Cultiver du coton en France? Le pari fou de trois agriculteurs gersois

Cultiver du coton en France? Le pari fou de trois agriculteurs gersois

Publié le 22/11/2021 à 19:04 - Mise à jour le 23/11/2021 à 08:56
© Frédéric Scheiber / AFP
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Par Katia DOLMADJIAN - Montréal (France) (AFP)

Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Press). Plus de détails sur les différentes typologies d'articles publiés sur FranceSoir, en savoir plus

-A +A

De loin, on dirait de gros flocons de neige: l'heure de la récolte approche dans l'unique champ de coton de France, pari fou, mais réussi de trois agriculteurs gersois qui font ensuite tisser cette ouate pour la confection de polos vendus sous leur propre marque.

"Il n'y a pas plus +Made in France+ car on maîtrise la chaîne de bout en bout, de la production au produit fini. Mais on en a essuyé des plâtres depuis les six petits pieds de coton plantés dans le jardin pour voir ce que ça donnerait!", s'exclame Yohan de Wit.

En 2017, la toute première récolte semée sur les terres de la ferme familiale de Montréal, dans le Gers, donne 100 kilos de coton: "On s'était dit +si ça ne marche pas, tant pis+. Cette année-là on s'est donné du mal, on a même ramassé à la main car on n'avait pas encore de machine! C'était dur, mais ensuite on ne pouvait plus s'arrêter", raconte à l'AFP Médéric Cardeillac, un des trois associés dans le projet avec son frère Samuel.

Depuis leur hangar, les trois acolytes couvent des yeux la parcelle de coton de douze hectares qui dévale la pente jusqu'à un petit étang, entre des pieds de vigne et un champ de sorgho.

Semés au printemps, les plants - qui arrivent au genou - s'ornent de grosses boules ouatées étincelantes de blancheur sous le soleil, tranchant avec leurs feuilles grillées par les premières gelées.

"Cette année, la récolte a plus d'un mois de retard, il n'a pas fait assez chaud pendant l'été et nous avons aussi eu des orages en mai qui ont retardé la croissance des plantes. Et maintenant, on attend des conditions météo plus favorables pour récolter", explique Yohan de Wit.

"Quand on s'est lancés il y a cinq ans, c'était clairement un pari, même de la folie, de vouloir faire pousser du coton en France, de l'adapter au climat d'ici et surtout de l'amener à maturité. On est les seuls à faire ça, même si on a découvert qu'un agriculteur du Gers avait essayé dans les années 1980 - mais ça n'avait pas marché car il n'y avait pas les mêmes débouchés à l'époque" dans le textile, indique-t-il.

- Or blanc -

Yohan de Wit veut combattre "l'a priori selon lequel le coton pompe beaucoup d'eau car il pousse dans des pays chauds: on n'arrose pas du tout notre coton! Il pleut suffisamment, même trop, et notre terre argilo-calcaire retient l'eau. Jusqu'à présent, on n'a pas non plus utilisé de pesticides, il y a des ravageurs comme la punaise mais on accepte d'avoir des pertes".

D'ici quelques jours, les trois agriculteurs vont moissonner leur or blanc à l'aide d'une "récolteuse" - sorte de moissonneuse achetée d'occasion en Espagne, pays cultivateur de coton - "qui peigne la plante avec des doigts rotatifs".

Une fois séchée et égrenée, la fibre compactée en ballots sera envoyée dans une filature des Vosges, avant de rejoindre Troyes pour y être tricotée et teinte. L'ultime étape de la confection est réalisée à Mont-de-Marsan (Landes), puis les polos (120 euros) et T-shirts (50 euros) pour homme estampillés "100% coton français" seront mis en vente sur internet sous la marque Jean Fil, lancée par les trois agriculteurs qui ont "produit" quelque 2.000 polos en 2020.

"Notre coton fait environ 2.400 kilomètres dans l'Hexagone pour devenir un polo, alors qu'aujourd'hui, en moyenne, un T-shirt fait 65.000 km avant d'arriver dans l'armoire du consommateur", met en avant Yohan de Wit.

Il indique être régulièrement sollicité par des marques de textile françaises qui voudraient acheter cet unique coton français, "mais pour l'instant on ne veut pas, même si on commence à réfléchir à des partenariats".

"Il nous reste de la superficie si on veut grossir, mais le but n'est pas de surproduire", tempère Yohan de Wit, dont "le rêve ultime" serait de localiser dans le Gers toutes les étapes de fabrication, "avec, à deux pas du champ, un hangar où le coton rentrerait d'un côté, et un polo en ressortirait de l'autre".

Auteur(s): Par Katia DOLMADJIAN - Montréal (France) (AFP)

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Un champ de coton le 22 novembre 2021 à Montréal, dans le Gers

Newsletter


Fil d'actualités Société




Commentaires

-