Sept mois après l'"affaire Théo", la mort de Yacine trouble Aulnay

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Sept mois après l'"affaire Théo", la mort de Yacine trouble Aulnay

Publié le 11/10/2017 à 18:52 - Mise à jour à 18:55
© Lionel BONAVENTURE / AFP
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Auteur(s): Par AFP

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Comment le décès d'un jeune a-t-il entraîné la suspicion à Aulnay-sous-Bois? De rumeurs en "zones d'ombres", famille et proches refusent de croire à la version officielle de la mort par overdose de Yacine, dans cette commune de Seine-Saint-Denis hantée par "l'affaire Théo".

Près d'un mois plus tard, "on ne sait pas ce qu'il s'est passé", raconte Bilel. Dans la nuit du 13 au 14 septembre, son frère, Yacine, 24 ans, passe la soirée avec des amis. A 04H40, sa mère l'appelle: elle part travailler, il doit rentrer récupérer les clés.

"Il n'est jamais monté", explique Bilel. Le corps est retrouvé le lendemain vers 10H00 dans une cave. Pantalon baissé, face contre terre, une barre de fer à proximité. A ses côtés, des traces de cocaïne.

L'enquête écarte très vite la piste criminelle, mais des rumeurs commencent à circuler, sur les réseaux sociaux: Yacine serait "mort sous les coups des policiers".

Une autre affaire est encore dans toutes les têtes: celle du viol présumé à la matraque du jeune Théo lors de son interpellation, à quelques rues de là en février. Quatre policiers sont mis en examen dans ce dossier, dont un pour viol. Depuis, les relations restent tendues entre jeunes et forces de l'ordre.

Le parquet de Bobigny publie un communiqué au lendemain de la découverte du corps de Yacine: l'autopsie n'a pas révélé "de traces de coups susceptibles d'entraîner le décès et conduit à écarter l'hypothèse d'une mort violente".

Quant à l'analyse toxicologique, elle montre la présence d'un taux "très élevé" de cocaïne dans son sang, "compatible avec un décès par surdose".

Mais les proches considèrent que le décès reste entouré de "zones d'ombre". Lors de leur passage à l'Institut médico-légal, ils prennent des photos, comme le leur ont conseillé des collectifs contre les violences policières, "pour voir si ça correspond" à ce qu'ont dit les autorités.

Or, aux yeux de la famille, ça ne correspond pas. Ils décèlent des marques, des griffures sur le visage de Yacine qui ne leur ont pas toutes été signalées par les autorités à l'annonce du décès.

- 'On est des Français de seconde zone ?' -

Ils décident de porter plainte contre X pour homicide, réclament une contre-autopsie et demandent à avoir accès au dossier. Le 27, ils saisissent le doyen des juges d'instruction de Bobigny.

Le 26, leur avocat, Franck Lévy, est reçu par un vice-procureur de Bobigny. Proposition est faite de recevoir la famille.

Ce sera le cas le 4 octobre par la procureure de Bobigny, Fabienne Klein-Donati. Mais, entre temps, samedi 30 septembre, 300 personnes se rassemblent au pied de l'immeuble où le corps a été retrouvé.

Au micro et en direct sur Facebook et Twitter, Bilel, sa soeur et leurs parents, réclament la "vérité", une "vraie enquête". Le grand frère de Théo, des proches d'Adama Traoré, mort en 2016 lors de son interpellation par les gendarmes du Val-d'Oise, prennent la parole.

Tout comme Hadama Traoré, un militant d'Aulnay, dont les vidéos Facebook totalisent des milliers de vues. "On est qui ? Des Français de seconde zone ? Il faut se réveiller ! ", lance-t-il, en accusant "les institutions de ne pas prendre la défense des personnes démunies".

La manifestation se disperse dans le calme mais, dans la nuit, plusieurs Autolib sont incendiées, une semaine après une première nuit d'incidents, lors de laquelle six véhicules avaient été brûlés dans le quartier et deux écoles visées par des incendiaires.

Depuis, la famille a pu consulter le rapport d'autopsie, mais refuse d'en parler. Le parquet a dit qu'il ne "s'opposerait pas" à une contre-autopsie. Et, comme les proches le réclamaient, un juge d'instruction a été désigné lundi. Me Lévy affirme avoir "de nouveaux éléments" à présenter, sans en dire plus.

Dimanche, un nouveau rassemblement est prévu à Aulnay pour réclamer la "vérité pour Yacine". Cela fera un mois que son corps repose à l'IML.

Auteur(s): Par AFP


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Manifestation contre les violences policières, le 18 février 2017 à Paris

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