Etre député arabe en Israël, un "défi permanent"

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Etre député arabe en Israël, un "défi permanent"

Publié le 12/02/2017 à 12:04 - Mise à jour le 18/02/2017 à 01:45
© AHMAD GHARABLI / AFP/Archives
PARTAGER :

Auteur(s): Par AFP

-A +A

Arabes, citoyens israéliens, se revendiquant également pour beaucoup comme Palestiniens, mais aussi élus de l'Etat hébreu: les députés arabes au Parlement israélien se retrouvent régulièrement pris en étau. Une position difficile à tenir et de plus en plus inconfortable, assurent-ils.

C'est un paradoxe: en 2015, ils ont enregistré leur plus large victoire en emportant 13 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement israélien; mais depuis, ils ne se sont jamais sentis autant visés et impuissants.

Ces derniers mois, ces députés ont notamment vu leurs collègues débattre de la possible interdiction de l'appel à la prière musulmane. Cette loi vise, selon eux, tout particulièrement les Arabes Israéliens, les descendants des Palestiniens restés sur leur terre à la création d'Israël qui représentent aujourd'hui 17,5% de la population mais affirment être traités en citoyens de seconde zone.Il y a ensuite eu la loi sur la légalisation de la saisie de terres palestiniennes au profit des colons israéliens. Choqués, souvent vindicatifs, ils ont participé aux débats sans pouvoir faire pencher la balance.

Et certains d'entre eux estiment désormais qu'"il y a certaines lois que nous sommes dans l'obligation de ne pas respecter", affirme Ahmed Tibi.

"C'est un défi permanent: la Knesset est de plus en plus extrémiste et ce n'est pas facile pour nous d'y siéger", témoigne ce député élu pour la première fois en 1999 et quatre fois réélu. L'actuelle mandature "est la pire" car elle se déroule sous un gouvernement "extrémiste de droite". Avec de nombreux collègues, assure-t-il, "on ne se salue pas, on ne se parle pas".

Lors des législatives de 2015 qui ont porté au pouvoir la coalition la plus favorable à la colonisation, les Arabes Israéliens ont pour la première fois depuis la création d'Israël en 1948 décidé de former un front commun.

- 'Pas parler en arabe' -

Ils se sont regroupés au sein de la Liste arabe unie, une coalition rassemblant des islamistes aux communistes. Avec 12 députés arabes et un juif, elle est la troisième force d'opposition mais reste fragilisée par ses divisions internes. Cinq autres Arabes Israéliens siègent à la Knesset dans différents partis dont certains de la majorité.

Associés aux Palestiniens, les députés arabes ont senti des pics de tension au moment des trois offensives menées par Israël contre Gaza. A ces moments, affirme M. Tibi, ses collègues "ne voulaient pas entendre le point de vue arabe, ni même entendre parler en arabe, ils voulaient qu'on se fonde dans le consensus".

Récemment, le chef de la coalition gouvernementale à la Knesset, David Bittan, les a accusés de "représenter les intérêts palestiniens" plutôt que ceux d'Israël.

Mais Abdallah Abou Maarouf, député de la minorité druze, défend son "droit légitime en tant que citoyen" de chercher à "changer la politique de discrimination anti-Arabes en Israël".

M. Tibi assure avoir été la cible d'appels à la violence. Le très nationaliste ministre de la Défense Avigdor Lieberman a appelé à le "faire passer devant un peloton d'exécution" car "nous sommes des terroristes et des ennemis de l'Etat", raconte-t-il.

- Procédure inédite -

Son collègue Bassel Ghattas fait désormais l'objet d'une procédure sans précédent. Son immunité parlementaire a été en partie levée par la Knesset parce qu'il est accusé d'avoir fait passer des téléphones à des détenus condamnés à de lourdes peines.

Zeev Elkin, ministre de l'Environnement, également en charge de la très sensible question de Jérusalem dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu, a rassemblé 72 signatures réclamant l'éviction de M. Ghattas. La loi israélienne prévoit qu'un tel vote peut être inscrit à l'ordre du jour si au moins 70 signatures sont rassemblées. Ce n'est jusqu'ici jamais arrivé.

Le conseiller juridique du gouvernement a lui aussi réclamé que des poursuites soient engagées contre le député. Une requête "illégale" aux yeux d'Adala, ONG de défense des droits des Arabes Israéliens, dans la mesure où n'a pas été accordé à M. Ghattas le délai légal pour répondre aux accusations qu'il réfute.

Pour autant, les députés arabes marquent parfois des points. Comme l'a fait la féministe Aïda Touma qui est devenue la première femme, mais aussi la première Arabe, à présider une commission permanente à la Knesset... celle des femmes.

Auteur(s): Par AFP


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Des leaders arabes israéliens posent avec le message "Vote pour la liste commune le 17 mars, pour un nouveau lendemain", le 24 février 2015 à Nazareth

Newsletter


Fil d'actualités Actualités




Commentaires

-