Covid-19: à l'hôpital de Strasbourg, l'inquiétude face à la 5e vague

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Par Damien STROKA - Strasbourg (AFP)
Publié le 02 décembre 2021 - 20:57
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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Inquiétude au service de pneumologie du Nouvel Hôpital Civil (NHC) de Strasbourg face à la 5e vague de Covid-19 le 2 décembre 2021
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© PATRICK HERTZOG / AFP
Inquiétude au service de pneumologie du Nouvel Hôpital Civil (NHC) de Strasbourg face à la 5e vague de Covid-19 le 2 décembre 2021
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"On ne sait pas vers quoi on va" : à l'hôpital de Strasbourg, où le "plan blanc" vient d'être déclenché, les soignants épuisés par bientôt deux ans de lutte contre l'épidémie de Covid-19 appréhendent l'arrivée de la 5e vague avec un service de "réa" qui se remplit inexorablement.

"On est déjà très, très en manque de personnel" et maintenant, "il va y avoir une charge de travail encore plus importante, on va sans doute être rappelés encore plus", redoute Stella Zirnheld.

Avec ses collègues, cette infirmière en pneumologie du Nouvel Hôpital Civil (NHC) de Strasbourg lutte "depuis presque deux ans" face aux vagues successives de Covid-19.

Dans l'unité Covid du service de cette soignante de 39 ans, huit malades -- dont cinq non vaccinés -- sont actuellement hospitalisés. Cinq autres devraient y être admis d'ici au week-end.

Mercredi, l'hôpital alsacien a déclenché son "plan blanc", mesure qui permet la déprogrammation d'opérations non urgentes et de solliciter des renforts de personnels.

Signe que la 5e vague de Covid-19 gagne du terrain dans la région, les hôpitaux de Mulhouse et Colmar ont annoncé mardi une mesure similaire: avec désormais un taux d'incidence de 457 cas pour 100.000 habitants, le Haut-Rhin est actuellement le territoire le plus touché du Grand Est, légèrement devant le Bas-Rhin (452) et loin devant la moyenne nationale (343), selon les dernières données du site CovidTracker.

- "A reculons" -

A Strasbourg, c'est la troisième fois depuis le printemps 2020 que le "plan blanc" est activé. Pendant les deux premiers, "on dormait, on travaillait, on dormait, on travaillait", se souvient Stella. "On venait franchement à un moment donné à reculons parce que c'était de la médecine de guerre", confie la jeune femme. "Cette période, j'ai vraiment, vraiment pas envie de la revivre..."

"On sent la 5e vague arriver", prévient pourtant Emmanuel Andrès, président de la Commission médicale d'établissement des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS).

Pour l'instant la situation est gérable, "avec à peu près 80 patients (Covid) hospitalisés pour plus de 2.000 lits", explique le médecin chef des HUS. Mais ce chiffre a doublé en peu de temps: "il y a une semaine, on en avait 40, dont 10 en réanimation", contre 20 en "réa" aujourd'hui.

A cela, s'ajoutent les pathologies traditionnelles de fin d'année, comme la grippe, gonflant les admissions: "habituellement, on a environ 180 admissions aux urgences adultes par jour à cette période", explique le Pr Andrès, également chef du service de médecin interne des HUS. Là, "on est plutôt (autour) de 250 (...) Pour l'instant, on arrive à gérer les urgences" ou "les +semi-urgences+ mais c'est au prix de beaucoup de pénibilité pour les équipes".

L'activation du "plan blanc", "c'est malheureusement une séquence qu'on connaît bien", avec des soignants qui pourront être rappelés en renfort, soupire Frédéric de Blay, chef du service de pneumologie. Même si, cette fois, elle se répète "dans une situation encore plus compliquée qu'auparavant", avec "de gros problèmes" de manque de personnel.

- "Désespérant" -

Ce qui rend les soignants "tristes", "c'est de voir des gens non vaccinés qui arrivent encore" à l'hôpital. C'est vraiment désespérant", se désole le pneumologue.

"Neuf patients sur 10 en réanimation sont non vaccinés ou n'ont pas le schéma complet", abonde le Pr Andrès, selon lequel l'apparition du variant Omicron en France (trois cas ont été découverts, dont un dans le Haut-Rhin) ne doit pas faire oublier que notre "objectif principal" reste le Delta, face auquel la vaccination est "efficace à 100%".

Il insiste sur l'importance des gestes barrière, plutôt peu observés lors des premiers jours du Marché de Noël de Strasbourg, inauguré vendredi. "Ça nous inquiète beaucoup", dit-il, sans se prononcer sur l'opportunité de fermer cet événement populaire.

Après "presque deux ans" de lutte, Stella Zirnheld dit, elle, ressentir "beaucoup d'appréhension" et de "lassitude". Elle confie aussi son angoisse de devoir revivre les mêmes périodes "absolument horribles" et "psychologiquement et physiquement" épuisantes des quatre vagues précédentes.

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