés des parloirs par Skype.

Mais là encore, les réponses ne sont pas à la hauteur de la gravité de la situation. Cette crise jette une lumière criante sur la situation des prisons en France.

Auteur(s): Par Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)

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Des détenus de la prison de Borg el-Arab, près de la ville égyptienne d'Alexandrie, le 20 novembre 2019

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