Bosnie: le "défenseur de Srebrenica" acquitté, colère serbe

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Bosnie: le "défenseur de Srebrenica" acquitté, colère serbe

Publié le 30/11/2018 à 04:00 - Mise à jour à 23:42
© ELVIS BARUKCIC / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Rusmir SMAJILHODZIC - Sarajevo (AFP)
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L'ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica Naser Oric a été définitivement acquitté d'accusations de crimes de guerre vendredi à Sarajevo, un verdict accueilli par la colère des Serbes de Bosnie contre la justice de ce pays divisé.

Naser Oric, 51 ans, et son frère d'armes Sabahudin Muhic, 50 ans, "sont acquittés de l'accusation" d'avoir assassiné trois militaires serbes capturés dans les environs de Srebrenica (est) pendant la guerre de 1992-95, selon le jugement.

"Je pense que le temps est venu que je me repose un peu. Cette chasse contre moi dure depuis trop longtemps", a commenté dans des médias locaux l'ancien colonel, déjà acquitté en 2008 par la justice internationale, après plusieurs années de détention.

Héros pour de nombreux Bosniaques musulmans (50% de la population), Naser Oric a été soutenu par des partisans qui ont laissé libre cours à leur joie devant le tribunal. "Héros! Pas criminels!", pouvait-on lire sur des pancartes.

- 'Réponse adéquate' des Serbes -

Mais les Serbes de Bosnie, qui pèsent pour un tiers de la population, n'ont pas dissimulé leur colère et leur défiance envers les institutions centrales d'un pays qui ne surmonte pas ses divisions, un quart de siècle après un conflit intercommunautaire soldé par quelque 100.000 morts et plus de deux millions de déplacés.

Des représentants d'associations de victimes serbes ont quitté le tribunal sans un mot: "Nous avons parlé pendant 26 ans et à la fin nous obtenons ça... A partir d’aujourd’hui, on ne parle plus, nous n’avons plus rien à dire", a commenté dans un entretien téléphonique avec l'AFP l'une d'elles, Radojka Filipovic, d'une voix où se mêlaient énervement et résignation.

Zeljka Cvijanovic, présidente de l'entité des Serbes de Bosnie, la Republika Srpska, a dénoncé un verdict qui "est pratiquement une amnistie pour tous les crimes monstrueux contre des habitants serbes". "Si ceci est la justice destinée au peuple serbe en Bosnie, il ne faut pas s'étonner qu'ils croient chaque jour un peu moins en un avenir commun en Bosnie", a-t-elle réagi auprès de la chaîne de télévision de sa communauté, la RTRS.

Un porte-parole du principal parti des Serbes de Bosnie (SNSD), Radovan Kovacevic, a promis une "réponse adéquate" de la Republika Srpska. Par le passé, ses responsables, dont beaucoup ne font guère mystère de leurs velléités séparatistes, ont mis en cause la légitimité de la justice centrale bosnienne.

"Le procès contre Naser Oric est très sensible", "quel qu'il soit, le jugement sera sévèrement critiqué par l'une des parties", avait prévenu avant le verdict Erna Mackic, journaliste spécialisée dans les crimes de guerre.

Naser Oric, 51 ans, est un des combattants bosniaques les plus emblématiques de la guerre. Ses troupes ont tenu pendant plus de trois ans le siège imposé à Srebrenica par les forces serbes de Ratko Mladic.

Alors que Naser Oric l'avait quittée pour une réunion du commandement bosniaque à Sarajevo, l'enclave musulmane, pourtant placée sous la protection de l'ONU, était tombée en juillet 1995.

- Massacre de Srebrenica -

En quelques jours, plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques, avaient alors été massacrés par les forces serbes dans les alentours de Srebrenica, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde guerre mondiale.

Considéré comme un acte de génocide par la justice internationale, ce massacre a valu une condamnation à Mladic (perpétuité) ainsi qu'au propagandiste serbe de l'épuration ethnique, Radovan Karadzic (40 ans de réclusion).

Mais pour les Serbes, Naser Oric et ses troupes avaient aussi commis des exactions pour vider de leur population serbe des villages du secteur de Srebrenica.

Des associations de victimes estiment que 2.428 civils et militaires serbes ont été tués dans cette zone entre 1992 et 1995.

Pour les associations bosniaques musulmanes, les Serbes espèrent atténuer la responsabilité de leurs combattants en faisant condamner ceux du camp d'en face. "Ils sont en train de traquer des victimes du génocide alors qu’un grand nombre de criminels se promènent librement. Ils devraient traquer ceux qui ont commis le génocide", a déclaré vendredi à la presse Munira Subasic, présidente d'une association des femmes de Srebrenica.

Vendredi, le tribunal qui a acquitté Naser Oric, a condamné à quinze ans de détention deux Serbes de Bosnie pour le meurtre d'au moins six civils dans la région de Prijedor (nord) en 1992.

Auteur(s): Par Rusmir SMAJILHODZIC - Sarajevo (AFP)

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Naser Oric, ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica, à la sortie du tribunal à Sarajevo le 9 octobre 2017

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