A Idleb, un Syrien fabrique des masques à gaz de fortune pour ses enfants

  •  SOUTENEZ L'INDEPENDANCE DE FRANCESOIR, FAITES UN DON !  

A Idleb, un Syrien fabrique des masques à gaz de fortune pour ses enfants

Publié le 12/09/2018 à 19:09 - Mise à jour à 22:48
© OMAR HAJ KADOUR / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par Omar Haj Kaddour - Maar Chourin (Syrie) (AFP)

-A +A

Sur la terrasse de sa maison dans le nord-ouest syrien, Houzeifa al-Chahhad manie habilement gobelets en carton, sacs en plastique et paire de ciseaux. Objectif: fabriquer avec les moyens du bord des masques à gaz pour protéger ses enfants d'une éventuelle attaque chimique.

Dans la province d'Idleb, ultime bastion insurgé en Syrie, les habitants vivent dans l'angoisse d'une offensive imminente des forces de Bachar al-Assad, soutenues par la Russie.

Dans le village de Maar Chourin, M. Chahhad, père de trois enfants, s'applique à faire des trous dans un gobelet à l'aide d'une épingle, pour y laisser passer l'air.

Il pose ensuite une gaze dans le fond du verre, la couvre de coton et y ajoute plusieurs cuillerées de charbon découpé en petits morceaux, puis une dernière couche de coton et de gaze.

"C'est pour que le charbon ne pénètre pas dans la bouche", explique-t-il.

Dernière étape de ce travail manuel assidu: un sac en plastique est collé au gobelet, permettant de couvrir la tête jusqu'aux épaules et protéger ainsi les yeux, les oreilles et les voies respiratoires.

"J'ai appris (la technique) sur YouTube", raconte M. Chahhad.

Pour tester l'efficacité de son invention, il installe un premier masque sur le visage de sa fille, âgée de deux ans, puis sur celui de son fils, d'un an son aîné.

"Pose-le sur ton nez. Respire!", lance-t-il à sa fille aux yeux clairs, agrippée à son cou.

"Le régime et la Russie menacent de nous bombarder avec des armes chimiques. Nous avons dû fabriquer ces masques pour protéger nos femmes et enfants, au cas où", dit-il.

- "Peur des avions?"-

Le régime de Damas est accusé d'avoir utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques au cours du conflit qui déchire la Syrie depuis 2011 et a fait plus de 350.000 morts.

Une attaque a notamment fait plus de 80 morts en avril 2017 à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb. Un an plus tard, une attaque chimique présumée dans la ville de Douma, près de Damas, a fait au moins 40 morts.

Mardi, la Russie a affirmé que les rebelles syriens préparaient une "mise en scène" d'une fausse attaque chimique, qui serait ensuite attribuée au régime syrien, pour donner un prétexte à une éventuelle intervention militaire occidentale.

Peu après, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a prévenu le président syrien qu'il risquait des représailles s'il utilisait des armes chimiques lors d'un éventuel assaut contre Idleb.

Ainsi, à l'instar de M. Chahhad, la crainte d'une offensive d'envergure a poussé de nombreux habitants de la région à faire preuve d'imagination.

Dans la ville de Binnich, dans le nord de la province d'Idleb, Oum Majed a elle utilisé des canettes pour fabriquer des masques à gaz artisanaux pour tous les membres de sa famille.

De nombreux habitants d'Idleb ont également aménagé des abris pour se prémunir contre d'éventuels raids aériens.

M. Chahhad a creusé un sous-sol il y a six ans. Muni d'une lampe de poche, il descend les marches qui relient sa maison à un abri caverneux sous-terrain.

Des bocaux de concombres marinés sont alignés à côté d'un matelas posé sur une banquette en pierre, en guise de provision.

"Tu as peur des avions toi?", lance-t-il à son fils sur un ton taquin.

"On a creusé cet abri en 2012 à cause des bombardements, et avec les dernières menaces, nous l'avons nettoyée pour nous y réfugier" si besoin, raconte-t-il. "Les maisons au-dessus ne résisteront pas aux bombardements".

Auteur(s): Par Omar Haj Kaddour - Maar Chourin (Syrie) (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Le fils de Houzeifa al-Chahhad, un père de famille syrien, essaie le masque à gaz de fortune fabriqué par son père en prévision d'une éventuelle attaque chimique du régime, à Maar

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités Politique




Commentaires

-