Rare visite du roi jordanien en Irak, théâtre d'un ballet diplomatique

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Rare visite du roi jordanien en Irak, théâtre d'un ballet diplomatique

Publié le 14/01/2019 à 15:25 - Mise à jour à 18:50
© SABAH ARAR / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par Salam FARAJ - Bagdad (AFP)

-A +A

Abdallah II de Jordanie s'est rendu lundi à Bagdad pour sa première visite depuis dix ans, sur fond de ballet diplomatique en Irak où se sont succédé les chefs de diplomatie de ses deux grands alliés iranien et américain.

Outre le roi jordanien, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a également rencontré lundi les dirigeants irakiens, alors que son homologue iranien Mohammad Javad Zarif poursuivait sa tournée politique et économique en Irak débutée la veille.

Avant ces visites, le président américain Donald Trump avait effectué en décembre une visite surprise aux troupes américaines en Irak, avant que son secrétaire d'Etat Mike Pompeo ne soit reçu la semaine dernière à Bagdad.

Après l'annonce, à la surprise générale, du retrait des 2.000 soldats américains stationnés en Syrie, la plupart des troupes des pays de la coalition antijihadistes, Etats-Unis en tête, se trouvent désormais en Irak.

- "Soutien" à l'Irak -

M. Le Drian a d'ailleurs insisté lors de son étape jordanienne dimanche sur le fait que la guerre contre le groupe Etat islamique (EI) n'était "pas finie".

A Bagdad lundi, il a redit le "soutien" de la France à l'Irak, selon le bureau du Premier ministre Adel Abdel Mahdi, qui a également indiqué que ce dernier avait rencontré M. Zarif dans la journée.

Bagdad a proclamé la "victoire" contre l'EI fin 2017, mais l'organisation ultraradicale continue de mener des attaques meurtrières, et conserve quelques réduits en Syrie.

Lundi encore, deux bergers ont été retrouvés morts après avoir été enlevés par des combattants de l'EI près de Tikrit, à 175 km au nord de Bagdad, ont indiqué des sources policières.

Après Bagdad, M. Le Drian s'est rendu à Erbil, capitale la région autonome du Kurdistan irakien où il a rencontré des responsables ainsi que des représentants yazidis, minorité dont des milliers de femmes ont été réduites à l'esclavage sexuel par l'EI.

Abdallah II, qui fut en 2008 le premier chef d'Etat arabe à se rendre à Bagdad après l'invasion menée par les Américains, a lui aussi rencontré, comme M. Le Drian, le président irakien Barham Saleh et M. Abdel Mahdi.

Si les responsables se succèdent à Bagdad, c'est parce que, explique Fanar Haddad, spécialiste de l'Irak à l'Université de Singapour, Bagdad jouit d'un "avantage majeur".

Frontalier de la Syrie en guerre, de la Jordanie --un allié des Etats-Unis--, du Golfe et de l'Iran, le pays "entretient de bonnes relations avec tous les acteurs régionaux", affirme le chercheur à l'AFP.

"L'Irak peut parler à tout le monde dans une région pourtant traversée par d'importantes fractures", explique-t-il.

- "Stabilité précaire" -

Mais la position de l'Irak est à double tranchant, estime cet expert, car les puissances actives dans la région peuvent "saper sa "stabilité récente et encore précaire".

"Une escalade entre les Etats-Unis et l'Iran", se ferait, prévient-il, "aux dépens de l'Irak".

Outre l'aspect politique, "les puissances régionales et internationales voient l'Irak comme un terrain vierge où développer de nouveaux investissements", note le politologue Essam al-Fili.

Ainsi, estime-t-il, la Jordanie "a des ambitions économiques" en Irak. "Elle veut satisfaire ses besoins en hydrocarbures importés avec un pipeline reliant Bassora (sud de l'Irak) à Aqaba", dans le sud du royaume, ajoute-t-il.

Amman et Bagdad, qui partagent des poste-frontières importants pour le commerce régional, ont récemment signé des mémorandum d'accord, notamment dans le domaine de l'électricité, ressource en pénurie chronique en Irak.

Alors que l'Irak dépend en grande partie de l'Iran pour alimenter ses centrales électriques --qui ne fournissent toujours que quelques heures par jour de courant aux près de 40 millions d'habitants--, Bagdad regarde vers Amman.

Pour obtenir de Washington une exemption temporaire du dernier train de sanctions contre l'Iran, fin 2018, l'Irak a indiqué vouloir acheter son électricité à la Jordanie ainsi qu'à la Turquie et au Koweït.

Auteur(s): Par Salam FARAJ - Bagdad (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Le roi Abdallah II de Jordanie (G) et le président irakien Barham Saleh (D), le 14 janvier 2019 à Bagdad

Newsletter


Fil d'actualités Actualités




Commentaires

-