Esclavage: inauguration à Paris de la statue de la Guadeloupéenne Solitude

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Par AFP - Paris
Publié le 10 mai 2022 - 22:29
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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"Mwen pé pa lésé vou fè non Mwen prefere mo jodi" (Delgres/Delgrès), lors de la Marche des esclaves à Nantes le 8 mai 2011
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© JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP/Archives
"Mwen pé pa lésé vou fè non
Mwen prefere mo jodi" (Delgres/Delgrès), lors de la Marche des esclaves à Nantes le 8 mai 2011
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La maire de Paris Anne Hidalgo a dévoilé mardi, jour de commémoration de l'esclavage, une statue en hommage à l'héroïne de la lutte contre le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe prénommée Solitude, exécutée il y a 220 ans.

La statue du sculpteur Didier Audrat la représente un poing levé serrant la déclaration de Louis Delgrès, autre figure guadeloupéenne de la lutte contre l'esclavage, l'autre main protégeant son ventre rond. Elle est située dans le jardin portant déjà son nom, inauguré en septembre 2020, dans le XVIIe arrondissement de Paris.

"Les actes que nous posons doivent avoir du sens par rapport à ceux que nous voulons honorer mais aussi par rapport à l'avenir", a déclaré la maire de Paris, Anne Hidalgo, expliquant que l'inauguration de cette statue représentait "un acte de réparation vis-à-vis des descendantes et des descendants de l'esclavage", mais également "un message aux générations qui viennent".

"Des femmes noires en statue il y en a déjà à Paris, mais il s'agit de statues allégoriques des représentations de l'Afrique, d'un continent exotisé", a déclaré de son côté Jean-Marc Ayrault, ancien Premier Ministre et président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage. "Aujourd'hui ce n'est pas l'idée abstraite qui est représentée, c'est une femme dont on connaît le nom et le destin, une femme et une mère, une Guadeloupéenne et une Française, une rebelle et une citoyenne, au moment où le pouvoir avait cessé de croire en la liberté", a-t-il ajouté.

De Solitude, née esclave à la fin du XVIIIe siècle, on ne connaît en effet que le nom et les circonstances de son décès: son exécution le 29 novembre 1802 en Guadeloupe pour avoir participé à la révolte contre le rétablissement de l'esclavage décrété par le Premier consul Napoléon Bonaparte, qui a secoué l'île quelques mois plus tôt.

Capturée, Solitude a échappé quelques mois à la potence car elle était enceinte et "son enfant à naître était une marchandise qui avait une valeur dans ce monde-là", a rappelé Jean-Marc Ayrault. Mais la jeune femme sera pendue le lendemain de son accouchement.

L'abolition de l'esclavage ne sera décrété en France qu'en 1848.

Solitude, elle, est passée au rang de légende aux Antilles, notamment grâce à sa biographie romancée par l'écrivain André Schwartz-Bart, "la Mulâtresse Solitude" parue 170 ans après sa mort, en 1972. L'épouse du biographe, Simone Schwartz-Bart, assistait mardi à l'inauguration de la statue.