Procès pour torture en réunion: un groupe face à une victime soumise

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Procès pour torture en réunion: un groupe face à une victime soumise

Publié le 16/03/2018 à 17:24 - Mise à jour à 17:26
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Auteur(s): Par Baptiste BECQUART - Amiens (AFP)
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L'effet de groupe et la soumission de Christophe Rambour, mort à 25 ans après avoir été torturé et séquestré pendant plusieurs mois, ont été mis en avant par différents témoins et un des cinq co-accusés vendredi devant les assises de la Somme.

Le jeune homme s'était volontairement mis, en septembre 2011, au service de Na Rin Bun, ami de longue date et frère dominant de la famille Bun, parmi laquelle figurent deux autres accusés.

Il faisait le chauffeur, faisait les courses. Il était certes hébergé, mais était nourri avec des restes et a été torturé pendant plusieurs mois: brûlures au torse, excréments et cigarettes allumées à avaler, coups... Mort en janvier 2012, on ne retrouvera jamais son corps, démembré et consumé dans une chaudière.

"C'était un salarié correct, qui travaillait bien, timide, effacé, mais quelqu'un de courageux", est venu raconter à la barre Sébastien, son ancien employeur et compagnon d'une soeur de Na Rin Bun.

"Il était discret, c'était une victime, très influençable...", se remémore ce patron d'une société de gardiennage, costume gris foncé, allant dans le sens de la plupart des témoignages. "Il dépensait beaucoup d'argent, surtout vu son salaire, il aimait faire plaisir aux autres, sa copine en profitait".

A diverses reprises, Christophe Rambour, raie au milieu de ses mèches teintées en blond, a été aperçu seul au supermarché. Pourtant il rentrait toujours au domicile de ses bourreaux, à Villers-Faucon ou à Longueau. Presque docilement.

"Christophe il était peinard, gentil. Même en étant petit il n'était pas nerveux, jamais agressif", témoigne Isabelle Rambour, sa cousine.

"A la fin je trouvais qu'il tournait mal, qu'il sentait mauvais. Il était maigre, avait les dents jaunes, il s'était laissé aller. Je pensais qu'il s'était drogué, je pensais même qu'il était homosexuel!", s'exclame-t-elle.

- 'Pas le choix' -

La présidente questionne le père de Christophe: "Il n'était pas bien dans ses baskets, vous vous en êtes aperçus?" Le père répond: "Non, pourtant à la maison on discutait".

Un petit neveu, qui l'a coiffé à plusieurs reprises dans son salon, dénonce: "je trouvais cette famille Bun sans gêne vis-a-vis de Christophe. Lui travaillait, elle non".

Pour les tâches qui lui étaient confiées, dans l'enfer des tortures, "Tof" était soumis: "il faisait les choses parce qu'il avait peur de décevoir", relève Na Vin Bun, petit frère de Na Rin.

Na Vin avait lui-même tendance à obéir et se soumettre aux ordres du "trio malsain", comme l'a qualifié l'enquêteur de personnalité M. Firmin jeudi: Na Rin, Nari sa soeur, et Coralie Sauval sa compagne.

D'abord démuni dans l'enfance face aux coups de sa mère et de ses aînés, Nari et Na Rin, face à cette "violence qui n'avait pas de sens, pas motivée et pas reprise par la parole", selon un psychologue à la barre.

Il s'est ensuite réfugié dans les jeux vidéo. Cela ne l'a pas empêché d'entrer dans le cercle vicieux de la torture et de la barbarie, participant aux sévices infligés à Christophe, sous les ordres, dit-il comme les autres co-accusés, de Na Rin.

Il n'a pas pris d'initiative pour protéger la victime, souligne l'expert. "Je n'avais pas le choix, il faut comprendre ça", assure Na Vin, 28 ans aujourd'hui.

"Il ne faut pas oublier les événements du Cambodge", pays que la famille Bun a fui, note un autre expert, psychiatre. "Ce qu'ils ont vécu dans leur famille en France, ce n'est pas loin de ce qui s'est passé avec les Khmers rouges. Ils ont reproduit", de sorte que l'effet de groupe, la soumission, a créé "une psychopathologie groupale" destructrice, ajoute-t-il.

Le compagnon de Nari Bun, Gilles Lefèvre, pris dans cet engrenage, ne pouvait que se soumettre, a fait valoir son avocat Me Stéphane Daquo auprès de l'AFP: si lui-même ne donnait pas les coups, les autres l'auraient fait, plus violemment.

Auteur(s): Par Baptiste BECQUART - Amiens (AFP)

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