Au Mucem, des dessins d'enfants en zones de guerre dressent des "ponts entre les mémoires"

Au Mucem, des dessins d'enfants en zones de guerre dressent des "ponts entre les mémoires"

Publié le 20/08/2021 à 10:25 - Mise à jour à 10:26
© Christophe SIMON / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Arno TARRINI - Marseille (AFP)

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"Entre le désastre et la beauté, l’ombre et la lumière": l'exposition "Déflagrations" à Marseille explore, de la Seconde Guerre mondiale à l'exil des Rohingyas de Birmanie, près d’un siècle de conflits internationaux à travers des dessins d’enfants.

En empruntant la passerelle qui mène au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), avec une vue plongeante sur le Vieux-Port, Vanessa et Guillaume, un couple de touristes venus de Bordeaux, "ne s'attendaient pas" à une exposition aussi poignante.

Plus de 150 dessins d'enfants en zones de guerre retracent violences et crimes de masse des dernières décennies, des camps de concentration d'Auschwitz, en Pologne, aux massacres dans les villages du Darfour, dans l'ouest du Soudan.

Ces dessins ont été recueillis et sélectionnés depuis 2013 auprès de musées, d'institutions, d'ONG et de bibliothèques, en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Ils témoignent des différentes étapes des conflits: bombardements, pillages, assassinats, des familles contraintes à l'exil... Ces scènes d'horreur que les enfants ne peuvent raconter avec des mots, ils les dessinent.

Certains témoignent des violences au Nigeria, frappé depuis près de dix ans par les attaques du groupe jihadiste Boko Haram, ou au Rwanda, où le génocide de 1994 contre la minorité tutsi a causé la mort de plus de 800.000 personnes.

Ces enfants sont "victimes, mais aussi témoins", explique à l'AFP Zérane S. Girardeau, commissaire de l'exposition. Un crayon à la main, ils créent "des œuvres de mémoire".

- "Image manquante" -

"Très souvent, les moments de l'exécution ou des pillages, des assassinats ne sont pas photographiés, ni filmés", remarque-t-elle. Ces dessins pallient donc la notion d’"image manquante", chère à Olivier Bercault, spécialiste des conflits armés auprès de l'ONG Human Rights Watch, partenaire du projet.

C'est le cas d'un dessin récolté par l'Unicef, réalisé par un garçon rohingya, une minorité musulmane persécutée en Birmanie. Réfugié dans un camp au Bangladesh, il représente les exécutions dont il a été témoin: des silhouettes de militaires, griffonnées en vert, qui fusillent et décapitent des hommes, des femmes et des enfants, ensanglantés en violet.

"C’est la première fois que je vois ça. C’est vraiment poignant de voir des évènements aussi destructeurs dans les yeux des enfants", lance Guillaume, 32 ans. "Ça en devient même beau, en fait."

"Quand on commence à juxtaposer ces dessins, on voit des affinités graphiques ou narratives entre eux", explique la commissaire de l'exposition. Ils ont, selon elle, le pouvoir de "décloisonner l’histoire" et de construire des "ponts entre les mémoires".

Au fond de la pièce, une voix attire les visiteurs. C'est celle de Françoise Héritier, ethnologue et anthropologue décédée en 2017. Dans une vidéo, elle décrypte un dessin coloré et étonnamment précis, repéré par l'ONG Waging Peace. Des chars d'assaut, des véhicules armés de fusils mitrailleurs, des cases bombardées par des avions, un homme décapité au sol...

Ce dessin, réalisé par un enfant de neuf ans, documente avec froideur l'attaque de son village du Darfour par l'armée soudanaise et les miliciens arabes janjawids en 2003 et en décrit les techniques d’exécution.

"Même s'ils proviennent de différents continents, de différentes époques, ces dessins se rejoignent", estime Guillaume. "On ressent la colère et la peine de ces enfants", commente Vanessa.

Car le dessin est avant tout un refuge. Comme pour cette fillette irakienne de huit ans, dont le dessin, récolté par l'ONG Médecins sans frontières, clôture l'exposition. Effrayée par un membre du groupe jihadiste Etat islamique, qui avait un temps conquis de larges pans de l'Irak, elle a, à son arrivée dans un camp de déplacés au Kurdistan irakien, rempli une feuille blanche avec de petites fleurs roses, comme pour se rassurer avec la beauté de la nature.

Les œuvres resteront exposées à Marseille jusqu’à la fin du mois d’août. Zérane S. Girardeau espère aussi qu'elles puissent servir un jour "d'éléments d'informations contextuelles sur des crimes destinés à être jugés" par la Cour pénale internationale.

Auteur(s): Par Arno TARRINI - Marseille (AFP)

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L'exposition "Déflagrations", au Mucem à Marseille, explore près d’un siècle de conflits internationaux à travers des dessins d’enfants

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