Procès d'une fusillade dans un lycée, inspirée par la tuerie de Columbine

Procès d'une fusillade dans un lycée, inspirée par la tuerie de Columbine

Publié le 03/03/2020 à 13:40 - Mise à jour à 13:42
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Auteur(s): Par Claudine RENAUD - Nice (AFP)

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Le procès d'un adolescent fasciné par la tuerie commise dans le lycée américain de Columbine s'est ouvert mardi à Nice, devant de nombreux élèves de son établissement de Grasse, dans lequel il avait ouvert le feu en 2017, faisant cinq blessés.

Discret voire renfermé, Killian, qui était entré dans son lycée par l'arrière, muni d'un fusil de chasse, d'un pistolet à grenaille et d'un revolver, est désormais un jeune homme de 19 ans, et c'est d'une voix grave qu'il a brièvement décliné son identité dans le box des accusés.

Le visage fermé émergeant d'une chemise noire boutonnée jusqu'au col, les cheveux bruns foncés bien coupés, il a offert à la cour le profil d'un détenu modèle qui a passé son bac en prison. "Là, je travaille aux ateliers", a-t-il déclaré en réponse à une question du président de la cour, avant que ce dernier ne prononce le huis clos car Killian était mineur au moment des faits.

Assisté par Me Eric Dupond-Moretti, venu défendre "un gamin" face à l'accusation et à des parties civiles encore sous le choc trois ans après les faits, il encourt 20 ans de réclusion pour "tentatives d'assassinat" si l'excuse de minorité est retenue, comme son ami et complice Lucas, un jeune déscolarisé qui a été libéré l'an dernier sous contrôle judiciaire, et qui comparaît à ses côtés.

Averti du projet de Killian, dont il partageait la passion pour les tueurs de masse, Lucas l'avait accompagné récupérer les armes chez son grand-père puis déposé en scooter au lycée Tocqueville le jeudi 16 mars 2017. Le jour et l'heure avaient été choisis par le lycéen en fonction de l'emploi du temps de sa classe: il voulait se venger d'une dizaine de camarades, dont beaucoup sont aujourd'hui partie civile.

Mais Killian s'était finalement trompé de salle, et c'est un peu au hasard qu'il avait blessé ses victimes dans la cour --sauf dans le cas du proviseur de l'établissement, blessé au bras gauche après s'être interposé, et dans celui d'Akram, 16 ans, que Killian considérait comme "une racaille".

- Références satanistes -

A Grasse, après la fusillade, l'absence de motivation terroriste et de morts avait rapidement coupé court aux interrogations sur le malaise de cet adolescent et la façon de prévenir ces fusillades scolaires, globalement en hausse dans le monde depuis 20 ans selon les spécialistes, même si la France reste relativement épargnée.

"La seule réaction a été technique: rehausser les grillages, avoir un tourniquet de sécurité en bas et aujourd'hui, le proviseur fait des contrôles aléatoires dans les sacs", confie Arnaud Cholet, 47 ans, professeur de sport qui avait eu Killian comme élève en 2nde. "Au début, on a cru à une pétarade. Après, on a bien cru y passer (...) on n'était pas préparés à ça", ajoute en marge de l'audience cet enseignant braqué "à trois mètres" et qui a vu s'effondrer le proviseur sous ses yeux.

Plusieurs questions planent sur le procès: autour de la personnalité de Killian, féru de références satanistes, d'images macabres ou maléfiques, comme celles de clowns dont il avait tapissé sa chambre et son mur Facebook, mais aussi sur l'influence des théories suprématistes chez ce fils d'un élu municipal de la droite souverainiste.

Killian téléchargeait depuis au moins 2014 des images de la tuerie de Columbine, un lycée d'une petite ville du Colorado où deux élèves avaient tué 13 personnes avant de se suicider en 1999. Lors de sa deuxième garde à vue, il avait signé le procès-verbal d'un pseudonyme inspiré de la mythologie nordique signifiant "fin du monde".

Interpellé après 35 minutes de terreur dans l'établissement, Killian voulait-il faire "très peur" comme il l'a affirmé par la suite, ou le lycée a-t-il échappé au carnage par chance en raison du faible calibre des armes auxquelles il avait accès? Etait-il stressé, déterminé ou déconnecté de la réalité?

"Franchement, je m'en fiche, la justice décidera", commente Victoria Breil, 18 ans, une ancienne élève. "Il a assez de remords en lui, il vit avec ça tous les jours, moi aussi. Mais moi j'ai rien fait, c'est lui qui aura la culpabilité, pas moi".

Auteur(s): Par Claudine RENAUD - Nice (AFP)

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