"Les figures de l'ombre": l'étoffe des héroïnes (VIDÉO)

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"Les figures de l'ombre": l'étoffe des héroïnes (VIDÉO)

Publié le 02/03/2017 à 18:25 - Mise à jour le 08/03/2017 à 15:07
©20th Century Fox
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Auteur(s): Jean-Michel Comte
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Trois mathématiciennes noires travaillant pour la NASA dans les années 60: leur tâche n'était pas aisée, mais ce sont des héroïnes oubliées de la conquête spatiale. Le film "Les figures de l'ombre", qui sort ce mercredi, leur rend hommage.

En 1984, le réalisateur Philip Kaufman racontait l'histoire des pionniers américains de la conquête spatiale dans un très beau film, L'étoffe des héros. Mais derrière les pilotes d'élite et les astronautes, les équipes de chercheurs et scientifiques oeuvraient dans l'ombre pour la réussite du programme. Et notamment trois mathématiciennes noires de la NASA auquel rend hommage un autre très beau film, Les figures de l'ombre, qui sort ce mercredi 8 sur les écrans français.

Elles se nomment Mary Jackson, Dorothy Vaughan et Katherine Johnson. Mary Jackson est décédée en 2005 à l'âge de 83 ans et Dorothy Vaughan en 2008 à l'âge de 98 ans, mais Katherine Johnson est toujours vivante. Elle a 98 ans aujourd'hui et, présentée dans son fauteuil roulant, elle a reçu une ovation debout du tout-Hollywood lors de la récente cérémonie des Oscars, où le film était nommé pour trois statuettes (dont l'Oscar du meilleur film).

Femmes et noires, deux handicaps qu'elles ont surmontés dans les années 60 et dans l'État de Virginie (l'un des États les plus ségrégationnistes, comme le raconte le récent film Loving) où était situé leur lieu de travail, le Langley Memorial Research Lab de Hampton, le plus important centre de recherches de la NASA.

On est en 1961. Dans la course à la conquête spatiale, les Russes ont un coup d'avance après l'envoi de Youri Gagarine en orbite autour de la Terre, le 12 avril. Les États-Unis doivent réagir et préparent à leur tour l'envoi de John Glenn dans l'espace. Au laboratoire de Langley, toutes les équipes sont mobilisées autour du chef de la mission, Al Harrison (Kevin Costner).

A l'époque, les premiers ordinateurs IBM débarquent mais on ne sait pas trop s'en servir. La NASA compte surtout sur ses "ordinateurs humains", des cerveaux rares capables de réaliser à toute vitesse de complexes calculs mentaux. Parmi ces forts en maths se trouve un groupe de calculatrices noires, dans une salle réservée aux Noirs, avec des toilettes différentes des toilettes pour Blancs. Elles travaillent sous la direction de Dorothy Vaughan, chef d'équipe mais qui n'a pas droit au titre de superviseuse, à l'inverse de sa collègue blanche Vivian Mitchell (Kirsten Dunst).

Deux des copines de Dorothy, calculatrices mais qui n'ont pas droit au titre d'ingénieures, sont appelées en renfort pour le projet John Glenn: Mary Jackson, experte en physique, est affectée au laboratoire d'essais, et Katherine Johnson, prodige des mathématiques, rejoint les bureaux du chef de la mission Al Harrison.

Quand elle débarque au milieu de la grande salle où sont réunis une vingtaine d'ingénieurs en chemises blanches et cravates noires, on la prend pour la femme de ménage. Mais c'est bien elle qui, jusqu'au bout, participera au bon fonctionnement de la mission en orbite de John Glenn, le 20 février 1962…

S'il s'intéresse aux trois femmes, le film est principalement centré sur la mathématicienne Katherine Johnson, qu'interprète l'actrice Taraji P. Henson, nommée à l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2009 pour L'étrange histoire de Benjamin Button. Octavia Spencer, qui a obtenu en 2012 cet Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour La couleur des sentiments, interprète la chef d'équipe Dorothy Vaughan. Et dans le rôle de la physicienne et future ingénieures Mary Jackson, c'est la chanteuse Janelle Monáe qui fait ses débuts à l'écran dans ce film (et également dans Moonlight, récemment couronné Oscar du meilleur film).

Le film est à la fois passionnant, émouvant et plein d'humour, rythmé par quelques belles séquences: cet ingénieur originaire des pays de l'Est qui explique à Mary Jackson que tout est possible en Amérique; ces 20 calculatrices noires qui débarquent dans la nouvelle salle IBM comme un commando de fortes têtes; Katherine Johnson calculant au tableau noir le point d'amerrissage de John Glenn devant une poignée de  responsables du Pentagone médusés; Kevin Costner détruisant avec rage le panneau des toilettes réservées aux Blancs en déclarant: "A la NASA, on pisse tous de la même couleur…"

Le film n'a rien d'un documentaire (le personnage interprété par Kevin Costner est un personnage fictif inspiré de plusieurs vrais dirigeants de la NASA, dont James Webb, l’administrateur de l’agence de l’époque) et s'intéresse aussi à la vie privée des trois femmes: veuve, Katherine Johnson a élevé seule ses trois jeunes enfants avant de se remarier, ce qui donne une séquence familiale très émouvante.

"Je voulais que le film explore la partie de l’histoire dont nous ne savons rien, c’est-à-dire la vie quotidienne de ces trois brillantes femmes afro-américaines au sein d’une NASA soumise aux lois ségrégationnistes", explique le réalisateur, Theodore Melfi, dont c'est le deuxième film (son premier, St. Vincent en 2014, n'est pas sorti en salles en France mais a été diffusé par Netflix).

"Je trouve le titre du film particulièrement évocateur car les femmes ont souvent été considérées comme des +figures+ de second plan plutôt que comme de grands personnages, mais ces trois femmes-là sont littéralement les héroïnes de l’ombre qui ont permis à l’Amérique de remporter la course à l’espace", ajoute-t-il.

Le film est coproduit par le chanteur Pharrell Williams, qui a écrit et composé pour l'occasion deux chansons, Runnin' et I See A Victory. Et après cet hommage poignant et réjouissant à ces trois héroïnes de la conquête spatiale américaine, on se demande juste pourquoi Hollywood a attendu un demi-siècle pour les faire connaître au grand public…

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

Auteur(s): Jean-Michel Comte

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Octavia Spencer, Taraji P. Henson et Janelle Monae (de gauche à droite) interprètent les trois mathématiciennes de la NASA des années 60.

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