Car de Rochefort: 5 ans de prison dont 3 avec sursis requis au procès de "l'erreur humaine"

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Par Nathalie ALONSO - La Rochelle (AFP)
Publié le 29 mars 2022 - 20:34
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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L'autocar accidenté à Rochefort (Charente-Maritime) le 11 février 2016
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© MEHDI FEDOUACH / AFP/Archives
L'autocar accidenté à Rochefort (Charente-Maritime) le 11 février 2016
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Comment juger une "erreur involontaire" à l'origine d'un "carnage"? Mardi, au procès du drame du car de Rochefort, le procureur de la République de La Rochelle a demandé une peine de cinq ans d'emprisonnement, dont trois avec sursis, à l'encontre du chauffeur du camion dont l'"oubli" tragique a provoqué la mort de six adolescents, le 11 février 2016 à Rochefort, dans une collision avec leur autocar scolaire.

"Le tribunal est confronté à une difficulté réelle. Il n'y aura pas de juste, de bonne peine", face à l'immense douleur des rescapés et proches des victimes, a reconnu le procureur Clément Incerti, en conclusion de ce procès pour "homicides et blessures involontaires" devant le tribunal correctionnel. Le jugement sera rendu le 5 mai.

Le magistrat a réclamé la peine maximale pour ces délits, assortie d'un sursis probatoire permettant ainsi au prévenu Mathieu Saurel, âgé de 29 ans, de solliciter un aménagement de peine pour les deux ans fermes. "Il est le responsable d'un accident gravissime, il n'est pas meurtrier", a insisté le procureur pour justifier cet aménagement, au regard de la personnalité du jeune homme, décrit comme bon professionnel, un garçon "sain" qui "ne buvait pas, ne fumait pas".

Le ministère public a également demandé une obligation de soins et de travail ainsi qu'une peine complémentaire, l'annulation de son permis de conduire et l'interdiction de solliciter une nouvelle délivrance durant 2 ans.

- Cette "maudite ridelle" -

"C’est une erreur humaine qui est à l’origine de l’accident et non une défaillance technique" propre au camion, a souligné le procureur, en rappelant que l'ex-employeur de Mathieu Saurel, Eiffage, a bénéficié d'un non-lieu.

Le jour de l'accident, au petit matin du 11 février, Mathieu Saurel "a omis de refermer la ridelle (de son camion-benne)" et de faire un contrôle visuel de son véhicule "avant de reprendre la route", a relaté le magistrat.

Un oubli aux conséquences terribles car cette pièce métallique destinée à maintenir en place le chargement sur le côté, qui avait été laissée ouverte en position horizontale à 90 degrés, avait littéralement cisaillé le flanc et broyé les sièges d'un car scolaire qui arrivait en sens inverse, avec quinze jeunes à son bord. Parmi eux, six adolescents de 15 à 18 ans avaient été tués et deux autres jeunes blessés grièvement.

Pendant deux jours - au lieu de trois initialement prévus - le tribunal a plongé dans le récit des vies chamboulées par le choc improbable entre le car et ce camion qui circulait ridelle ouverte, alors qu'il faisait encore nuit et qu'il pleuvait. "Comme les autres, notre vie s'est scindée en deux, il y a notre vie avant l'accident et notre vie après. On est dans la survie, on continue, on n'a pas le choix", a témoigné Mathieu Coupeau qui élevait avec son frère le cadet de la fratrie, Bastien, après avoir perdu leurs parents jeunes. Aujourd'hui, il affirme être en "panique totale" quand ses filles doivent prendre le car scolaire.

"Nous sommes au royaume de l'injuste, on juge un délit involontaire, plus dure est la tâche de juger celui qui nous ressemble", a reconnu l'avocat du prévenu Thierry Sagardoytho en rendant hommage aux victimes.

Malgré son évidente erreur, le prévenu, toujours suivi psychologiquement et sous traitement, a évoqué tantôt un "trou noir" ou un "flou traumatique" se disant incapable de se souvenir d'avoir laissé cette "maudite ridelle" ouverte. Devant la salle comble prévue pour recevoir 42 parties civiles, il a exprimé pour la première fois ses "profonds regrets", visage tordu par les larmes.

"On ne comprend pas son oubli quand on le met en perspective avec l'énorme gâchis du drame", a admis Thierry Sagardoythou, avant d'appeler le tribunal à être dans "la nuance".