Meurtre d'Elodie Kulik: l'ombre d'un troisième homme

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Meurtre d'Elodie Kulik: l'ombre d'un troisième homme

Publié le 22/11/2019 à 20:32 - Mise à jour à 20:56
© DENIS CHARLET / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par Antoine POLLEZ - Amiens (AFP)

-A +A

Au deuxième jour du procès de Willy Bardon, accusé du viol et du meurtre d'Elodie Kulik en 2002, les débats sur la personnalité de l'accusé ont parfois dévié, faisant surgir l'ombre d'un autre homme, "observateur" potentiel des crimes.

Dans la matinée, c'est Amélie D., maitresse de Willy Bardon à partir de 2007, et qui vit désormais avec lui, qui a répondu aux questions de la cour d'assises d'Amiens, notamment sur les violences conjugales subies auprès d'un précédent compagnon, et sur la réaction de celui qui était alors son amant.

"Willy voulait que j'appelle le 39.19, que j'aille voir des associations... mais je lui interdisais d'intervenir", a-t-elle expliqué à la barre. "Il a pris sur lui. J'avais peur des répercussions envers moi, que ce soit pire".

Tandis qu'elle voit en l'accusé un homme "gueulard", "dragueur", "très gentil", l'avocate générale Anne-Laure Sandretto s'attarde sur leurs pratiques sexuelles. Elle fait lecture de leurs échanges de SMS aux termes parfois crus, soulignant les demandes, qu'elle juge "insistantes", formulées par Willy Bardon pour des rapports lorsque Amélie D. a ses règles. Celle-ci évoque un "fantasme".

Elodie Kulik "était indisposée au moment des faits, il me paraît important qu'on sache concrètement ce qui s'est passé à ce moment-là", se justifie l'avocate générale.

Puis, répondant aux questions de la défense, Amélie D. dévoile ses soupçons dirigés sur un autre homme, Christophe M., qui pourrait selon elle avoir participé aux crimes. Il aurait eu des "gestes déplacés" envers elle et sa petite sœur.

Mme Sandretto s'emporte: "à aucun moment pendant l'enquête vous n'avez écrit au juge d'instruction pour demander à réorienter l'enquête" vers cet individu.

"Il faut le savoir aussi, qu'on peut le demander", répond Amélie D. Sans preuve, elle estime qu'elle n'avait "pas le droit d'accuser".

- "Tombé de haut" -

Une autre audition vient prolonger les échanges à propos de Christophe M., celle de Myriam H., sa compagne en 2012, époque où la police a conclu à la participation aux faits de Grégory Wiart. Christophe M., qui n'était pas encore majeur, était alors son apprenti.

Myriam H., commerçante de 47 ans, a été en contact une seule fois avec Willy Bardon, quelques minutes seulement au cours desquelles il lui a proféré des "obscénités très choquantes", si "violentes" qu'elle n'a jamais souhaité le revoir.

"C'était du genre, +vas y penche toi je vais te prendre le cul+", c'était des mots hard". Willy Bardon dit ne pas se souvenir "des termes", mais ne conteste pas.

Questionnée sur la personnalité de Christophe M., elle déclare d'emblée que "c'est très, très compliqué". "Des fois on comprenait pas, il pétait un plomb. Il était très gentil et puis ça explosait", précise-t-elle, évoquant un comportement "bipolaire".

Elle est ensuite interrogé sur les réactions du "milieu du 4x4", auquel elle n'a jamais appartenu mais que fréquentaient Gregory Wiart, Willy Bardon et Christophe M., quand l'implication du premier a été révélée, en janvier 2012, grâce à son empreinte ADN retrouvée sur la scène de crime.

"Tout le monde est tombé de haut", a-t-elle décrit. "Tout le monde a été un peu surpris, un peu en panique, il y eu beaucoup de coups de téléphones entre copains, entre gars du 4x4, le téléphone ne faisait que biper".

Quelques semaines plus tard, Christophe M., dont le profil génétique pourrait correspondre avec un ADN mitochondrial retrouvé sur les lieux, avait été placé en garde-à-vue.

"Ça m'a énormément secouée, il y a beaucoup de choses qui se passent dans votre tête, si ça se trouve je suis en couple avec quelqu'un qui est impliqué", se remémore-telle.

La cour lui demande son sentiment. "Je me suis toujours posé la question - être impliqué je ne pense pas, être observateur de la scène, peut être, savoir des choses, je pense oui".

Christophe M. sera entendu jeudi.

Auteur(s): Par Antoine POLLEZ - Amiens (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Willy Bardon (G) arrive au tribunal d'Amiens avec ses deux avocats Stéphane Daquo (D) et Marc Bailly (2D), le 21 novembre 2019

Newsletter


Fil d'actualités France




Commentaires

-