En Martinique, l'évacuation d'un rond-point se prolonge en "petite guérilla urbaine"

En Martinique, l'évacuation d'un rond-point se prolonge en "petite guérilla urbaine"

Publié le 02/12/2021 à 10:28 - Mise à jour le 03/12/2021 à 10:42
© ALAIN JOCARD / AFP
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Auteur(s): Par Katell PRIGENT - Le Lamentin (France) (AFP)

Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Press). Plus de détails sur les différentes typologies d'articles publiés sur FranceSoir, en savoir plus

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Coups de feu, tirs de mortier, barricades enflammées, gaz lacrymogène: dans les rues de la petite commune du Lamentin à l'est de Fort-de-France, les suites de l'évacuation du rond-point du Mahault ressemblaient dans la nuit de mercredi à jeudi à une "petite guérilla urbaine".

En marge de l'évacuation de ce site, occupé depuis des jours et des nuits, quelques émeutiers se sont dispersés dans les rues voisines de la commune, de l'autre côté d'un pont.

Vus du rond-point où les carcasses de voitures sont évacuées, les tirs de mortiers lancés sur les forces de l'ordre ressemblent à un feu d'artifice autour du clocher de l'église illuminée. On respire encore les gaz lacrymogènes utilisés lors de l'évacuation.

Une colonne de policiers essuie des coups de feu. "On nous a tiré dessus, du 9mm je pense", confie l'un d'eux à l'AFP, "on se croirait dans une petite guérilla urbaine". Le Raid intervient alors contre plusieurs petites barricades enflammées érigées par des émeutiers.

Arnachés dans leur équipement, les policiers de l'unité d'élite de la police avancent prudemment avec leur fourgon blindé.

Un jeune, casque noir et T-shirt rouge leur jette des projectiles en contrebas de l'église. Des colonnes de policiers s'engouffrent à leur tour dans les rues. Ils viennent de différents services (police aux frontières, compagnie d'intervention, BAC...) et de toute la France.

"Barrez-vous ! Ici c'est pas Paris !", hurle un habitant depuis sa fenêtre du deuxième étage alors qu'une voisine, imperturbable, observe la scène sur son balcon.

Les rues désertes sont jonchées de débris et de morceaux de verre. "Attention, deux fois deux scooters tournent", prévient un gradé alors qu'on entend dans une rue éloignée la pétarade d'un deux-roues.

La semaine dernière, non loin de là, quatre journalistes, dont un photographe de l'AFP, avaient essuyé des tirs de la part d'hommes circulant en moto.

- Un drone déployé -

Visière baissée, lanceur de balles de défense à la main pour certains, bouclier pour d'autres, les policiers avancent en colonne, longeant les murs, scrutant les façades des immeubles, éclairant d'un coup de torche quelques recoins sombres.

Les rideaux de fer des commerces sont baissés. C'est la nuit et la Martinique est sous couvre-feu de 19H à 5H depuis une semaine pour faire face aux violences urbaines que connaît l'île.

Un drone est déployé pour venir en aide aux forces de l'ordre. "On est moins rapide quand on ne connaît pas la topographie des lieux, on est moins performant", reconnaît un policier venu de Métropole.

"On va venir en soutien aux pompiers qui arrivent", prévient le gradé. Les forces de l'ordre essuient quelques jets de projectiles puis "sécurisent" le croisement entre la rue Luther King et la rue de l'Hôpital. Le camion de pompiers manœuvre, éteint le feu d'une petite barricade en quelques minutes.

A cinquante mètres, une famille avec de jeunes enfants observe la scène depuis son balcon.

"On se replie !", lance un gradé. Des policiers en profitent pour féliciter une de leur collègue qui a tiré quelques minutes plus tôt une cartouche de gaz lacrymogène en direction d'un barrage: "Joli tir !", lui disent-ils.

A la sortie du Lamentin, le bruit du scooter se rapproche. "Scooter !", hurle un policier. Plusieurs d'entre-eux se mettent à courir, le scooter dérape mais son pilote parvient à reprendre le contrôle de l'engin et s'échappe.

Il n'y aura pas eu d'interpellation cette fois, mais les policiers ont réussi leur objectif, "casser les groupes" et "reprendre position".

La nuit n'est pas finie, ils enchaînent sur un autre rond-point à quelques kilomètres, celui dit "de la Lorraine", sans rencontrer de résistance.

Au lendemain de la visite du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu qui a rappelé que "la liberté de circulation est un enjeu majeur", pas moins de trois escadrons de gendarmes mobiles, plusieurs dizaines de policiers de Martinique et de Métropole, des blindés et des camions pour prélever les carcasses ont été engagés mercredi soir pour évacuer plusieurs rond-points de l'île.

Auteur(s): Par Katell PRIGENT - Le Lamentin (France) (AFP)

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Une barricade enflammée sur une route du Lamentin, le 1er décembre 2021 en Martinique

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