Sur l'île de Curaçao, des migrants vénézuéliens sans asile

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Par Roland LLOYD PARRY - Willemstad, Curaçao (Antilles néerlandaises) (AFP)
Publié le 01 mars 2019 - 05:00
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Un migrant vénézuélien à Curaçao signe un drapeau pendant une manifestation de soutien à l'opposant Juan Guaido, le 22 février 2019
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© Luis ACOSTA / AFP
Un migrant vénézuélien à Curaçao signe un drapeau pendant une manifestation de soutien à l'opposant Juan Guaido, le 22 février 2019
© Luis ACOSTA / AFP

A une centaine de kilomètres de sa ville natale au Venezuela en crise, Aron a échoué sur une petite île aux plages de sable blanc bordées de cocotiers. Mais Curaçao ne veut pas de lui.

Avant même d'avoir pu demander quoi que ce soit, il a été renvoyé chez lui, dans un pays en pleine incertitude et livré à une profonde crise économique.

"En rentrant, j'ai vu des gens dans une situation critique qui avaient réellement besoin d'aide", souffle le jeune homme de 24 ans, qui refuse de donner son patronyme.

"Je me suis dit, +je ne veux pas en arriver là moi aussi. Il vaut mieux que je reparte à Curaçao parce que là bas, je peux espérer une vie meilleure et au moins manger correctement+". Et il a cherché des passeurs.

Avec une trentaine de personnes entassées au fond d'un bateau de pêche, Aron a embarqué pour 17 heures de traversée.

"C'était vraiment dangereux, on était trop nombreux dans un si petit bateau pour un si long voyage", raconte-t-il. "Tu ne fais ça que par pure nécessité. Grâce à Dieu, ça c'est bien terminé".

En touchant la côte de Curaçao, Aron a couru vers les collines pour échapper à la police et aux garde-côtes. Il a dormi à la belle étoile pendant des jours avant d'arriver jusqu'à la capitale, Willemstad où il travaille maintenant comme soudeur.

Avec ses 160.000 habitants, Curaçao - territoire autonome des Pays-Bas depuis 2010 - abrite désormais quelque 6.000 Vénézuéliens sans papiers, selon le gouvernement local.

- Centres surpeuplés -

Dans leurs rapports l'an dernier, Amnesty International et Human Rights Watch ont critiqué les autorités insulaires pour leur traitement des migrants vénézuéliens.

Les deux organisations les ont accusées d'avoir renvoyé des gens qui auraient pu prétendre au statut de réfugié en raison du danger encouru chez eux, et cité des Vénézuéliens qui affirment avoir été maltraités pendant leur rétention, avant d'être expulsés.

Geraldine Parris, une avocate de Curaçao qui représente certains migrants, a qui elle a rendu visite, dans leur centre de rétention, évoque des locaux sales et surpeuplés.

"Le problème avec Curaçao c'est que, même s'ils savent très bien ce qui se passe au Venezuela, ils ne font rien pour les accueillir", glisse-t-elle. "On ne peut pas se présenter comme un merveilleux pays de plages et de soleil, signataire des traités internationaux et ne pas respecter ce qu'on prêche".

La porte-parole du gouvernement de Curaçao, Corinne Leysner, rappelle que son pays n'a pas adhéré à la Convention des Nations unies sur les réfugiés. Même s'il fait "tout son possible" pour se conformer aux dispositions de la Convention européenne des droits de l'homme afin de prévenir les actes de torture et les traitements inhumains.

- Assistance technique -

Mais accepter ces demandeurs d'asile "signifierait leur fournir à manger, des soins et un abri, ce qui est impossible en ce moment, alors que certains groupes de notre population ont eux-mêmes besoin d'aide", assure-t-elle à l'AFP.

Car selon Mme Leysner, la crise économique qui frappe le Venezuela affecte aussi les activités de l'île, dont sa grande raffinerie qui traitait le pétrole vénézuélien.

La semaine dernière, les autorités néerlandaises ont écrit aux autorités de Curaçao pour leur offrir une aide "très rapidement" face à l'afflux de migrants vénézuéliens. La lettre, que l'AFP a pu voir, propose une "assistance technique" pour établir les procédures d'asile et former les officiers d'immigration.

Un ancien policier vénézuélien de 31 ans - qui a demandé à ne pas être identifié - a raconté à l'AFP qu'il était arrivé à Curaçao après avoir été suspendu pour avoir refusé de voter pour le président Nicolas Maduro.

"On m'a dit que j'étais un traître à la patrie", a-t-il ajouté. "Quand j'ai su qu'il y avait un dossier contre moi j'ai décidé de partir". Expulsé une première fois de Curaçao, il a payé 100 dollars à des passeurs pour revenir et vit maintenant dans l'île avec sa femme et sa fille de 5 ans.

Au moins quatre personnes sont mortes en janvier 2018 en tentant de traverser comme lui.

Mais l'ancien policier garde espoir: "J'ai confiance en Dieu, la situation du Venezuela finira par s'arranger et on pourra rentrer pour le reconstruire".

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