"Truth, le prix de la vérité": Robert Redford et Cate Blanchett journalistes vedettes et déchus (VIDEO)

"Truth, le prix de la vérité": Robert Redford et Cate Blanchett journalistes vedettes et déchus (VIDEO)

Publié le 05/04/2016 à 02:36 - Mise à jour le 06/04/2016 à 08:26
©Warner Bros.
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Auteur(s): Jean-Michel Comte
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Réunis pour la première fois, Robert Redford et Cate Blanchett interprètent, dans le film "Truth, le prix de la vérité", deux journalistes vedettes de CBS dont l'enquête sur le passé militaire de George W. Bush provoqua leur chute, par manque de preuves, il y a 10 ans.

Raconter une histoire vraie, et non inventer des faits imaginaires: c'est la base du journalisme. C'est aussi la voie que suivent certains films, quand ils parlent de journalisme. Nouvel exemple avec Truth, le prix de la vérité (ce mercredi 6 sur les écrans français), qui raconte le scandale qui secoua la chaîne de télévision CBS il y a une dizaine d'années, en pleine campagne électorale de George W. Bush pour son second mandat.

Robert Redford et Cate Blanchett, réunis pour la première fois à l'écran, interprètent deux vedettes du journalisme télévisé à qui cette affaire fut fatale: le célèbre présentateur Dan Rather et la journaliste Mary Mapes, qui a ensuite raconté tout cela dans un livre dont le film est tiré.

C'est donc sa version que le réalisateur James Vanderbilt a décidé d'exposer à l'écran. En 2004, le président en exercice George W. Bush et son concurrent démocrate John Kerry (l'actuel secrétaire d'Etat américain) sont en campagne électorale et sont tous les deux accusés d'avoir menti sur leurs états de service pendant la guerre du Vietnam. La journaliste de CBS Mary Mapes mène notamment une enquête pour prouver que le président américain aurait bénéficié d'un traitement de faveur pour échapper à la conscription pendant cette guerre entre 1968 et 1974, en effectuant son service militaire au sein de la Garde nationale aérienne du Texas.

Avec une équipe de trois enquêteurs et le soutien de sa direction -et notamment de Dan Rather-, la journaliste expérimentée, qui a révélé le scandale sur les tortures de la prison militaire d'Abou Ghraïb en Irak, croit tenir les preuves pour sa nouvelle enquête: un ancien lieutenant-colonel de la Garde nationale lui fournit la photocopie de documents dactylographiés mettant en cause George W. Bush.

CBS, dans sa célèbre émission d'information 60 Minutes, diffuse son reportage et produit les preuves. Mais, peu après, plusieurs sites internet proches des Républicains et les chaînes de télévision rivales mettent en doute l'authenticité des documents: le format, la typographie, l'espacement entre les caractères et les interlignes n'auraient pas pu être obtenus sur une machine à écrire des années 70, et auraient donc été falsifiés grâce à un ordinateur.

Devant ces accusations, et les rétractations des témoins qui les avaient mis sur la piste, Dan Rather et Mary Mapes se retrouvent dans la tourmente, accusés d'avoir commis une faute professionnelle, d'avoir voulu prendre la concurrence de vitesse, de n'avoir pas pris le temps de vérifier leurs informations. Très vite la question du passé militaire du président américain va passer au second plan, la presse et la classe politique s'intéressant dès lors au "scandale CBS" et aux manquements de cette enquête.

Après une enquête interne, CBS présentera ses excuses publiques. Mary Mapes sera licenciée de la chaîne. Dan Rather sera forcé de prendre sa retraite après 25 ans d'antenne. Et George W. Bush sera réélu pour un second mandat…

Quelques semaines après Spotlight, Oscar du meilleur film qui raconte comment le Boston Globe révéla un scandale de pédophilie ayant touché l'Eglise catholique au début des années 2000, et 40 ans après Les hommes du président (avec Robert Redford déjà) sur l'affaire du Watergate révélée par le Washington Post, Truth rend hommage à son tour aux journalistes et à la presse traditionnelle qui, avant qu'Internet ne vienne la secouer, faisait la pluie et le beau temps et se battait pour la vérité -avec ses erreurs et ses défauts, comme ici l'oubli d'une règle capitale: raconter la vérité c'est bien, en donner la preuve c'est mieux.

"Je n'ai jamais cherché à faire d'aucun de mes personnages un salaud", explique James Vanderbilt, scénariste notamment de Zodiac ou des derniers Spider-Man et dont c'est ici le premier film comme réalisateur. "On aurait pu s'attarder sur la part d'ombre des gestionnaires et des financiers pour montrer qu'ils se moquent totalement du journalisme, mais je ne pense pas que le monde fonctionne comme ça. Chacun cherche à faire de son mieux dans cette période de crise".

Et pour lui, cette affaire il y a 10 ans est symptomatique d'un changement d'époque dans la presse: "On est passé d'une époque où il était possible d'affirmer sa désapprobation à une époque où on hurle au scandale si quelqu'un a un point de vue différent. Ce que la presse a connu il y a une dizaine d'années est fascinant: c'est le moment où on a découvert avec quelle rapidité et quelle réactivité Internet fonctionne. Et à quel point des forces peuvent s'unir pour diviser la nation. Je n'ai pas du tout fait ce film pour prouver que Mary Mapes et Dan Rather avaient raison ou tort. De même que Les hommes du président n'est pas un film sur Richard Nixon, Truth, le prix de la vérité n'est pas un film sur George W. Bush".

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):

 

Auteur(s): Jean-Michel Comte

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