Au procès d'un féminicide à Versailles, la vie d'un accusé inséré qui bascule

Au procès d'un féminicide à Versailles, la vie d'un accusé inséré qui bascule

Publié le 01/10/2021 à 19:09 - Mise à jour à 19:12
© LOIC VENANCE / AFP/Archives
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par Ulysse BELLIER - Versailles (AFP)

Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Press). Plus de détails sur les différentes typologies d'articles publiés sur FranceSoir, en savoir plus

-A +A

Il était diplômé de Sciences-Po, haut cadre, père et mari heureux, puis tout s'est effondré, de la tentative de suicide au féminicide: le parcours de Jean J., accusé d'assassinat sur son ex-femme, était disséqué vendredi aux assises des Yvelines.

Depuis le box, cet homme de 50 ans, pull gris sur chemise sombre, est hagard, le regard incapable de se fixer, comme perdu, pour répondre de faits qu'il a reconnu pendant l'enquête.

Le 24 janvier 2019, 18 mois après la séparation, l'accusé a débarqué au pavillon de sa femme pour la tuer de 22 coups de couteaux et de 15 coups de marteaux. Ses ex-beaux-parents, en visite ce matin-là et qui ont tenté de s'interposer, ont été gravement blessés.

Avant l'examen des faits, prévu mardi prochain, la cour d'assises de Versailles tentait vendredi de comprendre la fracture béante dans la vie de l'accusé, ouverte sans prévenir, un soir d’élection municipale en 2014.

Ce jour-là, il est encore directeur général des service d'une commune moyenne des Yvelines, "tout se passait bien, j'étais épanoui, j'avais la confiance de M. le Maire", son employeur.

Avant d'avoir intégré Sciences Po Strasbourg qui lui permettra de réussir un concours administratif, Jean J. avait rencontré Isabelle T., professeure de sport, il échangera avec elle "complicité, tendresse", puis l'éducation de deux jeunes garçons pendant des années.

- "Descente aux enfers" -

En avril 2014, la nouvelle maire, sa supérieure, "lui fait comprendre qu'il est incompétent, qu'il est nul", jusqu'à une tentative de suicide, se souvient son frère ainé Michel, ingénieur-conseil, en costume complet à la barre. "Six semaines plus tard, il avalait des quantités de whisky et du doliprane: le début d'une descente aux enfers."

Avant ce matin de janvier 2019, il ne sortira jamais de cette dépression. "J'avais un comportement apathique, aucune forme de motivation" durant cette période, se souvient-il depuis le box, avec sa voix grave, comme hésitante. "Je ne m'occupais pas de mes enfants, à peine de moi-même. J'arrivais juste à tondre la pelouse."

Il commence à boire, il est très souvent absent à son nouveau travail, son couple périclite, sa femme demande le divorce.

Il accepte à l'été 2018 le consentement mutuel, "mais en mon fort intérieur, je n'accepte pas cette décision", reconnait-il aujourd'hui, confronté par l'avocate des parties civiles à la vague de SMS violents, injurieux qu'il se met à envoyer à son ex-épouse.

Pourtant, dans le même moment, quelques mois avant les faits, "il avait commencé à se reprendre en main", à aller voir des psy, souligne son frère Michel.

Mais en réalité, poursuit l'ainé devant la cour, son frère cadet "taisait ses actes et offrait une image décalée" entre cette dynamique positive affichée et les SMS incendiaires. "On l'a pas vu venir, on n'a rien compris".

De cette "dualité" de l'accusé, le frère ainé interroge les racines dans l'enfance, avec une "figure paternelle persécutrice" pour toute sa fratrie, plus encore pour Jean.

Avec ce père violent, l'accusé est "arrivé à l'âge adulte sans système immunitaire psychique", tente-t-il d'analyser, "on l'a mis dans une société sans capacité de se défendre". Dans cet "équilibre fragile qu'il s'était bâti (...), tout allait bien, jusqu'à ce que ça bascule," lance Michel J. à la cour, comme pour tenter de comprendre lui-même.

Des gendarmes chargés de l'enquête étaient encore entendus vendredi en fin d'après-midi. Le verdict est attendu mercredi.

Auteur(s): Par Ulysse BELLIER - Versailles (AFP)

PARTAGER CET ARTICLE :

Au procès d'un féminicide à Versailles, la vie d'un accusé inséré qui bascule

Newsletter


Fil d'actualités AFP France




Commentaires

-