Une colère qui "brûle" chez les licenciés des Fonderies du Poitou

Une colère qui "brûle" chez les licenciés des Fonderies du Poitou

Publié le 09/12/2021 à 03:11 - Mise à jour le 10/12/2021 à 10:36
© GUILLAUME SOUVANT / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Emmanuel DEFOULOY - Châtellerault (AFP)

Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse). Plus de détails sur les différentes typologies d'articles publiés sur FranceSoir, en savoir plus

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"Moi, je n'ai qu'une envie, c'est de brûler ma carte d'électeur. Ça me bouffe d'être dirigé par des bons à rien". Venu avec une cinquantaine des 300 ex-salariés des Fonderies du Poitou, dont l'usine de fonte a fermé cet été, Raphaël, 41 ans, exprime sa colère lors de la projection d'un film consacré à l'action de Bercy face aux licenciements.

"Je travaillais depuis 21 ans dans cette usine. Depuis mes 18 ans, j'ai toujours voté. Mais là, c'est fini", dit-il après avoir vu le film, "Le ministère", présenté en avant-première à Châtellerault (Vienne). Il sera diffusé le 11 décembre sur la chaîne Public Sénat.

La réalisatrice Hélène Desplanques y suit en 2020 et 2021 Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat puis ministre déléguée à l'Industrie.

De réunions à Bercy en visites d'usines, on voit la ministre se démener sur des dossiers qui, hormis les vaccins anti-Covid, sont presque tous des plans de licenciements.

Si à son arrivée, elle évoque un "ministère des solutions", les déconvenues s'additionnent: 4.600 suppressions de postes chez Renault; 1.700 chez Sanofi; fermeture de Bridgestone à Béthune; Bosch qui supprime 750 emplois à son usine de Rodez.

Et donc la fin des Fonderies du Poitou fonte, lâchées par Renault, leur unique client: la dernière coulée de métal rougeoyant clôt le film.

Dans le film, on entend Mme Pannier-Runaecher constater : "ça fait neuf mois qu'on est sur le sujet fonderies, et ça fait neuf mois qu'on n'a pas de résultats". Conjuguée à l'empathie dont elle cherche à faire preuve à l'égard des licenciés, cette impuissance fait réagir la salle.

Face à l'écran, un ouvrier déplore: "dans les discours, on nous dit +on est à vos côtés+, mais ce n'est que du médiatique". "La seule chose qui les préoccupe, c'est leur image", ajoute sa collègue. "En fin de compte, elle fait du vent. Elle est inefficace", tranche l’ex-délégué syndical CGT de l'usine fermée, Alain Delaveau.

- "que des mots" -

"Leur boulot, c'est de faire avaler la pilule aux salariés, pour éviter qu'il y ait la révolution. Est-ce que l'Etat investit dans l'outil de travail ? Non, l'Etat investit dans l'accompagnement à Pôle emploi", ajoute son homologue des Fonderies du Poitou aluminium, Jean-Philippe Juin, dont l'usine tourne encore et espère un repreneur.

"L'accompagnement aussi, c'est que des mots", renchérit Christophe Berger, ex-chef d'équipe maintenance. Il décrit: des fondeurs avec plus de 30 ans d'ancienneté perdus dans les démarches sur internet, des salaires non versés "pendant un mois et demi", des "soldes de tout compte" dont le calcul reste inexpliqué…

"On n'est plus assurés par nos mutuelles. Et moi j'ai un enfant gravement malade", s'inquiète-t-il. "De l'emploi, j'en ai demain si je veux, mais si je fais un sacrifice de 1.000 euros par mois sur ma paye. Je suis comme toi, Raphaël, c'est terminé, je ne voterai plus jamais".

"On a exactement les mêmes difficultés chez nous, surtout la mutuelle !", réagit alors Nail Yalcin, métallo CGT venu d'une autre fonderie fermée cet été, MBF Aluminium à Saint-Claude (Jura). "En cinq mois, seulement 32 salariés sur 250 ont retrouvé un CDI".

Dans leur colère, les ouvriers en veulent aux "trois/quatre types en cravate" du cabinet Roland Berger qui ont recommandé de fermer les fonderies fonte. A Renault qui "délocalise ses achats de pièces en investissant dans une fonderie en Turquie". Et à "l'Etat qui laisse faire".

M. Juin de conclure: "je pense que c'est une erreur politique de ce gouvernement d'avoir abandonné cette souveraineté industrielle qu'est la fonderie".

Sollicité par l'AFP, le cabinet de la ministre a expliqué que celle-ci avait "joué la carte de la transparence en ouvrant les portes du ministère".

"Chaque dossier de restructuration est une mission difficile, pas toujours couronnée de succès, et la filière automobile souffre plus que d'autres", a-t-on commenté, en ajoutant que "le documentaire passe sous silence des succès, comme Ascoval, et évoque à peine le plan de relance".

Auteur(s): Par Emmanuel DEFOULOY - Châtellerault (AFP)

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Des salariés rassemblés devant l'entrée des Fonderies du Poitou, le 12 juin 2020 à Ingrandes, dans l'ouest de la France

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