Corée du Sud: la Cour constitutionnelle limoge la présidente

Corée du Sud: la Cour constitutionnelle limoge la présidente

Publié le 10/03/2017 à 03:31 - Mise à jour à 12:19
© JEON HEON-KYUN / AFP/Archives
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Auteur(s): Par AFP

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La plus haute instance judiciaire de Corée du Sud a entériné vendredi la destitution de la présidente Park Geun-Hye, emportée par un méga scandale de corruption qui a paralysé le pouvoir à un moment de fortes tensions régionales.

La décision unanime des juges de la Cour constitutionnelle signifie qu'une présidentielle anticipée doit être organisée sous 60 jours. Son annonce a entraîné des échauffourées dans lesquelles deux manifestants pro-Park ont trouvé la mort.

La décision de la Cour va permettre à Séoul de tirer un trait sur un scandale qui l'empoisonne depuis des mois alors même que la Corée du Nord multiplie les tirs de missiles et les menaces, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale.

Mme Park, 65 ans, fille du dictateur militaire Park Chung-Hee, était devenue en 2012 la première femme à présider son pays. Elle devient le premier chef de l'Etat de Corée du Sud à être limogé de la sorte.

Elle perd son immunité, ce qui l'expose à d'éventuelles poursuites judiciaires. Elle doit quitter la Maison Bleue, la présidence sud-coréenne, ce qu'elle n'a pas fait vendredi car sa résidence privée n'est pas prête, selon un porte-parole.

Les agissements de Mme Park "ont porté gravement atteinte à l'esprit (...) de la démocratie et de l'Etat de droit", a déclaré la présidente de la Cour, Lee Jung-Mi: "La présidente Park Geun-Hye (...) a été congédiée".

Ce scandale à tiroirs est centré sur la confidente secrète de Mme Park, Choi Soon-Sil, elle-même jugée pour avoir soutiré des millions de dollars à de grands groupes industriels.

Opposants comme partisans de Mme Park s'étaient rassemblés pour entendre le jugement.

"Nous avons gagné!", s'écriaient les premiers en s'étreignant. "Je suis si heureuse que je ne peux contenir mes larmes. C'est une douce vengeance", a dit Shin Seo-Young, 43 ans.

- 'Violation grave'-

A quelques centaines de mètres, séparés par d'imposantes forces de police, les soutiens de Mme Park étaient sous le choc.

"Nous n'acceptons pas cette décision", a lancé Cho Bong-Am, 60 ans. "Nous allons descendre dans la rue pour lutter jusqu'au bout".

Des échauffourées ont éclaté alors que les partisans de Mme Park tentaient de franchir les barricades de la police pour atteindre le tribunal.

Les policiers -- plus de 20.000 avaient été déployés dans la capitale -- ont usé de gaz poivre pour tenter de ramener le calme. Deux manifestants sont morts, l'un apparemment lorsqu'un haut-parleur lui est tombé sur la tête, selon l'agence Yonhap.

D'après la Cour, Mme Park a enfreint la loi en permettant à son amie de se mêler des affaires de l'Etat, et elle a contrevenu aux règles de la fonction publique.

"Les violations par Mme Park de la Constitution et des lois ont trahi la confiance du peuple", dit l'arrêt. Ses agissements constituent "une violation grave et inacceptable de la loi".

Le propre parti de Mme Park, Liberté Corée, a présenté ses excuses, son président par intérim estimant qu'il avait "échoué à protéger la dignité et la fierté de la Corée du Sud".

Pour Kwon Seong-Dong, député au premier rang de la fronde anti-Park, ce jugement confirme "la règle de droit qui veut que tous, y compris le président, soient égaux devant la justice".

- Sorcière de "Chongwadae' -

Mme Park avait été destituée le 9 décembre par l'Assemblée nationale, qui lui reprochait sa complicité avec Mme Choi. Des millions de Sud-Coréens étaient descendus dans la rue pour réclamer son départ.

Si Mme Park s'est excusée à de multiples reprises, elle a démenti toute malversation. "Je n'ai jamais recherché de profits personnels ou abusé de mon pouvoir de présidente".

Les candidats peuvent d'ores et déjà déposer leur candidature à la présidentielle qui devrait avoir lieu le 9 mai, a annoncé la Commission électorale nationale.

Le vainqueur devra traiter avec le rival du Nord, dont les dernières provocations sont un défi pour la communauté internationale.

La Chine, qui ne décolère pas face au déploiement en cours en Corée du Sud du bouclier antimissile américain Thaad, a pris une série de mesures considérées par Séoul comme des représailles.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA, qui qualifie régulièrement Mme Park de "traitre" ou de "sorcière de "Chongwadae" (Maison Bleue), a rapporté sa destitution dans une brève dépêche factuelle.

Des milliers de soldats américains sont déployés en Corée du Sud. Washington continuera "d'assurer tous ses engagements avec l'alliance, surtout en ce qui concerne la défense face à la menace nord-coréenne", a dit le porte-parole du département d'Etat Mark Toner.

Quant à la destitution, c'est une "question intérieure", a-t-il dit. Washington s'attend à entretenir "une relation productive" avec le futur président sud-coréen.

Pour l'instant, Moon Jae-In, ex-leader du Parti démocratique d'opposition, tient largement la corde, avec le soutien de 36,1% des électeurs, selon un récent sondage, le président par intérim conservateur Kwang Kyo-Ahn arrivant loin derrière.

Auteur(s): Par AFP

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La désormais ex-président de Corée du Sud, le 29 novembre 2016, à Séoul

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