Présidentielle: l'euthanasie, débat de société qui monte

Présidentielle: l'euthanasie, débat de société qui monte

Publié le 27/01/2022 à 21:05 - Mise à jour le 28/01/2022 à 13:38
© OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Paul RICARD - Paris (AFP)

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Liberté de choix ou régression éthique porteuse de dérives? Sensible, clivant, complexe, le débat sur l'euthanasie n'est pas nouveau mais va sans doute marquer plus que jamais la campagne présidentielle.

C'est le seul point sur lequel s'accordent pro et anti.

"Après le mariage pour tous puis la PMA, ça va être le grand sujet de société cette fois-ci", dit à l'AFP Jean-Luc Romero-Michel, de l'association pro-euthanasie ADMD.

"S'il y a un débat sociétal, ce sera celui-là", renchérit Erwan Le Morhedec. Cet avocat et blogueur catholique vient de publier un plaidoyer anti-euthanasie, "Fin de vie en République" (éd. du Cerf).

Parmi les candidats déclarés, Anne Hidalgo (PS), Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) semblent déterminés à modifier la loi, qui interdit euthanasie et suicide assisté.

En avril 2021, l'Assemblée nationale en avait même déjà débattu après une proposition de loi du député Olivier Falorni.

Son examen n'avait pas abouti, à cause de 3.000 amendements destinés à faire obstruction, mais 240 députés avaient approuvé le principe d'une "assistance médicalisée active à mourir".

Ce serait un bouleversement par rapport à la loi actuelle, datant de 2016. Dite Claeys-Leonetti, elle permet une "sédation profonde et continue jusqu'au décès" pour les malades incurables dont le pronostic vital est engagé "à court terme".

"Cette loi a des limites terribles", déplore Jean-Luc Romero-Michel en citant "la maladie de Charcot (maladie neurodégénérative incurable, ndlr), où les gens agonisent pendant des mois".

- "Tripes" -

Il mentionne aussi l'exemple d'Alain Cocq. Atteint d'une maladie incurable très douloureuse mais pas fatale, ce Dijonnais n'entrait pas dans le cadre de la loi. Il est mort en juin dernier par suicide assisté en Suisse.

"Les gens ne comprennent pas qu'on leur interdise d'éteindre la lumière", assure M. Romero-Michel, en souhaitant que la France autorise l'euthanasie, comme la Belgique.

"Non pas qu'ils vont forcément y recourir: ce sera une minorité, autour de 3% si on prend les chiffres belges. Mais ils veulent avoir le choix", insiste-t-il en s'appuyant sur plusieurs sondages.

Une logique que récuse M. Le Morhedec: "Je comprends que quelqu'un qui sait que sa maladie va dégénérer puisse vouloir être euthanasié de façon anticipée. Mais accéder à cette demande-là par la loi aura des répercussions sur d'autres situations".

Selon lui, les cas exceptionnels mis en avant par les pro-euthanasie brouillent "notre capacité de réflexion": "On réagit avec nos tripes. C'est compréhensible, mais on ne fait pas une loi avec les tripes".

En Belgique, "l'euthanasie concerne à 87,3% des plus de 60 ans et à 67,4% des plus de 70 ans. La réalité de l'euthanasie, c'est que ce sera celle des personnes âgées", craint l'avocat.

Il juge les dérives inévitables: manque de contrôle, pression sur les plus âgés, logique budgétaire où une mort permettrait des économies...

Pour M. Romero-Michel, l'opposition à l'euthanasie est "souvent religieuse". "N'importe quel non-catholique peut comprendre mes arguments", objecte M. Le Morhedec.

- Soins palliatifs -

Et les soignants? Ceux qui sont en première ligne exercent en soins palliatifs, services réservés aux malades incurables mais qui manquent de moyens.

Le gouvernement a lancé en septembre un plan de 171 millions d'euros, dont 59 millions de mesures nouvelles. Un montant jugé largement insuffisant.

Par ailleurs, ces soignants pointent une méconnaissance de leur discipline.

"Quand on entend certaines craintes, légitimes, sur la fin de vie, on est frappé car la plupart du temps, on peut y répondre", explique à l'AFP la Dr Claire Fourcade, présidente de la Sfap (Société française d'accompagnement et de soins palliatifs).

Elle regrette que le débat public "mélange deux situations": celle "des gens qui vont mourir", laquelle relève de la médecine, et celle "des gens qui veulent mourir sans forcément être en fin de vie", laquelle nécessite "un débat de société plus large".

Après "l'électrochoc" de la proposition de loi Falorni, la Sfap a organisé une consultation à laquelle 2.000 acteurs des soins palliatifs ont répondu.

Les deux tiers sont opposés à la légalisation d'une "aide active à mourir" et un tiers envisage de démissionner si cela arrivait.

Si la loi évoluait quand même, seuls 4% pensent qu'il faudrait opter pour l'euthanasie, où c'est le médecin qui réalise l'injection fatale, contrairement au suicide assisté.

"On devrait se demander pourquoi ils ne veulent pas être impliqués" dans l'acte d'euthanasie, relève la Dr Fourcade. "Ce ne sont pas tous des cathos intégristes, ça se saurait".

Auteur(s): Par Paul RICARD - Paris (AFP)

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