"Une vie cachée": le grand et beau retour de Terrence Malick (vidéo)

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France-Soir
Publié le 10 décembre 2019 - 17:14
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Film Une Vie Cachée
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©UGC Distribution
Franz Jägerstätter (August Diehl) est un personnage qui a réellement existé: un paysan autrichien objecteur de conscience.
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SORTIE CINÉ –L'histoire vraie d'un objecteur de conscience autrichien sous le régime nazi est le thème du nouveau film du réalisateur américain Terrence Malick, "Une vie cachée", qui sort dans les salles ce mercredi 11 décembre. C'est le grand retour au premier plan de Terrence Malick. Une vie cachée, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, n'a pas été récompensé au palmarès mais a reçu un accueil chaleureux de la critique.

Terrence Malick, 76 ans, cinéaste secret et rare, intello, souvent hermétique, taxé d'esthétisme voire de grandiloquence par ses détracteurs mais vénéré par ses admirateurs pour sa poésie éthérée, la beauté de ses images et la fluidité de sa façon de filmer, s'était égaré ces dernières années dans un cinéma expérimental, avec impasses existentielles, narration éclatée et dialogues chaotiques. Après seulement cinq films en 38 ans, de 1973 à 2011 (dont Les Moissons du ciel en 1978, avec Richard Gere, et The Tree of Life, Palme d'or à Cannes en 2011), ses trois derniers films très rapprochés avaient été égratignés par la critique et boudés par le public: À la merveille (2012), Knight of Cups (2015) et Song to Song (2017).

Il filme comme personne la beauté de la nature

Èglise, clocher, maisons en bois, vallée verdoyante et montagnes imposantes, nuages, forêts, champs de blé moissonnés à la faux et labourage à la charrue, foin l'été, neige l'hiver, pommiers, ruisseaux, moutons, cochons, vaches, oies et poules, pâturages, machines à tisser, fours à pain, bois à couper: Terrence Malick filme comme personne la beauté de la nature et, dans le cadre idyllique de la première partie du film, l'amour parfait d'un couple et leur bonheur familial simple.

Puis le destin de Franz Jägerstätter bascule et la seconde moitié de ce film très long (près de trois heures) devient une ode à la foi, à la résistance, à la force mentale, à la volonté de faire triompher sa conscience et ses convictions dans la lutte entre le Bien et le Mal. "Mieux vaut subir l’injustice que la commettre", dit le héros tranquille de cette histoire forte et émouvante.

Le scénario

"L'histoire qui suit est tirée de faits réels", prévient un panneau dès le générique du début. C'est l'histoire de Franz Jägerstätter (remarquablement interprété par l'acteur allemand August Diehl), un paysan qui habite dans un petit village des Alpes autrichiennes, en 1939. Il coule des jours heureux et goûte quotidiennement au bonheur familial auprès de sa femme Fani (Valerie Pachner), de leurs trois petites filles, de sa mère et de sa belle-sœur.

Mais, un jour, des avions dans le ciel et des soldats dans le village annoncent la fin de ce petit paradis terrestre. Franz n'est pas d'accord avec l'idéologie du régime nazi et l'atmosphère belliqueuse qui monte partout. Il refuse de contribuer à la collecte pour l'effort de guerre, refuse les allocations familiales d'État, refuse de faire allégeance au régime.

 

Déchiré entre protéger les siens ou suivre sa conscience

Très vite il est mis au ban du village. L'évêque le reçoit mais lui dit: "Tu as un devoir envers ta patrie". Sa mère et sa belle-sœur désapprouvent son attitude. Seule sa femme le soutient. Il est appelé sous les drapeaux et, au lieu de se cacher ou de fuir, il se rend à la caserne. Là, il refuse de faire le salut hitlérien, est emprisonné, puis on lui annonce qu'il sera jugé et qu'il encourt la peine de mort.

Orgueil, égoïsme, entêtement ou force de conviction, fidélité à ses idées, sens de l'honneur? Il se trouve désormais déchiré entre la tentation de céder pour protéger les siens et la volonté de suivre sa conscience jusqu'au bout. "Il ne peut rien arriver de mal à un homme de bien", dit-il. "Je t'aime quoi que tu fasses (…). Je suis avec toi, toujours", lui dit sa femme…

 

Lire la critique:

> Knight of Cups: quand Terrence Malick se regarde filmer