Violences sexuelles: la police toujours pointée du doigt pour son accueil des femmes

Violences sexuelles: la police toujours pointée du doigt pour son accueil des femmes

Publié le 17/10/2021 à 18:24 - Mise à jour le 18/10/2021 à 10:24
© Nicolas TUCAT / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Arnaud BOUVIER - Paris (AFP)

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Remarques désobligeantes ou suspicieuses, manque d'empathie: les femmes sont encore trop souvent mal accueillies lorsqu'elles vont porter plainte pour violences conjugales ou pour viol, dénoncent des militantes, mais le gouvernement souligne que la situation s'améliore grâce aux formations mises en place pour les policiers et gendarmes.

La problématique avait déjà été évoquée il y a deux ans lors du "Grenelle" contre les violences conjugales. Elle a refait surface depuis fin septembre, avec la multiplication de témoignages postés sur les réseaux sociaux sous le mot-dièse #DoublePeine.

"Les femmes arrivent traumatisées au commissariat pour déposer plainte et vu le comportement de certains policiers, elles repartent doublement traumatisées", résume la militante féministe Anna Toumazoff qui affirme avoir recueilli des milliers de témoignages en quelques jours.

Plusieurs d'entre eux mettaient en cause le commissariat central de Montpellier, où "on demande aux victimes de viol si elles ont joui" et où "on leur explique qu'une personne qui a bu est forcément consentante", dénonce Mme Toumazoff.

Le préfet de l'Hérault, Hugues Moutouh, s'est insurgé contre ces accusations, les qualifiant de "diffamatoires" et "calomnieuses". Mais le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin a annoncé mardi qu'il avait demandé une enquête sur "ce qui s'était passé" à la Direction centrale de la sécurité publique.

Depuis le "Grenelle", quelque 90.000 policiers et gendarmes ont suivi une formation pour mieux recevoir les victimes, et de ce fait "il y a eu une énorme amélioration de l'accueil", a souligné le ministre. Mais les choses peuvent encore "très certainement" être améliorées, a-t-il concédé devant une commission parlementaire.

M. Darmanin a par ailleurs annoncé que, au cas où la femme victime aurait "peur" de se rendre au commissariat, un dispositif serait bientôt expérimenté pour permettre aux forces de l'ordre de se déplacer afin de recueillir sa plainte ailleurs, par exemple chez une amie où elle aurait trouvé refuge.

- Pas de droit effectif à un avocat -

"Il est temps d'arrêter d'expérimenter", a réagi le collectif féministe #NousToutes. "Les femmes victimes disent qu'elles sont mal accueillies en commissariats et gendarmeries. Gérald Darmanin leur répond: bonne nouvelle, vous pourrez aussi être mal accueillies à la mairie ou chez une amie !", a raillé l'association.

Sur le site doublepeine.fr, des femmes victimes de violences conjugales racontent s'être entendu dire par un gendarme que ce n'était "pas très glorieux de leur part" d'avoir quitté leur compagnon violent ou que les fonctionnaires ne pouvaient guère les aider à se mettre à l'abri car "ils n'étaient pas assistantes sociales".

"C'est vrai, l'accueil n'est pas toujours au top, il reste beaucoup à faire", concède Fabienne Boulard, une policière en pointe sur ce dossier, qui forme ses collègues à améliorer leurs pratiques.

Cependant, "je suis dans la police depuis 30 ans et je peux vous dire que les choses changent, franchement", ajoute la fonctionnaire.

On demande aux policiers, "qui n'ont pas fait cinq ans d'études de psychologie, de comprendre en dix minutes des phénomènes d'emprise qui durent depuis des années", relève-t-elle. Mais "même s'il ne reste qu'une seule victime mal accueillie, ce n'est pas normal, alors il faut continuer à former", ajoute-t-elle.

Pour que le dépôt de plainte se passe au mieux, la présence d'un avocat au côté de la victime peut également être un atout déterminant. Pourtant, certains policiers s'abritent derrière une ambiguïté de la loi pour la refuser, observent Karen Noblinski et Rachel-Flore Pardo, deux avocates parisiennes qui, avec une centaine de confrères, ont lancé un appel pour que la loi soit modifiée.

L'avocat peut apporter à sa cliente une aide psychologique, "essentielle quand on dévoile une sphère tellement intime de son histoire", mais aussi "poser des questions qui amèneront la victime à préciser des points importants", ce qui peut être déterminant pour obtenir ensuite la condamnation de l'agresseur, argumente Me Pardo.

La ministre chargée de l'Egalité femmes-hommes, Elisabeth Moreno, s'est dite "favorable" à ce que ce droit effectif soit garanti dans la loi. "C'est un sujet sur lequel il faut probablement travailler", a estimé la ministre, pour qui les victimes doivent être "rassurées, accompagnées, assistées lors du dépôt de plainte si elles en ont besoin".

Auteur(s): Par Arnaud BOUVIER - Paris (AFP)

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