A l'hôpital d'Arles, l'intérim médical, une urgence vitale

A l'hôpital d'Arles, l'intérim médical, une urgence vitale

Publié le 24/10/2021 à 10:32 - Mise à jour à 15:00
© Anne-Christine POUJOULAT / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Juliette RABAT - Arles (AFP)

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"Le mal est fait": aux urgences d'Arles, dans le sud de la France, le plafonnement strict de la rémunération des médecins intérimaires, bien que reporté à 2022, fait craindre une aggravation des pénuries de personnels dont souffre l'hôpital public.

"Il fallait revoir le système de l'intérim médical" mais "ils ont voté cette loi sans anticiper les conséquences que ça allait avoir sur le terrain", explique à l'AFP un aide-soignant membre du collectif Inter Urgences de l'hôpital Joseph Imbert, qui a souhaité garder l'anonymat.

"S'il n'y a pas assez de médecins, c'est dramatique pour les cas graves, il y a vraiment une perte de chance" de se remettre ou de survivre, poursuit-il, rappelant que le service des urgences d'Arles, qui accueille environ 36.000 patients par an, fonctionne avec 40% d'intérimaires pour combler les postes de médecins vacants.

"Ce qui se passe maintenant est presque plus grave que pendant le Covid", ajoute-t-il.

Mercredi dernier, une dizaine de plages de planning des urgences n'avaient pas trouvé preneur pour le mois de novembre et des déprogrammations d'opérations étaient envisagées, laissant craindre une situation dramatique pour l'offre de soins de la plus grande commune de France, sept fois plus étendue que Paris.

En cause: la volonté du gouvernement d'appliquer strictement le plafonnement de la rémunération des médecins intérimaires à 1.170,04 euros brut maximum pour une journée de vingt-quatre heures, soit environ 900 euros net. Un médecin urgentiste salarié de l'hôpital en début de carrière touche lui 4.500 euros mensuels, avec deux gardes.

Actuellement très demandés pour combler les pénuries de personnels, ces intérimaires, parfois qualifiés de "mercenaires", peuvent obtenir jusqu'à 3.000 euros net de certains hôpitaux.

La mesure devait entrer en vigueur le 27 octobre mais a finalement été reportée in extremis à l'année prochaine.

"Le secteur d'Arles est énorme avec beaucoup de mas isolés", souligne un autre membre du collectif Inter Urgences, également aide-soignant. "S'il n'y a pas de Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR), en urgence vitale c'est une catastrophe, d'autant plus que la médecine libérale à côté n'est plus présente la nuit, vous n'avez plus que l'hôpital", complète-t-il.

- Sacerdoce -

Depuis le parking du site, seule la tour de la Fondation LUMA, se détachant du ciel gris, rappelle que le centre d'Arles n'est qu'à trois kilomètres. Le village de Salin-de-Giraud, sur la commune mais aux confins de la Camargue, est lui à 40 kilomètres.

"J'ai fait deux AVC et j'ai eu un gros problème aux poumons un an après. Si j'avais été à Salin, ça aurait été la catastrophe", témoigne Jeanne Diacomicoli, 62 ans, monitrice d'auto-école. Et une éventuelle absence de SMUR fait craindre pire.

Si dans l'immédiat la menace de fermeture des urgences et du SMUR d'Arles s'éloigne avec le report des mesures sur l'intérim médical, le problème de l'attractivité de l'hôpital public reste entier.

"C'est comme un petit pansement qu'on met sur une jambe de bois hospitalière qui est en difficulté majeure", même si "ça peut donner un coup de pouce ponctuel jusqu'aux fêtes. Joyeux Noël! Mais le lendemain va être beaucoup moins rose", estime Philippe Valero, médecin urgentiste.

"Pour avoir quatre médecins en permanence aux urgences, il en faut quasiment douze ou quinze dans une équipe et c'est cela qu'on n'a pas", déplore Laurent Donadille, le directeur du centre hospitalier.

Même si tout le monde s'accorde sur le bien-fondé de l'encadrement de l'intérim médical, qui a souvent entraîné une surenchère malsaine entre établissements et grevé les budgets, il est devenu un luxe dont l'hôpital public peut difficilement se passer.

"C'est de pire en pire pour recruter des titulaires, même des CDD", confirme Anne-Marie Lesage, secrétaire du syndicat CGT.

"Le mal est fait", juge de son côté Inter Urgences. "Ce n'est pas qu'un problème arlésien, c'est national. On est en train de détruire le système de santé français. Il y a beau y avoir eu une pandémie, un Ségur de la santé qui n'a servi à rien, le gouvernement n'a tiré aucune leçon", déplore le collectif.

Et de conclure: "Avant, les gens se battaient pour devenir praticiens hospitaliers, maintenant ils ne veulent plus travailler à l'hôpital public parce que c'est trop dur, c'est très mal payé. Il faut avoir la foi" pour faire ce métier.

Auteur(s): Par Juliette RABAT - Arles (AFP)

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