"Les Moissonneurs": frères ennemis afrikaners (vidéo)

"Les Moissonneurs": frères ennemis afrikaners (vidéo)

Publié le 18/02/2019 à 11:00 - Mise à jour le 20/02/2019 à 09:36
©Pyramide Films
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Auteur(s): Jean-Michel Comte
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CRITIQUE – Un adolescent sud-africain blanc au sein d'une famille de fermiers voit débarquer un frère adoptif, orphelin des rues, qui va devenir son rival: le film Les Moissonneurs, qui sort ce mercredi, montre la communauté afrikaner qui tente de s'adapter et de survivre.

SORTIE CINÉ – Dans la communauté blanche sud-africaine, un adolescent membre d'une famille de fermiers chrétiens voit arriver un frère adoptif différent de lui: c'est le point de départ du film Les Moissonneurs, qui sort ce mercredi 20 février sur les écrans.

Janno, qui a une quinzaine d'années, est le fils aîné d'une famille de quatre enfants, avec trois petites sœurs dont la dernière a 2 ans. Il se lève tous les jours à 5h du matin pour aider son père aux travaux de la ferme: troupeau de bétail, champs de maïs, élevage de volailles.

La famille, qui habite une grande maison en pleine campagne sud-africaine, est chrétienne très pratiquante. On va régulièrement à la messe, on prie très souvent et on invoque sans arrêt la Parole du Seigneur. Surtout la mère de famille, qui décide un jour d'accueillir au sein du foyer le jeune Pieter, un adolescent orphelin, SDF et toxicomane.

Au début, le jeune homme a du mal à intégrer sa famille d'accueil: il mange avec ses doigts, il est peu bavard, on lui rase le crâne, il a des crises de violence, des cauchemars et des vomissements en pleine nuit car il est en manque, il fume et chante avec les ouvriers noirs des moissons.

Mais la mère dit à son fils Janno d'accueillir Pieter et de lui ouvrir son cœur pour le conduire sur le droit chemin. Lui-même de caractère secret, voire impulsif, sous des dehors calmes et polis, Janno fait son possible pour établir de bonnes relations avec son frère adoptif. Mais la jalousie, la rivalité, la différence menacent cette relation fragile…

Les Moissonneurs est le premier long-métrage d'un réalisateur sud-africain d'origine grecque, Etienne Kallos, qui a situé son histoire au sein de la communauté afrikaner. Les Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud aux XVIIe et au XVIIIe siècles, qui ont leur propre langue (dérivée du néerlandais), qui ont instauré et soutenu le régime d'apartheid en Afrique du Sud, sont minoritaires et aujourd'hui socialement marginalisés dans le pays. Presque en voie de disparition: "le fermier est une espèce en danger", dit la mère de famille, à un moment dans le film.

"Comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible? Doit-on brûler tout ce qu’ont incarné les générations précédentes pour devenir africain? C’est mon expérience aussi, celle d’un Africain d’origine européenne", explique le réalisateur. Il insiste aussi sur le caractère très religieux de la famille qu'il décrit, notamment la mère, sans que l'on sache vraiment si c'est une critique acerbe de la religion ou un simple regard objectif sans malveillance.

Lire aussi: En Afrique du Sud, Noirs et Blancs se déchirent sur la réforme agraire

Le film, sobre et intimiste –où il n'est jamais question de l'apartheid, de ses conséquences et de ses traces sur les relations entre Blancs et Noirs–, est aussi l'occasion, au-delà de l'histoire des deux frères ennemis moissonneurs-batteurs, de voir des paysages de la campagne sud-africaine que l'on connaît peu: partout des champs de maïs, des fermes et des églises, des grands espaces, une nature sauvage et aride. Et une société afrikaner qui tente de garder une place dans l'Afrique du Sud d'aujourd'hui, en s'adaptant tout en essayant de garder ses traditions, sa religion, sa vision du monde.

Auteur(s): Jean-Michel Comte

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Pieter (Alex van Dyk, à gauche) et Janno (Brent Vermeulen), deux ados rivaux au sein d'une même famille.

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